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« Pour
discerner où est ma voie »
Pierre-Marie
Delfieux,
Moine au coeur de
la ville,
Paris, Bayard, 2003,
pp. 267-274.
Même en
sachant que le Père qui nous aime nous attend en
sa maison, que le Fils qui est notre Maître nous enseigne, et que
l’Esprit qui est notre Guide nous conduit sur la route, nous ne
connaissons pas pour autant, dès le départ et dans le
détail, l’itinéraire à prendre (Jn 14, 1-3; Mt 23,
8-10). Certes, le Père nous appelle clairement à la
sainteté; le Christ est pour nous la voie, la
vérité et la vie (Jn 14, 6); et le Saint-Esprit
est notre
lumière quotidien. Mais le Seigneur a mis en nous la
liberté de la gloire des enfants de Dieu (Rm 8, 21). Que
faire
donc avec ce qui reste pour nous, après la vie et l’amour, le
plus précieux de tous les dons ?
Il faut discerner à quoi
on est appelé.
Or discerner l’orientation de sa vie est l’aventure la plus
passionnante qui soit. Mais c’est aussi la plus risquée.
L’aventure est passionnante, parce qu’elle fait appel au plus beau de
la liberté, de l’intelligence et de l’amour. Elle est
risquée, car il peut être douloureux de ne pas trouver sa
place, et grave de se tromper de route.
Rien n’est plus libre donc, puisque nous voilà conduits à
choisir personnellement l’orientation et la conduite de notre vie
où tout est à nous.
Et rien n’est plus
déterminé puisque le
Dieu qui nous a sauvés, nous
a aussi tous appelés d’un saint appel et que toute une
série de données s’imposent à nous du dehors ou
résonnent au-dedans (1 Co 3, 21; 2 Tm 1, 9).
Il est donc vital et urgent de bien discerner, surtout quand on a entre
dix-huit et trente ans, ce à quoi on est appelé. Car nous
ne sommes ni contraints, ni abandonnés, ni sans lumière,
ni sans soutien. Réellement munis de grâce en notre pleine
liberté (Jn 1, 16).
Trois conditions de
départ
Si nous voulons vivre à la lumière de l’Évangile,
Jésus nous dit lui-même que nous devons tout d’abord bâtir notre
maison en l’édifiant sur le roc (Mt 7, 24). Le
roc de la foi et de la confiance en Dieu. Il nous dit ensuite que nous
devons enraciner l’arbre de notre vie dans
la bonne terre, si nous
voulons qu’il porte de bons fruits
(Mt 7, 17). La bonne terre de
l’humilité. Et il nous indique enfin où est la vraie
route qui peut nous conduire à la Maison du Père. La
route qui porte le propre nom de celui qui s’est fait le chemin de nos
vies (Jn 14, 1-6). Nous pouvons alors avoir l’assurance que notre
vocation sera bien éclairée, bien perçue et bien
orientée. Sinon, nous ne ferons que ce qui nous plaît et
nous courons le risque de ne rencontrer que de courtes satisfactions et
d’aller au-devant de grandes désillusions. Et l’on n’a pas le
droit, sachant cela, de planter un arbre stérile, de bâtir
une maison qui croule et de prendre une route où l’on se
fourvoie.
Il ne peut donc rien nous advenir de meilleur que ce que le Père
souhaite pour chacun et chacune de nous, car il est le Dieu Tout-Aimant
et Tout-Puissant (Jn 6, 44-45). Nous pouvons donc lui faire confiance.
Dès l’abord tout s’éclaire. Le terrain est
déblayé, la brume de l’embarras se lève (He 11,
13-14). L’horizon se dévoile, le terme du pèlerinage est
précisé : Cherchez
d’abord le Royaume et sa justice et
tout le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6,
33).
Qu’aurions-nous à craindre ?
Il est fidèle, celui qui
nous appelle (1 Th 5, 24). Qu’aurions-nous encore à
chercher ? Cherchez à
imiter Dieu comme des enfants bien-aimés (Ép 5,
1). Ce que nous avons à
vivre consiste donc moins
à être trouvés qu’à être reçus
de Dieu. On peut discerner ce qui plaît au Seigneur en optant
d’entrée de jeu pour la
manière de vivre qui plaît
au Seigneur en optant d’entrée de jeu pour la manière de
vivre qui plaît à Dieu (Ép 5, 10). Il ne
peut donc
rien nous arriver que de bon. Quelle assurance pour les enfants de Dieu
que nous sommes (1 Jn 3, 1) ! C’est le Seigneur qui porte dans
son
propre cœur le plus beau projet de ma propre vie. Notre vocation n’est
donc pas d’abord à trouver mais à recevoir de sa main (1
Jn 3, 22). Si nous en sommes convaincus, nous pouvons avancer en paix.
Nous savons ce qui est écrit : Dieu
nous a choisi dès le
commencement pour être sauvés par l’Esprit qui sanctifie
et la foi en la vérité. Et l’apôtre
précise
: C’est à quoi il vous a
appelés par notre
Évangile pour que vous acquerriez la gloire de notre Seigneur
Jésus Christ (2 Th 2, 13-14). Qui pourrait imaginer pour
sa
propre vie un meilleur projet ?
Un commun appel qui
s’adresse à tous
Les talents étant diversement répartis entre les hommes
il est clair que Dieu s’adresse à la fois communément
à tous et diversement à chacun (Mt 25, 14-13). Le
Père propose à chacun sa vocation, que soutient toujours
la grâce de Dieu qui est source de salut pour tous les hommes.
Pour tout chrétien la route est donc balisée dans ses
grandes lignes (Tt 2, 11).
Première conviction : il n’y a pour tous qu’une seule vocation
et qui n’est pas facultative, c’est celle à la sainteté
(Lv 19, 2). Peu importe notre état de vie , notre lieu
d’insertion, notre engagement social, ecclésial ou familial (1
Th 4, 3). Tout ceci, sans être secondaire, est second. Mais nous
sommes tous appelés à être
saints. Tous saints (Mt
5, 48).
Deuxième certitude : toute vie baptismale ne peut se vivre qu’en
référence à l’Évangile et à
l’imitation du Christ. C’est en lui
qu’il nous faut marcher,
enracinés et édifiés en lui (Col 2, 6-7).
Si tel
est le cas, notre route est éclairée, notre maison peut
tenir, notre arbre porter du fruit. L’Évangile, ainsi
vécu sur les pas de Jésus, devient à la fois l’Évangile
de la vie et l’Évangile du salut (Ép 1,
13).
Troisième vérité : l’Esprit de Dieu est là,
en chacun de nous, qui inspire en
nous à la fois l’action et
l’intention au profit de ses bienveillants desseins (Ph 2, 13).
Chacun,
du dedans, est donc habité par la grâce et animé de
la vie divine. Que craindre dès lors en nous donnant ainsi, sous
la mouvance de l’Esprit, au Seigneur qui s’est fait Serviteur pour
mieux nous appeler au partage de son Règne (Ga 3, 14)?
Quatrième évidence : en toute vie, quelle qu’elle soit,
il y a des épreuves, des limites, des difficultés, des
renversements, des imprévus, des souffrances (Jn 15, 18-20). Le
choix d’une vocation ne peut donc consister à éviter de porter sa croix de
chaque jour. Il y en a en tous domaines et en tous
états de vie. Il consiste à choisir de porter sa croix
à la suite du Christ, lui qui est présent en toute
existence, qui la porte alors avec nous et même pour nous (Lc 9,
22; 1 P 2, 21).
L’essentiel de notre vie chrétienne consiste dès lors,
autre affirmation évangélique, à vivre d’amour et
de foi. L’essentiel est bien d’aimer en effet, sinon on n’est rien, en
puisant par la foi à la source de l’amour jailli de la
prière, sinon on ne peut rien faire. C’est définitivement
dit : Seule compte la foi
s’exerçant dans la charité (1
Co 13, 1-8; Jn 15, 5; Ga 5, 6).
C’est ainsi qu’on peut dire que toute vocation chrétienne est
une vocation à la nuptialité. Mariés,
célibataires ou consacrée, nous sommes tous
invités à aimer dès ici-bas le Christ comme un époux,
en attendant de vivre ce mystère dans
l’au-delà des noces
éternelles (Mt 25, 1-6). Car,
finalement, c’est Dieu seul qui nous sanctifie et notre sanctification
ne peut donc consister qu’à accueillir en nous la
plénitude de sa vie (Is 54, 5; 62, 5).
Alors, tout simplement, chacun sera
payé par le Seigneur selon
ce qu’il aura fait de bien (Ép 6, 8). Tel est le chemin
commun
proposé par le Dieu unique
à tous les hommes de bonne
volonté.
Trois
lumières pour éclairer notre choix
Le fait qu’un commun appel à la sainteté soit
adressé à chacun et qu’une route commune soit
proposée à tous, ne dispense personne d’aller plus avant
pour préciser son libre choix. Comment donc discerner plus
concrètement encore sa propre vocation et le choix effectif de
son état de vie ?
La première lumière est tout intérieure. Elle nous
est donnée par ce qu’on peut appeler la voix de la conscience.
Au fond de chaque cœur il y a une attente, un désir, un attrait.
Une sorte de loi inscrite au plus intime par laquelle, du dedans, Dieu
parle à chacun (Rm 2, 15). Et c’est d’abord à cela qu’il
faut répondre en toute liberté. Car là où
est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Co
3, 17).
Il faut donc choisir premièrement ce que l’on veut, ce vers quoi
penche son cœur, son cœur profond; ce à quoi aspire son
âme, son âme immortelle; ce pour quoi son esprit se sent
appelé, son esprit divin à qui s’unit en personne
l’Esprit Saint (Rm 8, 16). On doit aimer le métier que l’on
choisit, désirer l’état de vie que l’on épouse,
être à l’aise avec la forme d’existence vers laquelle
s’oriente. Tout en restant, bien sûr, attentif à l’appel au plus parfait
(Mt 19, 21). Le test est alors la joie et la paix que
l’on ressent en son âme, à la pensée d’un tel choix
et que, même s’il en coûte un peu de le poser, c’est vers
cela malgré tout que l’on se sent attiré. Dieu nous fait
alors la grâce de nous conduire à coïncider avec sa
volonté; et de nous sentir libres et en paix à
l’égard de ses bienveillants
desseins (Ép 1, 9).
La deuxième lumière est plus extérieure. Elle
jaillit de ce que l’on peut appeler la grâce des
événements. Ces événements qui,
depuis
notre naissance jusqu’à ce jour, tissent notre vie. Que m’ont
apporté la famille où je suis né,
l’éducation reçue, les études accomplies, les
expériences vécues ? Tel échec ici, telle
réussite là, telle rencontre un jour, tel passage
à vide d’un autre moment ? Tout est grâce et Dieu qui
donne la croissance, de jour et de nuit, nous conduit et fait, par la
puissance de son Esprit, que grandisse et se fortifie en nous l’homme
intérieur (1 Co 3, 6; Ép 3, 16).
Regardons le fil de notre vie et nous saurons combien il est porter
d’autant de petits luminaires qui, au total, tracent sous nos pas un
vrai chemin de lumière (Ps 119, 105). Voilà aussi les signes des temps
qu’il faut savoir interpréter, comme nous dit
Jésus (Mt 16, 3).
La troisième lumière est à chercher du
côté de ce qu’on peut appeler la confirmation d’un tiers.
Si éclairée que soit notre conscience en effet, si
éloquente que soit la trajectoire de notre vie, il nous faut
bien discerner les esprits. C’est ensemble, en Église, que l’on
devient, au pluriel, foyers de
lumière et enfants de
lumière pour discerner ce qui plaît au Seigneur (1
Co 12,
10; Ph 2, 15; Ép 5, 8-10).
Une bonne retraite, un long séjour dans un lieu de silence,
l’écoute attentive d’un père spirituel, tout cela ne peut
que nous conduire au renouvellement
de notre jugement qui nous
transformera et nous fera discerner quelle est la volonté de
Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait (Rm
12, 2).
Si alors, entre la voix de ma conscience, la lumière des
événements de ma vie et la confirmation par un tiers
digne de foi, il y a convergence, ne revendiquons pas davantage. C’est
que la route est là. La décision ultime m’appartient. Le
beau risque de ma liberté porté par la grâce de
l’espérance et de la foi peut s’exercer. Peut-être
n’est-ce pas sans hésitation ni tremblement. Le diable a la
manie de manier la peur et de semer le trouble. Car il reste, par
excellence, l’ennemi du bien et le
père du mensonge (Mt 13,
24-28; Jn 8, 44). Mais la paix revient vite. La joie monte. On estime,
on pense et finalement on sait que c’est « là » et
que c’est « pour cela ». Peu à peu tout
s’éclaire, se précise, se confirme ou s’infirme. La
décision est prise. Elle devient enfin adulte. Et l’on avance
crânement, humblement, joyeusement dans la vie.
Rien ne serait pire ici que l’aboulie, cette maladie de
l’indécision, si propre aux temps modernes, où l’on a
sans cesse envie de toucher à tout sans jamais s’engager
à rien. Comment ne pas se méfier alors du balancement
perpétuel ou du cœur
partagé dont un psaume dit que Dieu
le hait (Ps 119, 113).
Certes, si rien n’est encore clair, ne nous
laisse durablement en paix, ne nous paraît encore possible, sans
doute faut-il attendre et laisser mûrir. On ne violente pas,
même à l’égard de soi-même, une
liberté. C’est l’amour que je
veux et non les sacrifices (Os 66;
Mt 9, 13)). Mais l’amour existe aussi et il n’existe qu’à
travers l’accueil en soi et le don de soi. Et donc de l’oubli de soi.
La grandeur de l’homme est dans l’engagement serein de sa vraie
liberté (Jn 12, 25).
Quatre attitudes
d’âme pour bien discerner
Il faut d’abord prier. Prier
paisiblement, non pas fébrilement.
Prier longuement et pas seulement quand ça va mal. Prier pour
soi-même afin de demander la lumière pour sa vie, à
Dieu qui est la lumière de toute vie. En tout besoin recourez
à l’oraison et à la prière, est-il dit (Ph
4, 6).
À plus forte raison à l’heure où l’on discerne le
grand choix de sa vie. On oublie trop souvent de prier pour
soi-même !
Il faut ensuite écouter.
Interroger son corps, son âme,
son coeur, son esprit. Interroger son intelligence, son
affectivité, sa volonté, tout en se méfiant du
cérébral, car il ne faut pas calculer, il faut donner. Il
y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir, nous dit le
Seigneur Jésus lui-même (Ac 20, 35).
L’Évangile et
l’Église sont là pour nous y aider. Ainsi instruit, on
est d’autant plus éclairé. S’il y a discordance entre
toutes ces voix, c’est à Dieu que l’on vient demander la parole
ultime. Il faut obéir
à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Il saura bien nous aider et son soutien ne nous manquera jamais.
Il faut alors se décider.
Choisir c’est éliminer.
S’engager à ceci, c’est renoncer à cela. Rien ne peut se
faire ici sans un appel clair à la volonté. Aucune
motivation n’est totalement pure et aucun choix n’est parfaitement
éclairé. Mais il faut se décider. On ne peut
passer sa vie à tergiverser et à musarder.
Il faut enfin s’en tenir au choix
arrêté. Tout ici-bas est
relatif et donc imparfait. Tout est donc partiellement décevant.
Le bonheur, quelque soit notre état de vie, n’est pas de ce
monde. Mais la paix, la lumière, la joie nous sont promises et
nous sont données. N’est-ce pas assez pour avancer et pour tenir
? Tenez bon dans le Seigneur mes
bien-aimés, dit l’apôtre
Paul (Col 1, 11). Animés
d’une puissante énergie, par la
puissance de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et
endurance. Et l’apôtre Pierre ajoute de son
côté : Ayez beaucoup de
zèle pour affermir votre vocation et votre
élection (2 P 1, 10). Ce
faisant, pas de danger que vous tombiez
jamais.
On ne peut sans cesse rêver d’un ailleurs ou d’un autrement. La
communauté parfaite n’existe pas, sinon on la connaîtrait
et tout le monde y serait déjà. Ou, plus exactement, elle
existe et c’est le ciel vers lequel il faut se mettre en marche. Mais
en entrant déjà « quelque part » pour avancer
courageusement avec d’autres vers cet Au-delà.
Vient donc un
jour où il faut se dire : « C’est ici, et pour toujours,
et dès maintenant ». On peut attendre dans la joie et la
paix, avec la force de
l’espérance, la couronne de justice que
le Seigneur donnera à tous ceux qui auront attendu son
Apparition avec amour (2 Tm 4, 8).
Et pour l’appel
à la vie consacrée ?
Il existe en effet un appel très spécial pour une vie
très particulière et qui est celle que le Droit de
l’Église appelle « la vie consacrée ».
Thème sur lequel s’est tenu, à Rome, tout un synode
d’où le pape Jean-Paul II, éclairé par toutes les
lumières issues de cette rencontre, a tiré le 25 mars
1996 Solennité de
l’Annonciation du Seigneur, l’admirable
exhortation apostolique que l’on sait [Vita consacrata]. Comment savoir
si on y est appelé et si oui, dans quelle forme plus
particulière, parmi toutes celles qui peuvent se
présenter ?
Je dirais personnellement qu’il y a une série de questions de
plus en plus précises qui appellent, chacune, une réponse
donnée.
Il faut d’abord éclairer le
choix entre mariage et
célibat consacré. Les deux vies sont bénies
par
Dieu et également routes de sainteté. Le choix n’est donc
pas à poser entre un grand bien et un moindre bien, même
si l’apôtre Paul, dans une page fameuse, dit équivalemment
que celle (ou celui) qui se marie
fait bien et que celle (ou celui) qui
choisit la virginité consacrée fait mieux (1 Co
7). La
remarque, ici, est personnelle, plus que générale; et
appelle une réponse subjective, plus qu’objective.
C’est-à-dire que le choix se pose à moi si je me sens
vraiment et personnellement libre d’opter pour l’un ou l’autre
état.
Le choix du célibat consacré peut alors se prendre, non
pas par peur ou par mépris du mariage ou pour d’autres motifs
négatifs, mais par désir de suivre le Christ, qui a
choisi de n’être pas marié, ou d’imiter Marie, qui a dit
oui à la virginité; sachant que c’est alors pour plus de
disponibilité, pour aimer de façon encore plus large,
plus libre, et plus spirituelle, en témoignant de l’absolu de
Dieu et en vue du Royaume des cieux
(Mt 19, 12).
La question suivante peut conduire à se demander si on est
disposé à épouser Dame pauvreté et à se faire
obéissant; toujours à la suite du Christ qui, de
riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa
pauvreté et qui s’est fait pour nous obéissant pour nous
ramener à la justice et à la vraie liberté
(2 Co
8, 9; Rm 5, 19; Ph 2, 8; He 5, 8). Car c’est bien ce type de vœux qu’il
faudra un jour prononcer. Ils doivent donc être vécus en
vérité et en pleine liberté, pour nous
épanouir dans la joie et la paix. Autant de « charismes
» qui se reçoivent plus de Dieu par la grâce, que de
« vertus » qui se conquerraient par la volonté.
L’appel à la vie consacrée ainsi discerné, conduit
alors à choisir entre vie
apostolique et vie contemplative. Les
deux voies sont également belles. Mais il faut choisir à
laquelle, personnellement, le Seigneur m’appelle. Suis-je fait pour une
vie d’enseignant, de soignant, de pasteur, plus séculière
? ou pour une vie contemplative, axée d’abord sur la liturgie,
la vie fraternelle et, par là même, un rayonnement
évangélique à partir de ce double
témoignage de la prière commune et de l’amour
partagé ?
Si l’option nous conduit vers une vie plus active, il nous reste
à chercher auprès de quel séminaire
diocésain ou de quelle congrégation apostolique
s’engager. Si notre vocation nous conduit à opter pour la vie
contemplative, il nous faut alors choisir entre une forme de vie plus
« traditionnelle » (et qui sera plus globalement
claustrale, rurale et abbatiale) et une forme de vie plus ouverte qui
pourra nous conduire vers une « communauté nouvelle
».
Reste alors à poser un jour ses pas quelque part et se dire
paisiblement, fermement, sagement : « Voilà, c’est ici que
je donne au Christ tout, tout de suite et pour toujours. » Si
notre place est bien celle-là, nous y goûterons vite la
paix et la joie, dans la lumière et la vérité.
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