logo Dimanche 23 janvier 2005 - Troisième dimanche ordinaire - A
Homélie du frère Pierre-Marie, fmj

« 
Évangélisés pour être évangélisateurs » - Matthieu 4, 12-25



Ayant appris l’arrestation de Jean-Baptiste,
Jésus regagna la Galilée et, quittant Nazareth,
il vint s’établir à Capharnaüm, au bord de la Mer,
sur les confins de Zabulon et de Nephtali.
  (Mt 4, 12)

À l’évidence, il y a une intention manifeste en tout cela.
Et il nous faut retrouver ce que Jésus lui-même a voulu signifier ainsi,
lui qui veut tout ce qu’il fait, et qui sait comment et pourquoi il le fait.
Cela peut éclairer encore le cheminement de nos vies.
* * *
En relevant ce fait, et en méditant sur ce choix délibéré de son maître,
Lévi, le Galiléen, Lévi le publicain,
lui le païen dont Jésus a fait un apôtre,
lui, Matthieu le converti que le Christ a séduit,
au point qu’il a tout quitté pour le suivre (Mt 9, 9),
il se souvient.

Il se souvient de ce qu’avait annoncé Isaïe :
C’était il y a bien longtemps.
Plus de sept cents ans !
Après la chute de Samarie,
toute une partie de l’Israël du Nord,
avait été déporté à Babylone.

Alors, Isaïe avait prophétisé en disant :
Dans le passé Dieu a humilié
le pays de Zabulon et le pays de Nephtali,
mais dans l’avenir il glorifiera la route de la mer
au-delà du Jourdain, le district des nations.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres
verra une grande lumière ;
sur les habitants du sombre pays,
une lumière resplendira.
(Is 8, 23-9, 1)

Or, c’est précisément vers ce pays de Galilée, l’Israël du Nord,
vers cette terre païenne ouverte au synchrétisme de toutes les religions,
au brassage de toutes les nations,
(comme cette terre si cosmopolite où nous sommes),
que s’avance Jésus en ce jour (Mt 4, 12)

C’est sur le bord de la mer de Galilée, note encore saint Matthieu,
qu’il chemine et qu’il voit, ceux qu’il appelle à sa suite.

Qu’il chemine, car il est la route (Jn 14, 4)
et qu’il voit, car il est la lumière (Jn 9, 5).

Aujourd’hui donc, « au bord de la mer »,
où gît le peuple de Galilée,
comme hier ses ancêtres gisaient
au bord des fleuves de Babylone (Ps 136)
oui, aujourd’hui, une lumière nouvelle s’est levée.

Une « joyeuse lumière » comme chantent nos Lucernaires de Vêpres ;
une lumière qui veut illuminer les cœurs
et « éclairer la face de tous les peuples
en guidant les pas des hommes, au chemin de la paix. » (Lc 1, 79).

Sans plus attendre et par lui-même,
Jésus se met alors à prêcher et à dire ;
non seulement à prêcher, mais encore à dire, note l’Évangile –
car il est, lui, le Verbe incarné, la Parole vivante et vraie (Héb 1, 3 )
l’annonciateur de la Bonne nouvelle du salut.
Il dit donc et il proclame :
convertissez vous,
car le Royaume des cieux est tout proche ! ( Mt 4, 17).

Double appel, où, dès l’abord, tout est dit :
° se détourner du mal et s’ouvrir à la vie divine ;
° se détourner du péché et s’ouvrir au Royaume.

Au Royaume de Dieu qui est déjà là
et au Royaume des cieux, qui nous attend là-haut.

Mourir en somme, mais pour vivre,
en passant de l’obscurité de l’angoisse (Is 8, 23)
à la lumière du salut (Jn 8, 12).

Oui, aujourd’hui,
la lumière de Noël et de l’Épiphanie brille au milieu des nations.

Il faut donc que demain,
il faut que chaque jour,
l’Évangile soit encore annoncé,
jusqu’aux confins de la terre (Ac 4, 8).

Aussi appelle-t-il tout aussitôt Pierre et André,
dont on nous dit qu’ils jettent l’épervier (Mt 4, 18).
Il appelle ensuite Jacques et Jean, qui,
dans la même barque réparent leurs filets (
Mt 4, 21).

°  Jeter l’épervier est un travail individuel ;
°  réparer les filets est un travail collectif.
 Personnellement et communautairement,
chacune, chacun est donc appelé :
Venez à ma suite,
je ferai de vous des pécheurs d’hommes
. (
Mt 4,19)
L’appel retentit encore et plus que jamais
sur cette Terre du Nouveau Monde !

Aussitôt, laissant là leurs filets
,
pour ce qui est des premiers (Mt 4, 20),
laissant leur barque et leur père,
pour ce qui est des seconds (Mt 4, 22),
c’est-à-dire laissant leur travail, leurs biens et leur parenté,
ils le suivirent.

Mais quelle joie de marcher à la suite d’un tel Maître
qui est la Voie, la Vérité et la Vie !

En vérité je vous le dis… quiconque aura quitté
maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs,
à cause de mon nom, recevra le centuple
et aura en partage la Vie éternelle.
(19, 28-29).
* * *
Quel enseignement ressort donc de cette page d’Évangile
susceptible d’éclairer nos vies ?


Une première certitude :

C’est toujours par le Christ lui-même
que nous sommes encore évangélisés.


Hommes de Judée ou gens de Galilée,
juifs croyants ou païens infidèles,
Jésus les a tous éclairés de sa lumière,
« les rejoignant jusqu’en leurs synagogues »
nous dit saint Matthieu (Mt 4, 23),
mais aussi sur les places des villes ou villages,
et jusqu’à l’intérieur de leurs maisons.

Ils seront tous enseignés par Dieu,
avait dit aussi le prophète Isaïe.
Jésus lui-même le redira dans son discours sur le Pain de vie.

Nous sommes toujours éclairés par sa parole,
soutenus par sa grâce,
accompagnés par sa présence,
fortifiés par son Eucharistie.

Comme au premier jour où il cheminait le long de la mer de Galilée,
il est là !
Il est là qui croise notre route !

Ses pas suivent nos pas
et son regard rencontre le nôtre.
Au cœur des mégapoles.
Un peu comme s’il visitait encore
Montréal, Paris ou New York, aujourd’hui.


Non, Noël n’est pas qu’un souvenir !

Son Ascension n’a pas été qu’un grand Adieu !

Jésus n’est pas venu un jour pour repartir à jamais.


Jusqu’aux confins de Zabulon et de Nephtali,
c’est-à-dire jusqu’au milieu de nos occupations les plus profanes,
de nos actions les plus païennes peut-être, il est là.

Aux jours mauvais où nous serions tentés
de nous croire seuls, perdus, désespérés, Jésus est là.

À tous, tels que nous sommes, Jésus parle aujourd’hui :
Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. (Mt 4, 17)
Oui. Il est proche de chacune et de chacun de nous.

Grecs, Juifs, esclaves, citoyens libres, hommes, femmes,
tous, dira un jour saint Paul,
nous avons revêtus celui en qui nous restons évangélisés. (Gal 3, 28)

Pour peu que nous sachions nous convertir,
c’est-à-dire nous retourner vers lui,
l’Évangile est donné,
par le Christ en personne à notre propre cœur.

Par pure grâce il est venu vers moi ;
il m’a aimé et s’est livré pour moi. (Gal 2, 20).
Si je sais l’accueillir, je peux être sauvé (Rm 10, 9).
* * *
Seconde certitude :

Ainsi évangélisés par Jésus,
nous pouvons nous ouvrir alors à l’autre merveille
que le Christ nous annonce également en ce jour :

À cette œuvre de salut,
comme Pierre et André, Jacques et Jean,
par pure grâce, nous voici tous appelés en effet,
appelés à évangéliser.

Venez à ma suite et je ferai de vous des pécheurs d’hommes.
(Mt 4, 19)

Ce que Jésus a accompli,
voici qu’il nous demande de le faire à notre tour.

Jusqu’à la fin du monde,
il faut que le Bonne nouvelle soit propagée.

 Quand on porte au cœur un tel secret,
quand on porte en son âme un tel bonheur,
on ne peut plus le garder ou le taire !

Malheur à moi si je n’évangélise pas ! (1 Co 9, 16)

Tertullien, au IVe siècle, aimait à dire :
« Le chrétien est un autre Christ. »

Saint Cyrille précisait :
« Nous sommes des porte-Christ. »

Et Saint-Augustin, lui faisant écho ajoutait :
« Nous ne sommes pas seulement devenus chrétiens,
nous sommes encore devenus le Christ. »

l’Église-Corps-du-Christ !

C’est dire combien le Seigneur attend
que nous soyons le prolongement vivant de son Évangile.

À notre tour nous devons le redire :
« nous ne pouvons pas ne pas parler. »

Au nom même du bonheur
que nous donne le joie de la présence de Dieu en nos cœurs.

Et notons bien, pour finir,
que ceux qu’il appelle, en ce jour, ce sont des frères :
Pierre et André, Jean et Jacques.

Il appelle aujourd’hui deux par deux,
ceux qu’il enverra demain aussi deux par deux.

On ne peut annoncer le Christ qui est amour,
que par l’union de la charité et de l’amitié.
Seul l’amour vécu est évangélisateur !

Là où deux d’entre vous sont réunis en mon nom,
je suis là, au milieu d’eux.
(Mt 18, 19)
Car « là où est l’Amour, là est Dieu ».

Comme nous l’a redit l’Apôtre Paul :
« Le Christ ne saurait donc être divisé ! »

Ce sont nos divisions qui ont paganisé la terre !

En cette semaine de l’unité on peut s’en souvenir.

Devenons donc de vrais évangélisateurs
en nous souvenant que l’Amour seul est digne de foi.

Et l’unité sera vécue, et donc construite et proclamée.

« À ce signe d’amour, le Christ lui-même,
le Christ vivant et vrai,
sera reconnu.
» (Jn 13, 35).

Comme aux premiers jours où Il cheminait,
le long de la mer de Galilée.
Il marche encore sur les rives du Saint-Laurent !  Amen.

Amen

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