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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choisisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Sdssm
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Pèlerinage
à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours
À
la rencontre de Jeanne Le Ber - recluse (1662-1714)

SENTINELLE DE L’INVISIBLE
Prière
du Pèlerin
Avec toi,
Jeanne,
nous voulons comme les disciples d’Emmaüs
marcher et prier en cette ville à la rencontre
du « Don de Dieu pour la vie du Monde »
en préparation au Congrès eucharistique international
qui aura lieu à Québec en juin 2008.
Seigneur, nous te prions et voulons te rendre grâce
de nous avoir donné Jeanne Le Ber
comme témoin de ta présence eucharistique agissante
au cœur de nos vies et du monde en Ville-Marie.
Que par elle, par son intercession et par les dons et grâces
que tu déposes en son cœur pour cette ville,
Puissions-nous, dans l’unité du Saint-Esprit,
être par le Christ de vivantes eucharisties
« Don de Dieu pour la vie du Monde ».
Amen
Courte biographie
de Jeanne Le Ber
Jeanne Le
Ber naît à Ville-Marie (Montréal), le 4
janvier 1662.
Elle est la
fille de Jacques Le Ber, riche marchand de Montréal,
et de Jeanne LeMoyne, d’une illustre famille du pays, ainsi que la
filleule de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur et gouverneur de
Montréal, et de Jeanne Mance, fondatrice et administratrice de
l’Hôtel-Dieu.
Dès
sa plus tendre enfance, Jeanne est attirée par
Jésus présent au Saint-Sacrement. Cette dévotion
s’accroît de jour en jour et se double d’un attrait marqué
pour le silence et la prière.
À 18
ans, ses parents l’autorisent à vivre en recluse
dans la maison familiale. Ainsi, complètement retirée du
monde, ne parlant presque jamais, elle ne quitte sa chambre que pour
aller à la messe. Le 5 août 1695, à 33 ans, elle
s’isole encore davantage. Elle quitte sa famille et se retire dans la
maison de la Congrégation de Notre-Dame où Marguerite
Bourgeoys et ses sœurs l’accueillent avec grande joie. Là, elle
poursuit sa réclusion dans un minuscule appartement
adossé au sanctuaire de la chapelle.
Sa vie est
un hommage continuel au Saint-Sacrement, en union avec la
Sainte Vierge et les Anges. Entre ses heures d’adoration et de repos,
sans cesser de prier, elle coud et brode linges et ornements
liturgiques, ou travaille pour les pauvres.
Loin de se
désintéresser du monde extérieur, elle
porte constamment dans sa prière les soucis et les souffrances
de ses compatriotes. Elle prie spécialement pour la paix du pays
alors en guerre.
Elle meurt
à 52 ans, le 3 octobre 1714, en grande
réputation de sainteté. Ses funérailles
réunissent toute la population montréalaise venue lui
rendre un dernier hommage et surtout la prier.
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Prière pour obtenir
une faveur
par
l'intercession de Jeanne Le Ber
Dieu
éternel et tout-puissant,
nous te
louons pour ta servante Jeanne Le
Ber.
Fidèle
à la grâce de ton appel,
elle a tout
quitté pour vivre en silence
dans une
solitude absolue,
afin de
s'unir toujours plus à ton Fils Jésus
présent
dans l'Eucharistie.
À sa
prière,
ravive
notre foi en l'Eucharistie,
rends-nous
attentifs aux appels de ta grâce
et
accorde-nous la faveur
que nous te
demandons en ce moment...
Nous t'en
prions par Jésus Christ,
ton Fils,
notre Seigneur.
Gloire au
Père,
au Fils et
au Saint-Esprit,
au Dieu qui
est, qui était et qui vient,
pour les
siècles des siècles. Amen
Cardinal
Jean-ClaudeTurcotte
Jeanne Le Ber
Détail
d'une verrière
Basilique
Notre-Dame
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La spiritualité de Jeanne Le Ber
Conférence de Marie-Josée Harvey
présentée lors du pèlerinage des
Fraternités de Jérusalem, le dimanche 8 juillet 2007
Introduction
Lorsqu’on m’a demandé de vous parler de la spiritualité
de Jeanne Le Ber, j’ai été profondément
touchée puisque, d’une part, lorsqu’on me présente un
témoin de Dieu, au-delà de toutes les œuvres
réalisées dans sa vie, ce qui m’inspire, ce qui augmente
ma foi et me pousse à l’action c’est la découverte de sa
relation intime avec le Seigneur. Pour moi, découvrir la
spiritualité d’une personne, d’hier comme d’aujourd’hui, c’est
pénétrer dans ce qu’il y a de plus précieux chez
un enfant de Dieu. C’est découvrir les joyaux d’une âme.
Je vous le demande : Y a-t-il quelque chose de plus précieux?
D’autre part, j’ai un attachement particulier pour les Sœurs de la
Congrégation Notre-Dame puisqu’elles représentent un de
mes premiers contacts avec la foi m’ayant enseigné durant mes
études secondaires. Également, j’ai un attachement
particulier pour vous, frères et sœurs des Fraternités
Monastiques de Jérusalem. Il y a près de deux ans, lors
d’un séjour, vous m’avez accueillie alors que je vivais un
moment difficile. Lorsque j’ai pris connaissance, par mes lectures, que
la présence silencieuse de Jeanne avait eu paradoxalement un
grand rayonnement sur les gens, j’ai pu vite comprendre puisque j’en
avais fait l’expérience en vous côtoyant.
Pour vous présenter ce qui suit, j’ai principalement lu un
ouvrage fabuleux de Françoise Deroy-Pineau qui s’intitule
: Jeanne Le Ber, la recluse au cœur des combats aux
éditions Bellarmin. Cet ouvrage m’a permis de bien saisir le
contexte extrêmement difficile dans lequel mon pays a
été fondé et de constater la profondeur de la foi
de gens qui, comme vous, sont partie de l’Europe pour venir s’installer
dans une terre nouvelle, entre autres, les parents de Jeanne Le Ber.
Mais, principalement, j’ai appris à aimer Jeanne Le Ber : une
femme authentique, déterminée, audacieuse,
passionnée de Jésus présent dans le
Saint-Sacrement, dévote à Marie et aux Anges. En
découvrant la vie et la spiritualité de Jeanne, j’ai pu
préciser la signification profonde des mots humilité,
pauvreté, solitude. Non pas le triste silence sans
espérance qui peut rendre fou en augmentant le vacarme
intérieur. Le silence de Jeanne Le Ber n’a rien de commun avec
le silence qui peut faire descendre l’être dans les abîmes
du désespoir! Je suis remplie d’admiration pour son courage, sa
détermination et les fruits d’une vie entièrement
donnée à Dieu. Encore une fois, j’ai pu constater combien
Dieu est présent à ceux qui le cherchent et combien il
fait des merveilles dans une âme qui s’abandonne à lui.
Merveilles qui vont bien au-delà des intentions de la personne
elle-même. Je demande à Dieu de m’inspirer les mots durant
ce partage pour vous transmettre mon attachement et mon respect pour
Jeanne Le Ber. Puissiez-vous développer, vous aussi, un lien
particulier avec celle que les colons appelaient : l’Ange de
Ville-Marie.
I - L’importance de témoins dans
l’enfance
Jeanne Mance :
connaître Jésus-Christ
Dès son enfance, ce qui frappe c’est
l’influence
indéniable de témoins au cœur de feu qui
étaient présents dans l’univers spirituel de Jeanne Le
Ber et lui ont permis de connaître Jésus Christ et de
développer une relation avec lui. Alors que Jeanne n’a que cinq
ans, régulièrement, elle traverse la rue pour se rendre
à l’Hôtel-Dieu et visiter sa marraine Jeanne Mance,
cofondatrice de Ville-Marie et première infirmière.
Jeanne lui pose toutes sortes de questions, entre en contact avec les
malades et parle de Dieu avec eux. Entre autres, elle se fait raconter
l’histoire mystérieuse de Jésus de Nazareth, dont la
Sainte Famille et la Crucifixion ornent la chapelle de l’hôpital
qui, à cette époque, sert également
d’église paroissiale. Françoise Deroy-Pineau dira :
« Une anecdote nous présente déjà un
élan d’amour pour le Seigneur alors que Jeanne est encore
très jeune. Un jour on lui raconte la fuite en
Égypte. L’ange du Seigneur apparaît en songe à
Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa
mère, et fuis en Égypte; et restes-y jusqu’à ce
que je t’avertisse. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le
faire périr.» Joseph se leva, prit de nuit l’enfant et sa
mère, et se retira en Égypte où il demeura
jusqu’à la mort d’Hérode. Jeanne s’écrie : «
Ah, bon Jésus, pourquoi n’avez-vous pas fait mourir
Hérode qui était si méchant plutôt que de
donner de la peine à votre mère et à saint Joseph
de vous porter si loin? ». Elle ajoute : « Sa marraine,
Jeanne Mance, présence silencieuse, femme modeste, efficace et
libre de tout engagement, hormis ceux pris devant sa propre conscience,
a été d’une importance capitale dans l’univers spirituel
de l’enfant Jeanne. L’enfant est sans doute très
impressionnée par la personnalité de sa marraine, ni
mariée comme maman, ni religieuse; passionnée de
l’Évangile mais, le vivant seule, dans le silence de sa chambre
et le travail solitaire.»
Catherine
Macé (sa préférée) : une vie de discipline
stricte
Catherine Macé, compagne de Jeanne
Mance, est la
préférée de Jeanne. C’est une femme qui soumet sa
vie à une discipline stricte en vue d’un perfectionnement
spirituel. Catherine dort sur une dure paillasse, habite la chambre la
plus froide et s’y retire en ermite le plus souvent possible. On peut
ici remarquer que, très jeune Jeanne prend en admiration des
personnes qui, très certainement, lui inspireront sa discipline
de vie qu’elle-même aura établie.
Marguerite Bourgeoys (la relève):
préoccupation pour l’éducation des jeunes filles et
communion dans l’Amour pour le Saint-Sacrement
C’est
Marguerite Bourgeoys qui accompagne Jeanne Mance dans ses derniers
instants et, on peut le penser, soutient Jeanne enfant dans cette
épreuve. Ainsi c’est le début d’une communion profonde
entre Marguerite et Jeanne. Communion qui ne se perdra jamais et qui
même sera fortifiée, entre autres, par un amour commun du
très Saint-Sacrement. L’auteur dira : « Il est raisonnable
de croire qu’à la mort de Jeanne Mance, Marguerite prend le
relais dans l’univers spirituel de Jeanne enfant ». Rien de
moins!
Lorsqu’une porte se ferme, Dieu en
ouvre une autre…
Toute sa vie Jeanne Le Ber donnera de sa fortune pour permettre
à des jeunes filles, parmi des pauvres ou des orphelines, de
s’instruire. Le témoignage de Marguerite Bourgeoys a très
certainement contribué à instaurer cette
préoccupation au cœur de la recluse.
Découvrir la spiritualité de Jeanne, c’est
découvrir que dans sa vie comme dans toute vie, Dieu fait
intervenir des gens et des événements pour favoriser la
connaissance de soi.
II – L’importance
d’une éducation qui développe l’intériorité
et de précieux talents
À l’âge de l’adolescence, les parents de Jeanne
choisissent de la « préparer à la vie » chez
les Ursulines de Québec. Jeanne et ses compagnes sont
destinées à épouser des personnages haut
placés en Nouvelle-France, ou à devenir religieuses. Un
pensionnat qui a une très bonne réputation. L’auteur dira
: « Jeanne n’a qu’un désir : apprendre ce qu’il y a de
meilleur et approfondir les questions mystérieuses qu’elle
posait aux religieuses hospitalières et à sa
regrettée marraine Jeanne Mance et se préparer à
la première communion. Ce sacrement répond à son
attrait pour la vie intérieure. Dès son passage chez les
Ursulines, Jeanne a saisi l’attitude mystique profonde. Elle
préserve son silence, son attitude de tranquillité, de
repos, de silence, de recul et pourtant de présence vive au
monde qui l’entoure, elle est un modèle d’éthique de vie
».
Jeanne a toujours été une femme qui intriguait. En
regardant son cheminement spirituel il y a effectivement des situations
qui ont dû en étonner plusieurs.
Le théâtre : une occasion d’imiter l’Enfant Jésus
en toute chose
Jeanne est d’un grand naturel en public et excellente en
théâtre. Les religieuses souhaitent lui faire jouer les
rôles d’importance mais, Jeanne s’en tient toujours à des
rôles de deuxième ordre avec peu de mots où le
personnage suscite le mépris des autres. Mais, un jour, pour la
fête de Noël, elle surprend tout le monde en exprimant le
désir de tenir le premier rôle. Rien de moins que celui de
l’Enfant de la crèche. Les religieuses toutes heureuses et
surprises de ce changement d’attitude l’interrogent. L’auteur rapporte
: «Jeanne dira : Le petit Jésus dans la crèche est
tout sage et ne dit mot et je souhaite l’imiter en toute chose.»
Plus riche
héritière de la Nouvelle-France et détester
posséder plus que les autres.
Douée pour la parole et choisir le silence.
Jeanne a un profond désir d’humilité; en ce sens, son
rang lui pose un défi, pèse lourd et l’afflige
profondément puisqu’elle a une sainte horreur de posséder
plus que les autres et de susciter l’envie. La plupart des gens lui
font des courbettes en raison de la fortune de son père. Elle
reçoit régulièrement des cadeaux de la part de
connaissances de ses parents. Elle n’aime que ce qui est simple et
fonctionnel. L’auteur dira : « On peut penser que Jeanne gardait
en elle un conseil que lui avait donné sa marraine : Le plus
important, c’est ce qu’on désire profondément, la «
volonté de Dieu », à chercher dans la
découverte et la méditation personnelle de
l’Évangile. Rien d’efficace n’est parachuté de
l’extérieur avec des mots répétitifs. La parole de
vie est puisée intuitivement dans le silence du puits
intérieur. Pas question de se fondre en caméléon
dans la masse, de jouer au perroquet en répétant sans
comprendre ou de jacasser à tort et à travers.».
Aussi, Jeanne qui parle très bien n’intervient que rarement,
mais à propos. Tout au long de sa vie, Jeanne sera fidèle
à cette attitude. Lorsqu’elle sera en réclusion, au
moment de recevoir de rares personnes, le premier biographe, Belmont,
précise que Jeanne ne répond que « fort
succinctement» et ne dit «jamais rien d’inutile».
« Si la fin de la récréation sonne avant celle de
sa phrase, elle se retire promptement de sa grille sans
même achever le mot commencé». Si une sœur lui fait
savoir qu’elle a été quelque peu choquée de cette
fin abrupte, Jeanne répond : « Il faut toujours être
fidèle à son règlement . On ne
s’égare jamais en le suivant; on est assuré que l’on fait
la volonté de Dieu…qui demande d’elle cette
fidélité».
Les contraintes
d’un règlement : une libération pour Jeanne Le Ber
Les Ursulines répondent à son attrait pour la vie
intérieure. Apprendre à s’ajuster aux contraintes du
règlement lui plaît. Jeanne désire vraiment
consacrer tout son temps à ce qui la travaille de
l’intérieur. L’auteur dira : « Elle impressionne beaucoup
les religieuses par son goût très décidé
pour la vie intérieure, l’esprit de prière qui absorbait
toutes les puissances de son âme, son respect et sa soumission
pour ses maîtresses ». Un autre biographe de Jeanne,
Monsieur Montgolfier, résume son expérience chez les
Ursulines en indiquant qu’elle y a puisé trois
dévotions : au Saint-Sacrement de l’autel, à la Vierge et
aux anges, notamment Saint-Michel et son ange gardien. L’auteur dira :
« Jeanne a pris l’habitude de tout confier à son
intériorité. Un petit problème dans son travail,
et hop! Elle en fait part à son ange et continue d’avancer. Un
vague à l’âme, une contrariété la conduisent
devant le Saint-Sacrement ou la Vierge. Elle leur explique le
problème en son for intérieur et repart avec confiance.
Tout ce qui la tracasse, la moindre petite angoisse sont traités
avec ces ami(es) intérieurs. Puis elle continue travail ou
récréation de son tempérament enjoué.
Jeanne obéit gentiment mais, son premier maître c’est son
maître intérieur. Les Ursulines rapportent : « On la
cherche durant la récréation on la trouve seule,
isolée dans un coin, tranquille et loin de ses compagnes. Elle
est prosternée devant le Très Saint-Sacrement ou
absorbée en Dieu dans quelque oratoire domestique ».
Une artiste de
la broderie et de la dentelle
Également, broderie et dentelles sont au programme. L’auteur
précise : « Jeanne raffole de ces activités
à la fois d’art et d’adresse où elle fait preuve de
grandes dispositions. Elle est même autorisée à
travailler avec les religieuses aux « ouvrages pour la
décoration des autels ». Ainsi Jeanne apprend
l’utilisation des fils d’or et d’argent ».
III – L’importance
d’une riche vie intérieure
pour favoriser l’affirmation de soi et le désir de faire la
volonté de Dieu
Les religieuses auraient bien aimé la garder mais, Jeanne
malgré ses allures dociles, ne se laisse pas influencer et
réussit à convaincre ses parents de quitter le couvent
pour retourner à Ville-Marie, après y avoir appris tout
ce qu’elle pouvait. Elle a quinze ans lorsqu’elle revient
définitivement à Montréal. L’auteur précise
: « Malgré sa jeunesse, sa beauté et sa richesse
Jeanne possède un atout encore plus précieux : sa vie
intérieure et elle tient par-dessus tout à être
aimée pour elle-même. Aucun plaisir ne sera plus jamais
pour elle assez intéressant face à cette recherche
qu’elle désire entreprendre dans son propre puits spirituel.
Aucun des hommes qu’elle rencontre n’est capable de la rejoindre dans
les zones invisibles où se situe le meilleur de sa vie. Jeanne
est de nature volontaire, entêtée et intrépide et
elle organise son activité en dehors de l’agitation. Elle est
donc bien déterminée à modeler son comportement
extérieur selon les règles simples apprises en pension,
qui partagent le temps en trois parties : prière, travail et
repos et de « souscrire à son inclination pour le
célibat et pour la vie cachée. En cette fin de 17e
siècle les dévotions collectives sont encouragées.
La vie mystique n’est plus à la mode. Pire : elle est
suspectée aussi lorsque Jeanne Le Ber choisit son directeur
spirituel, un Sulpicien, François de Séguenot,
lui-même, un homme modeste versé dans l’oraison mentale
personnelle et capable d’accompagner les rares personnes qui voudraient
s’y aventurer. Elle trouve un accompagnateur fort courageux pour le
temps qui l’encourage à suivre son penchant intérieur
pour la solitude et l’autonomie de pensée ». Dans de rares
occasions elle consent à s’habiller, comme le dira l’auteur
Belmont, « pour satisfaire à tous les devoirs de la
bienséance. Ce qu’elle assume avec beaucoup d’aisance et de
savoir faire ». « On raconte qu’un jour sa mère lui
offre une coiffe entièrement faite de dentelle et très
à la mode. Jeanne n’a aucune envie d’exhiber sur sa tête
une telle marque de distinction, mais l’ajuste du mieux qu’elle peut.
C’est alors qu’un cordon se rompt. Profitant de l’incident, elle
explique à sa mère qu’elle a mis cette coiffe par
obéissance, mais qu’elle demande à en être
dispensée : la rupture du cordon prouve bien que c’est la
volonté de Dieu! Ses parents sont inquiets comment pourra-t-elle
prendre parti puisqu’elle ne désire pas suivre le comportement
d’une jeune fille de son rang! ».
Je me permets de vous partager mon expérience personnelle. Avec
toutes les pressions extérieures que nous apporte la
société, je commence, tout juste après 4 ans d’une
vie de foi engagée, à goûter aux fruits d’une riche
vie intérieure. Plus ma relation avec notre Seigneur devient
profonde, plus je me sens habitée de l’intérieur allant
même jusqu’à ressentir rapidement un malaise si je me mens
à moi-même. Une force nouvelle, qui ne peut être
expliquée avec des mots, me permet d’affirmer, malgré
certaines persécutions « du monde », ce que je suis,
une jeune catholique, et ce à quoi je tiens, vivre de mon mieux
les valeurs de l’Évangile. J’ai la certitude que l’Eucharistie
est la source de cette richesse de vie intérieure. Je sais, pour
en avoir fait l’expérience, que si je me sens faiblir je n’ai
qu’à aller renouveler ma force auprès de Jésus
présent dans l’Eucharistie et je retrouve mon chemin. Jeanne
m’inspire le courage et la persévérance de suivre mon
cœur et d’aller à « contre-courant » s’il le faut
par amour et confiance en Dieu!
Une
période de recherche pour Jeanne
Par des lectures
de la vie de Saints – Marie de l’Incarnation
La lecture fait également partie de son horaire du temps. Les
livres se trouvent chez les Sulpiciens et dans la boutique de son
père. Jeanne est donc la mieux placée en ville pour avoir
accès aux dernières nouveautés de la France. Or,
la vie de Marie de l’Incarnation, fondatrice des Ursulines est
arrivée en Nouvelle-France. L’auteur dira : « Il est
extrêmement probable que la jeune femme l’ait lue compte-tenu de
son lien privilégié avec ces religieuses et ainsi qu’elle
ait découvert une période de sa vie peu connue : sa
période de recluse. En effet, dans ce livre Marie de
l’Incarnation, née Marie Guyart, écrit à son fils
qu’elle a laissé pour répondre à l’appel de Dieu
en Nouvelle-France. Il s’agit ici de Marie de l’Incarnation mais, vous
en conviendrez Jeanne a trouvé en son témoignage et son
exemple, espérance et réponse concernant son appel
personnel. : « Mon cœur préférait la solitude
à tous les avantages qu’on me proposait, je m’habillais
ridiculement pour faire croire à tous ceux de ma connaissance
que ma fortune était faite dans le monde. Mon père me
rappela chez lui où ma solitude fut favorisée. Je me
logeai au haut de la maison où, en faisant quelque ouvrage
paisible, mon esprit portant toujours occupation, mon cœur parlait sans
cesse à Dieu…j’expérimentais que la bonté et la
miséricorde de Dieu étaient mon partage et qu’il aurait
soin de moi. Cela me faisait courir à son service. Je trouvais
ma vie dans la fréquentation des sacrements, dans la
pénitence et dans la solitude où la miséricorde
divine me faisait expérimenter l’effet de ces paroles : «
Je la mènerai dans la solitude et là je parlerai à
son cœur ». Ah! Il faut avouer que l’Esprit de Dieu est un grand
maître. Sans que j’eusse jamais été instruite par
l’oraison et la mortification – et je n’en savais pas seulement le nom
– il m’enseignait tout en substance, me faisait expérimenter
l’une et pratiquer l’autre. Je me taisais ne pouvant parler que de Dieu
et de la vertu, sinon dans les affaires d’obligation que je ne
regardais qu’en passant. L’auteur son fils commente par des mots que
Jeanne a sans doute dévorés tant il donnait sens à
ce qu’elle vivait. Depuis qu’elle eut terminé ses affaires et
qu’elle eut achevé de rompre les liens qui l’attachaient au
monde, elle ne pensa plus qu’à suivre l’attrait de Dieu
qui l’appelait à une vie d’union et de communion
intérieure avec sa divine Majesté. C’était ce qui
lui faisait aimer la solitude où elle trouvait parfaitement
l’unique chose que son cœur désirait. On ne la voyait jamais
qu’à l’église ou dans sa maison; elle ne rendait point de
visites et elle en recevait fort peu. Elle parlait rarement aux
personnes, et quand elle était obligée de le faire,
c’était en peu de mots, de sorte que c’était un sujet
d’étonnement de la voir vivre dans le monde comme si elle
n’eût pas été du monde »
Malgré tout, on raconte que le doute envahit souvent Jeanne et
elle se confie à son directeur spirituel qui lui conseille de
continuer selon ses intuitions. Une attitude qui demande à l’un
comme à l’autre beaucoup de courage. Ce n’est pas facile de
vivre hors norme, ni d’accompagner quelqu’un dans une voie
inédite.
Par la rencontre
de gens consacrés - réfléchir en connaissance de
cause
« Sa vie, c’est certain, va mettre le cap sur l’océan
intérieur. Mais comment? Il devient clair à ses propres
yeux qu’elle se sent appelée à « quelque chose
» mais, ce n’est ni le mariage, au grand dam de ses parents, ni
le couvent, à la déception des supérieurs des
communautés. Jeanne peut réfléchir en connaissance
de cause car, elle est entourée de jeunes gens qui veulent
l’avoir comme épouse et qui mieux qu’elle connaît les
hospitalières de Saint-Joseph par sa marraine Jeanne-Mance, les
Ursulines de Québec, par son pensionnat, les sœurs de la
Congrégation de Notre-Dame, par Marguerite Bourgeoys. Jeanne
sait qu’elle est attirée par une vie radicalement
enracinée dans l’Évangile oui mais, un désir
profond l’incline vers une pratique si dépouillée que
même la vie religieuse traditionnelle ne lui convient pas. Elle
cherche manifestement un style de vie qui alliera le style de vie de
Jeanne Mance, qui demeura célibataire et laïque, du
dépouillement de sœur Catherine Macé qui aimait la
pauvreté et la solitude, du témoignage de Marie de
l’Incarnation, ayant fait l’expérience de réclusion et de
l’humilité de la Vierge de Nazareth dont Marguerite Bourgeoys
imite la vie voyagère ».
IV- L’importance
d’une vie de foi pour traverser les épreuves
Dans
l’opposition Jeanne reste calme et fidèle à Dieu
À 17 ans, elle demande donc à son confesseur de prononcer
des vœux, tout en demeurant laïque et chez elle, un vœu de
chasteté et de réclusion. À cause de son
très jeune âge le père Séguenot lui
conseille prudemment de ne rien faire mais, de vivre comme si elle
avait prononcé ce vœu. L’auteur dira : « Jeanne Le Ber
choisit absolument son sort. Elle a décidé de ne voir du
monde que le dimanche à la grande messe et à vêpres
– où on la regarde comme une curiosité étonnante,
un phénomène. Son comportement est paradoxal au centre
d’un village ou mille personnes s’agitent comme dans une
fourmilière. On a beau aimer Jeanne et lui pardonner ses
originalités, son entourage est choqué. On a jamais vu
ça en Nouvelle-France. N’est-ce pas un devoir plus qu’ailleurs,
de se marier et de mettre au monde des enfants pour peupler la
colonie?. Lorsque Jeanne explique à son père son profond
désir de vivre en réclusion complète, l’homme
d’affaires a le cœur complètement déchiré et
trouve l’idée encore plus excentrique que le refus de se marier
ou d’entrer en religion. Jeanne Lemoyne, sa mère, en est
complètement bouleversée. Oncle, tantes et
cousins-cousines crient au scandale. On lui oppose des obstacles encore
plus forts que ceux qu’elle avait rencontrés au moment de dire
qu’elle refusait de se marier ».
Bien que mon expérience n’a pas été à ce
niveau j’ai également dû faire face à l’opposition
lorsque j’ai modifié mon comportement suite à ma
conversion. Un cousin très proche m’a déjà
appelée pour me dire que j’étais une femme faible que je
devais revenir dans le droit chemin et sortir de cette secte
catholique. Mon amoureux renonça à notre couple
après que je lui ai proposé de nous engager par le
sacrement du mariage. Bénie-sois-tu Jeanne de m’inspirer le
calme dans la tempête et une détermination à suivre
le Christ quoi qu’il arrive.
Bénissez
ceux qui vous persécutent
L’auteur dira : « Bien que silencieuse et solitaire, Jeanne ne
rate pas l’occasion, dans la vie quotidienne, de manifester une grande
attention pour les membres de sa famille. Elle multiplie les
délicatesses envers son père et sa mère, ses
jeunes frères et les domestiques. C’est avec sa maman que son
affection toute en nuance est le plus difficile à transmettre.
Jeanne-la-mère et Jeanne-la-fille sont très
attachées l’une à l’autre mais, la vie intérieure
de Jeanne-la-fille est si étonnnante, si contraire à ce
qu’une mère peut souhaiter pour sa fille qu’on imagine la
très grande souffrance de Jeanne-la-mère ».
« Son comportement défie le bon sens, sa parenté
s’alarme, le clergé aussi. Son directeur spirituel examinant
l’affaire sérieusement décide de faire passer à
Jeanne un « examen canonique » c’est-à-dire
l’épreuve courante dans le cas de vocation publique et
controversée, semblable à celle que dut affronter Jeanne
d’Arc en France. Il va sans dire que rien n’est gagné d’avance,
devant ses confrères supérieurs des Sulpiciens, le
représentant de l’Évêque de Québec et le
clan familial. Ce sont des gens au gros bon sens reconnu. Ce n’est pas
une gamine têtue qui va leur faire peur. Elle se fait poser les
questions les plus subtiles et propres à embarraser. Mais, la
simplicité, le bon sens de ses réponses et le doux
entêtement de la jeune fille finissent par les convaincre. Ils
s’inclinent. Mieux : elle s’en fait des alliés. Montgolfier dira
: « Son père, ses proches et les supérieurs
ecclésiastiques croient devoir céder à un attrait
si marqué pour une vie singulière ». À
partir de ce moment, ses pratiques habituelles sont
codifiées et transformées en règlement.
Lorsqu’elle va à la messe le dimanche rien ne la distingue de la
majorité de ses contemporains de Nouvelle-France. Ses moyens lui
permettraient de porter tout autre chose mais, elle s’habille comme les
femmes pauvres. Il faut reconnaître que son caractère la
dispose à dépasser les attitudes normales. Sous sa
chemise, Jeanne glisse un rude cilice de crin de cheval. Elle se donne
la discipline jusqu’à en saigner et exige que sa soupe ne soit
complétée que par quelques vieux croûtons qui
traînent à la cuisine. Elle refuse énergiquement
les désserts. Heureusement pour sa santé, le bon
François Séguenot, à qui elle tient à
obéir, modère ses ardeurs pénitentielles et
l’oblige à consommer un peu de viande chaque jour ».
Le calme de Jeanne me parle beaucoup. Tout autour d’elle est
mouvementé, on s’affole, on la questionne. En y regardant de
plus près, ne vit-elle pas un questionnaire en règle
comme l’a vécu le Christ au moment de sa passion et comme les
premiers disciples? Toute confiante Jeanne reste imperturbable. Le
Christ est resté calme et vrai devant ses inquisiteurs; Jeanne a
fait de même. Quel exemple pour nous, chrétiens dans ce
monde rapide où l’on tente de nous faire dévier de notre
route. Sachons comme eux conserver notre paix intérieure
à la suite du Christ.
Jeanne utilise les épreuves comme un levier pour être
confirmée dans sa vocation
Une marginale déterminée - Parle de façon
volubile à son conseiller spirituel
L’auteur relate : « Le 8 novembre 1682, alors que Jeanne a 20 ans
et est recluse dans sa chambre depuis 2 ans, sa mère
décède. Jeanne n’est pas à son chevet au moment
fatal. On court la prévenir. Elle arrive sans se
précipiter, entre paisiblement dans la chambre de la
défunte, s’approche modestement du lit, comme le dira
Montgolfier, et « après avoir baisé
respectueusement les mains qu’elle arrose de ses larmes, sans dire mot
» retourne dans sa chambre. La dignité de cette attitude
en frappe plusieurs. On connaît son grand attachement pour sa
maman. Elle manifeste son chagrin ni par un cri ni par un bruyant
sanglot. Son comportement demeure serein malgré
l’évidence de sa souffrance. Jeanne assume sa douleur dans le
silence, la solitude et le travail manuel soutenu, comme d’habitude.
Montgolfier dira à ce sujet : « La véritable vertu
n’éteint pas tous les sentiments de la nature, mais elle les
règle et les sanctifie ». Moins d’un an après la
mort de sa mère, Jeanne est marquée profondément
par la mort de son amie d’enfance Marie Charly. Cette seconde
épreuve, loin de la dérouter de son appel, renforce en
elle la confirmation dans son projet de vœu de chasteté et de
réclusion perpétuelle. Montgolfier commente : «
C’est ainsi que les personnes qui sont véritablement
à Dieu trouvent dans tous les événements et
surtout dans les croix qui leur arrivent de nouveaux motifs de faire
des progrès ». À l’âge de 23 ans, le jour de
la Saint-Jean Baptiste, après 5 années de vœux
temporaires, Jeanne
Le Ber, une femme n’ayant aucun problème de refoulement
pathologique ou de troubles de la personnalité, est
autorisée par le groupe réuni lors de son «
épreuve canonique » à prononcer un vœu
perpétuel de réclusion, chasteté et de
pauvreté de cœur. Elle observe une règle draconienne.
Elle aurait bien voulu à ce moment se départir
complètement de sa fortune mais, accepte de suivre les conseils
de son accompagnateur, de son père et du comité des
sages. On lui conseille « de conserver tous ses droits pour en
disposer dans la suite selon les ouvertures que lui en fournirait la
divine providence ». Son père en éprouve une grande
douleur mais, consent. Jeanne se marginalise ce qu’évitent les
religieuses de son époque vivant dans le cadre d’institution.
Bien sûr, son comportement non conventionnel produit un
bouleversement vis-à-vis de la majorité. Ce n’est que par
son habituelle délicatesse dans la moindre de ses relations
humaines que les gens comprennent qu’elle a un cœur débordant.
Elle est muette certes mais, elle tisse un lien chaleureux, subtil,
empathique avec tous ses proches. Pour réussir à
réaliser ce mode de vie insolite, il lui a fallu vaincre cinq
ans de mise à l’épreuve; arracher l’accord de son
père, de sa famille, des autorités religieuses et de
quelques-uns parmi les principaux habitants. Une seule personne, la
petite cousine Anne Barrois, a le droit d’entrer dans la
chambre-cellule de Jeanne qui en sort rarement, sauf pour vaquer, quand
il n’y a personne à la maison, à quelque tâche
nécessaire à son travail; ou pour aller chaque matin
à l’église. Là, uniquement, les Montréalais
peuvent l’apercevoir; du moins ceux qui ont le courage de se lever
à l’heure très matinale de la première messe. Une
fois par semaine, elle y rencontre François Séguenot,
conseiller spirituel discret et unique. Il l’écoute. C’est le
seul moment où Jeanne parle de questions qui dépassent le
quotidien. Devant cet interlocuteur elle parle avec abondance. Mais,
Séguenot garde pour lui ce discours volubile. Notons que ce
n’est qu’au moment de sa mort qu’il révélera quelques
faits pour le premier biographe monsieur Belmont.
V - L’importance de
Jeanne comme témoin de Dieu dans une voie nouvelle
Une recluse au
cœur des combats :
Vivre selon un
autre mode que la parole et pourtant considérée
comme une
« sage » une conseillère spirituelle par sa
sérénité contagieuse.
L’auteur nous replace dans le contexte en disant : « C’est
l’époque où la ville est plus que jamais au cœur d’un
conflit crucial entre la France et l’Angleterre. En Amérique du
Nord, les mères-patries s’opposent sur quatre fronts.
Montréal est le centre du large quadrilatère
disputé. Immergée dans cette société
active, combattante, défensive, Jeanne prie et travaille. Elle
sait tout des nombreux combats, des morts précoces et des
dangers de la guerre que courrent les habitants de Ville-Marie et les
membres de sa propre famille qui sont des combattants de
première ligne. Les événements lui sont
rapportés par sa petite cousine, son conseiller ou son
père. Tout se passe comme si elle se trouvait au centre d’un
vaste pendule. Jeanne vit la tourmente sur un autre mode. Ce n’est pas
celui de la parole. Continue-t-elle à pressentir que les mots
prononcés sonnent creux contre la douleur? Devine-t-elle que le
pire est à venir? Aucun de ses confidents ne le diront ».
Jeanne une femme
d’action à ceux qui savent voir avec le regard intérieur
« Comme témoin de Dieu au cœur d’une vie, Jeanne Mance
avait construit le tissu social de la colonie de Ville-Marie solidement
établi sur l’entraide; Marguerite Bougeoys – soixante treize ans
en 1693 – continue de montrer l’exemple de la modestie et des services
inventifs qui diffusent l’amour et le respect mutuels. Agée de
31 ans, en réclusion depuis 12 ans dans la maison paternelle,
Jeanne prend le relais en puisant à la source une
sérénité contagieuse dont le résultat par
l’action est invisible, sauf pour ceux qui savent voir avec le regard
intérieur. Jeanne passe désormais pour une « sage
». En mai 1693, le père de La Colombière,
ex-Sulpicien demeuré clerc, âgé de 42 ans,
étant en conflit avec l’évêque de Québec,
vient lui demander conseille. Elle accepte l’entretien. Nul ne sait ce
qui s’est dit mais, Jeanne se voit haussée au rend de
conseillère spirituelle ».
Montréal vient la fêter dans la dernière
étape de sa vie – Elle y vivra, mine de rien, de son plein
gré un calvaire
L’auteur reprend des faits racontés « Jeanne, dans sa 34e
année, vivant depuis 15 ans en recluse sous le toit parternel,
sortira au bras de son père le vendredi 5 août 1695,
fête de Notre-Dame-des-Neiges vers 17h00, pour entamer la
procession où tout Montréal est massé rue
Saint-Paul, devant la demeure de Jacques Le Ber pour se diriger dans sa
dernière demeure, son réclusoir de la Chapelle des Sœurs
de la Congrégation de Notre-Dame, pour lequel Jeanne a
elle-même remis une somme importante pour sa construction afin
« d’honorer l’amour de Jésus au très
Saint-Sacrement », dévotion chère au Cœur de
Marguerite, et également, réaliser son plan à
savoir : « avoir le bonheur de vivre et de mourir dans la maison
de Dieu ». Un réclusoir d’où elle ne pourra sortir
et où elle vivra en symbiose avec les religieuses, d’où
elle assistera à la messe de la sacristie par une fenestrelle
taillée dans une porte et dormira la tête contre une mince
cloison de quelques centimètres qui la sépare du
Tabernacle. Le clergé a voulu que l’événement
prenne une allure qu’on dirait médiatique au XXe siècle.
À la porte du sanctuaire où sa fille chérie
s’enferme à jamais, tenaillé par le chagrin,
l’émotion, les larmes, Jacques Le Ber ne peut plus se contenir.
Il quitte le cortège. Son cœur de père est
transpercé de douleur, pourtant il est profondément
heureux de ne pas avoir fait obstacle au désir profond de son
enfant chérie. Imperturbable, Jeanne et les autres participants
continuent ».
Une solitude
tant désirée avec une sécheresse du dialogue
intérieur
Comparaison Thérèse d’Avila
L’importance de son conseiller spirituel
Après sa mort, son conseiller spirituel dira : « Son
oraison n’est plus douce et tranquille comme dans les débuts,
mais « aride et obscure avec juste assez de rayons de
lumière imperceptibles, très vifs et très sublimes
pour ne pas désespérer ». L’auteur Françoise
Deroy-Pineau dira : « On lui prêtera volontiers les mots de
Thérèse d’Avila : « Eh quoi! Ô mon Dieu
n’est-ce pas assez que vous me reteniez dans cette misérable
vie! Que, par amour pour vous, j’accepte cette épreuve, et que
je consente à demeurer dans cet exil…? Maintenant que je peux
jouir de votre présence, vous vous cachez!..Mais, vous vous me
voyez toujours. Une telle inégalité est trop dure,
ô mon Dieu. Considérez, je vous en supplie, que c’est
faire injure à celle qui vous aime tant » (Vie par
elle-même, chapitre 37 no 8). Pour Jeanne comme pour
Thérèse d’Avila, cette marée basse de
l’Océan intérieur, cette nouvelle épreuve pourrait
la rendre complètement folle si Monsieur Séguenot qui
continue ses entretiens hebdomadaires n’y voyait pas de près. En
observateur extérieur, il peut vérifier qu’elle garde son
équilibre. C’est lui le garant de l’authenticité de cette
expérience étonnante. Le silence de Jeanne est
véritablement par amour! Car avec son conseiller elle est un
torrent de paroles qui se déversent avec abondance, ferveur et
rapidité»
Permettez-moi de vous dire que cette réalité dans la
personnalité de Jeanne m’a ouvert l’esprit à de fausses
idées que j’entretenais au sujet de la vie monastique. Avant je
considérais le choix de cette vie pour les personnes timides,
renfermées et silencieuses. En explorant le choix de Jeanne, je
réalise que c’est par amour pour Dieu et par un profond
désir d’intériorité! Sois bénie Jeanne pour
ta détermination à faire tout par amour pour Dieu.
Source intarissable d’inspiration – Libération de grandes
douleurs dans son art
« Ceux qui la côtoient « inspirent » à
son contact une paix qui rejaillit en cascade au fil des liens dont
chaque rencontre garde le secret. Durant cette période
l’artisanat de Jeanne produit sans arrêt. Elle coud, brode et
prie comme elle respire. L’auteur dira : « Elle puise à
une source intarissable dans l’inspiration et l’expiration de chaque
instant. Elle confie ses problèmes au plus profond
d’elle-même et s’en libère dans son art par la même
occasion. On peut porter au crédit de Jeanne Le Ber la
confection de quantités de chasubles, chapes, surplis, voiles de
calice, parments d’autel, enfin tout ce qu’il faut pour équiper
22 sacristies à une époque où on ne
lésinait pas sur le linge d’autel. Artiste dans l’âme elle
créait elle-même ses modèles. La simplicité,
la pauvreté et le silence de Jeanne s’expriment paradoxalement
par un art éblouissant de lumières d’or et d’argent et de
couleurs vives. Dans un pays encore démuni, voire
miséreux, à l’architecture des plus
élémentaires, elle pratique un savoir-faire entretenu par
les plus riches et les plus nobles des cours d’Europe. Les paroisses
sont très pauvres. Elle ne peuvent s’offrir d’ornements ni de
vêtements sacerdotaux ouvragés. Jeanne les confectionne
richement et les offre gratuitement. Elles entretient ainsi la
fierté des paroissiens. Ses travaux artistiques sont donc par la
même occasion de bonnes œuvres, propices à cultiver le
sens de la dignité et de la confiance chez les pionniers et
pionnières éprouvés par la dureté d’une vie
sans répit. Jeanne serait probablement outrée de se
savoir d’abord considérée comme une artiste ».
VI - L’importance du
Saint-Sacrement, de Marie et des Anges pour Jeanne
La «
pierre d’aimant »
« En 1698, l’évêque, monseigneur de Saint-Vallier,
de passage à Montréal accompagné de deux Anglais
qui lui avaient témoigné le désir de la voir dans
sa solitude, ce qui, soit dit en passant, démontre clairement
que pour une personne qui ne disait rien et se cachait, elle
était fort connue. Les 3 hommes pénètrent dans le
réclusoir et comme Belmont nous le relate, ils sont
stupéfaits « de la voir dans un si petit appartement
». Elle porte toujours sa robe de serge gris-blanc passablement
usée depuis 3 ans et en guise de sandales, elle s’est
bricolé des espèces d’espadrilles avec des feuilles de
mais. Sa couchette est une simple paillasse, avec un oreiller de paille
et une couverture, sans drap ni matelas. Il y a un poêle dans un
coin qui ne chauffe pas beaucoup. L’un des Anglais est pasteur et il
connaît bien la famille LeBer-Lemoyne. Il interroge Jeanne :
« Pourquoi se gêne-t-elle tant? Alors qu’elle pourrait
vivre dans le monde avec toutes ses aises et commodité »
Jeanne lui répond : « C’est une pierre d’aimant qui m’a
ainsi attirée et séparée de toutes choses ».
Il insiste pour savoir quelle est cette mystérieuse pierre. Elle
ouvre la fenestrelle, se prosterne en regardant l’autel et
répond : « Voilà ma pierre d’aimant. C’est
Notre-Seigneur qui est véritablement et réellement dans
le Très Saint-Sacrement. ». Elle lui parlera « de
cet auguste mystère avec tant de zèle et de ferveur
» qu’il en est bouleversé. Retourné dans son pays
affirme Belmont, « il en parlait souvent comme d’une chose
qui lui avait fait une grande impression». C’est ce qu’il retint
de plus extraordinaire de sa visite au Canada. Il paraît que cet
homme devint Catholique ».
Un
témoignage d’amour qui impressionne
atteignant jusqu’aux mentalités des colons et même
jusqu’à aujourd’hui.
« Marie Barbier, la supérieure, signe le 10 octobre 1696,
un acte obligeant une sœur « qui sera relevée de temps
à autre, de demeurer à perpétuité dans la
dite église de la dite Congrégation, depuis les
prières du matin jusqu’au prières du soir ». Les
sœurs commencent le jour même. Le père de Jeanne donne
trois mille livres pour soutenir l’idée de sa fille qui est
nommée l’œuvre de Jeanne Le Ber. Depuis, cela fait plus de trois
siècles que les religieuses de la Congrégation pratiquent
l’adoration perpétuelle diurne ».
Personnellement, j’ai une dévotion au Saint-Sacrement. Au
début de ma conversion, je trouvais difficile d’aller m’asseoir
devant le tabernacle. Je voyais là une perte de temps et
graduellement, j’ai fait l’expérience de Jésus
réellement présent dans le Tabernacle. Chaque fois que je
passe du temps avec Jésus, mes décisions sont plus
faciles à prendre. Sur le moment et quelques jours après
une paix profonde m’envahit et ma foi se consolide. Aujourd’hui, je
crois en la présence réelle de Jésus dans le
Saint-Sacrement et j’aurais vraiment aimé être l’un de ces
Anglais afin de me laisser instruire par Jeanne de son amour pour
Jésus. Jeanne apprends-moi à mieux comprendre ce
mystère et sois bénie pour ton témoignage.
L’œuvre des
tabernacles
L’œuvre de Jeanne Le Ber deviendra à partir de 1866 l’œuvre des
Tabernacles. L’œuvre des Tabernacles a comme objectif de promouvoir le
culte eucharistique dans les pays étrangers, pour les
missionnaires et également ici au Québec.
Parallèlement, prenant le relais de Jeanne, des
bénévoles entretiendront, jusqu’à aujourd’hui, le
linge d’autel et les ornements. (possibilité de visiter durant
la semaine Jeanne Le Ber). Cela m’amène à vous inviter
à participer à la Semaine Jeanne Le Ber qui aura lieu du
30 septembre au 6 octobre 2007 et ainsi assister, entre autres à
une présentation de l’œuvre et de son fonctionnement.
Imiter la Sainte
Vierge : Dans sa solitude et son habillement
« Pour Jeanne, l’Évangile doit être pris au pied de
la lettre. Un dépouillement dans le sens strict du terme :
« Heureux les pauvres » pour elle, la pauvreté n’est
pas seulement un état d’esprit. Jeanne n’a qu’un projet,
dit-elle à une sœur lors d’un de ses rares entretiens : «
Imiter la Sainte Vierge tant pour la solitude que pour son habillement
» qu’elle estime « à peu près semblable
» De Belmont précise que les hardes de Jeanne ne sont que
des « guenilles qu’on aurait honte de donner aux pauvres ».
Ses bas sont de « laines et de filasse piquante » dont le
meilleur a été enlevé pour en tricoter aux
démunis de Montréal. Il ne reste sur elle que des
vêtements en lambeaux et pleins de trous. Elle n’accepte que du
linge grossier et déjà usé et se fâche si on
lui porte quelque chose de plus beau que de coutume ».
Personnellement, « Heureux les pauvres » est une
béatitude qui m’interpelle beaucoup car, je sais que la
pauvreté, dont il est question, doit être
méditée sous plusieurs angles. Je viens de
réaliser que l’Évangile que je médite a
été médité par cette femme formidable alors
je peux lui demander de m’inspirer…
Jeanne et les
anges
« Jeanne travaillait si vite et si bien que ses
contemporains ne pouvaient imaginer qu’elle puisse avoir un
débit aussi sûr et efficace sans une aide surnaturelle. Un
jour, un Récollet lui apporte un voile de calice à
broder. Il s’y connaît en broderie et considère qu’un mois
d’ouvrage normal devrait tout juste suffire pour terminer. À la
plus grande surprise du religieux, Jeanne en huit jours a
entièrement terminé. Il demande une explication. Jeanne
répond : « Je me suis trouvée embarrassée,
mais mon bon ange m’a aidée à travailler avec cette
facilité. Pourquoi ne pas croire les mots d’une personne aussi
peu bavarde. Elle parlait souvent des anges et recommandait à
ses interlocuteurs d’avoir recours à eux en toute circonstance,
pour mener à bien un projet difficile. Jeanne Le Ber ne manquait
jamais de temps pour confectionner aussi des vêtements aux plus
démunis des Montréalais. Elle savait que les couleurs de
Dieu ne sont pas celles des ornements du culte, mais la lumière
du regard de chacun de ses enfants ».
VII - L’importance
de la prière et de la confiance en toutes circonstances
Une vocation
d’intercession pour ses contemporains, pressentie pour protéger
les colons
« La discrète personnalité de Jeanne a
impressionné beaucoup de monde. Son silence, sa pauvreté,
sa chasteté volontaire et ses pénitences diffusent
mystérieusement une confiance collective inestimable. Jeanne
partage à part entière les nouvelles et grandes
émotions de la nouvelle colonie. Lors de l’été
1709 la population entière s’inquiète car les Anglais
sont au bord du Lac Champlain et arrivera sous peu une
expédition navale par l’estuaire du Saint-Laurent. Les Sœurs de
la Congrégation craignent, comme tous, de voir l’ennemi
s’emparer de leur ferme et de leurs récoltes. Jeanne est
avisée et elle ne s’émeut pas et assure que « la
Sainte Vierge aurait grand soin de ce pays. La sœur insiste et Jeanne
rédige alors une prière sur une image de la Vierge
» :
« Reine des anges, notre Souveraine
et notre très chère mère,
vos filles de la Congrégation
confient à vos soins la garde de leurs métairies.
Elles espèrent de votre
bonté que vous ne souffrirez pas
que vos ennemis touchent au partage de
celles qui sont sous votre protection
et qui mettent toute leur confiance en
Vous »
« Les sœurs clouent l’image et sa prière sur la porte de
leur grange de la Pointe-Saint-Charles. Une partie des habitants de
Montréal et des alentours s’empresse alors de faire apporter
à Jeanne une image « afin qu’elle leur fit le plaisir
d’écrire dessus quelque prière de sa main. Ne voulant pas
être considérée comme une « sainte à
miracles» ce qui lui déplaît profondément,
elle refuse de se prêter au manège. Les voisins volent
l’image des sœurs, recopient la prière et chacun l’affiche sur
sa propre porte. Jeanne en est quitte pour en faire une autre à
l’intention de la Congrégation. Pendant ce temps, une
épidémie s’est attaquée aux troupes anglaises qui
rentrent chez elles, sans pousser plus loin. L’Angleterre annule donc
l’expédition navale. Les blés ne sont pas touchés,
les prières exaucées ».
« Au début août 1711, Jeanne a 49 ans et toute la
colonie est sur le qui-vive jour et nuit. Les Anglais se dirigent vers
Québec. Les prières sont
généralisées à travers la Nouvelle-France,
autant dans les paroisses que dans les communautés religieuses.
On jeûne, on se donne la discipline en commun, on invoque la
Sainte Vierge, Saint Joseph et les anges. On récite des
neuvaines, on assiste à des messes. Hommes et femmes
n’hésitent pas à suivre les processions. Québec se
prépare incessamment au combat. On dit que les Anglais sont
accompagnés de familles qui ont l’intention de s’établir
au Canada. Le Saint-Sacrement est exposé dans toutes les
églises. Les habitants montent sur le toit des maisons avec des
longues-vues pour surveiller le fleuve. À Montréal,
le commandant des forces armées n’est autre que Charles Lemoyne
de Longueuil, l’aîné des cousins germains et le
fondé de pouvoir de Jeanne depuis la mort de son père, le
25 novembre 1706 à l’âge de 76 ans. Il fait confectionner
par sa cousine, Marguerite Lemoyne CND, un étandard avec lequel
il attendra les Anglais à la frontière. Pierre Le Ber
peint une image de la Vierge et Jeanne y écrit une prière
»:
« Nos
ennemis mettent leur confiance dans leurs armes,
mais nous
mettons la nôtre au nom de la Reine des Anges, que nous
invoquons.
Elle est
terrible comme une armée rangée en bataille : sous sa
protection, nous espérons vaincre nos ennemis.»
« Charles Lemoyne de Longueuil marche avec sa modeste troupe de
quelques centaines d’hommes, bannière de Jeanne en tête,
à la rencontre des trois mille soldats anglais et sept cent
Iroquois mais, ils se sont volatilisés car le
général anglais a décidé à nouveau
de rebrousser chemin en apprenant un désastre survenu à
la flotte de son compatriote à cause, entre autres, d’une brume
épaisse qui rend la navigation presque impossible ».
Fidèle
jusque dans la mort :
L’Ange de Ville-Marie s’éteint en grande réputation de
Sainteté
En 1714, à 52 ans, un beau matin Anne Barrois la trouve
fiévreuse dans son lit. Le médecin diagnostique une
« fluxion pulmonaire ». Clouée au lit elle ne peut
plus s’opposer aux visites mais, elle garde un silence « aussi
exact que pendant sa meilleure santé ». Elle exige que les
rideaux de son lit restent fermés
« pour pouvoir penser librement à Dieu sans être
interrompue ». « Elle prie Anne Barrois de faire contre son
lit tous les exercices qu’elle avait coutume de faire en santé
comme son chapelet, l’office de la Sainte Vierge, celui des morts,
trois fois par semaine les litanies des saints, chaque jour celles de
saint Joseph à qui elle avait une singulière
dévotion comme l’époux de Marie. Le 1er octobre elle
dicte ses dernières volontés au notaire. Jeanne Le Ber
celle que les colons surnommèrent : l’Ange de Ville-Marie
s’éteint le 3 octobre 1714.
Sur les traces
de Jeanne : Les Recluses missionnaires
« En 1942, à l’occasion de la célébration du
tricentenaire de la fondation de Montréal, deux
Montréalaise, Rita Renaud et Jeannette Roy, toutes deux
anciennes élèves de la Congrégation de Notre-Dame,
commencent à expérimenter la vie d’ermite, dans une
étable de Pointe-aux-Trembles, sur les traces de Jeanne Le Ber.
Un an plus tard, un père oblat les invite en Alberta où
elles fondent une nouvelle communauté contemplative
inspirée de la spiritualité de Jeanne Le Ber : ce sont
les Recluses missionnaires ». Cette communauté est revenue
à Montréal depuis 1950. Elle est au 12050,
boulevard Gouin Est et il est possible d’y faire des séjours.
Conclusion :
Comme l’auteur le dit si bien : « Le fait que huit biographies
aient été consacrées à Jeanne Le Ber, une
personne qui n’a rien écrit, qui n’a rien fait d’autre que de
broder et de se taire, prouve que son silence provoque la parole. Sa
réclusion sociale l’a incluse au cœur de la vie du
Québec, tant au niveau collectif qu’individuel. Son exemple
montre qu’une certaine solitude n’est pas la fin du monde, mais
l’ouverture à un monde différent, infini et invisible.
Les débats actuels sur l’exclusion sociale et sur la solitude
peuvent éclairer cette situation de réclusion volontaire
ou en être éclairés….».
Qui d’autre mieux que vous mes amis(es) peut comprendre ce grand amour
au cœur de Jeanne pour Jésus présent dans l’Eucharistie,
la Vierge et les anges. Qui mieux que vous peut comprendre ce que c’est
que d’attirer par notre rayonnement, de faire de chez-soi une oasis de
prière au cœur de la ville! De prier en union avec les habitants
qui défilent dans les rues de la ville.
Malgré son silence Jeanne rayonnait, intriguait, inspirait la
confiance en Dieu. Le reclusoir de Jeanne était une oasis de
prière au cœur de la ville! Les gens avaient confiance en son
calme, sa sagesse et son grand amour pour Jésus présent
dans le Saint-Sacrement. Dieu avait besoin de cette « sentinelle
de l’invisible » au milieu des combats. Leur forme a
changé mais, on ne peut nier que vous, membres de la
Fraternité Monastique de Jérusalem êtes, à
la suite de Jeanne Le Ber, des « sentinelles de l’invisible
» au cœur de grands combats humains.
Jeanne, personnellement, je te dis :
Sois bénie
pour ton oui!
Sans ta grande
confiance et ton intercession pour les colons, nos ancêtres,
serions-nous ici
à Ville-Marie?
Toi qui,
malgré un témoignage paraisssant, aux yeux des hommes,
à « contre-courant» es demeurée
fidèle, sois-en bénie!
Étant
très certainement près du Père,
intercède
pour nous qui sommes rassemblés.
Qu’à ton
exemple nous puissions témoigner par notre vie, que Dieu seul
suffit!
À vous qui cherchez la volonté de Dieu dans votre vie,
pour Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Marie de l’Incarnation et
Jeanne Le Ber et tant d’autres, Dieu a indiqué la voie à
travers des motions intérieures, des prédispositions
personnelles et les événements. Aussi, cela me confirme
qu’il le fait pour tous ceux qui désirent sincèrement
l’écouter, le suivre et faire sa volonté. Ayons confiance
que Dieu ne demandera jamais à un de ses enfants de
répondre à un appel qui ne corresponde pas à ce
qu’il est profondément. Il veut notre bonheur et il sait, lui,
ce qui est le mieux pour chacun de nous. Avançons dans la vie
avec la certitude que, tout concoure au bien de celui qui croit!
Marie-Josée
Harvey
Chargée
de projets en pastorale
Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours
mjharvey@marguerite-bourgeoys.com
* * *
En route vers le
Congrès Eucharistique International
Participez à la « Semaine Jeanne
Le Ber » du 30 septembre au 6 octobre 2007 et laissez-la vous
entraîner vers le Congrès Eucharistique international de
Québec!
Pour plus de détails:
voyez le site de la Congrégation
Notre-Dame,
à la rubrique « quoi de neuf ?
».
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