logo Dimanche 25 septembre 2005 - 26e dimanche du temps ordinaire
Homélie de frère Pierre-Marie

«L’appel des fils à la Vigne du Père
» - Matthieu 21, 28-32


La parabole des deux fils,
que nous venons d’entendre,
pourrait nous paraître, de prime abord,
une simple leçon de morale.

Une leçon de morale,
blâmant ceux qui disent
qu’ils vont faire ceci et cela,
et ne le font pas ;
et louant ceux qui,
après un premier refus,
se rachètent par leur repentir.

C’est bien là un de sens premiers de la parabole, en effet.
Et les interlocuteurs de Jésus
donnent la bonne réponse à sa question.

Mais, nous l’avons entendu,
le Seigneur prolonge encore son propos.
Et comme toujours en pareil cas,
tant sont riches les paraboles du Christ,
nous voyons vite surgir,
et comme s’enchaînant l’un l’autre,
tout un ensemble d’enseignements.

Des enseignements sur lesquels, Jésus,
à la lumière de l’Écriture, nous invite donc à méditer.
* * *
Nous pouvons noter tout d’abord,
que, si le Maître de la Vigne représente ici,
à l’évidence, «le Seigneur»,
– le second fils, lui répond d’ailleurs en lui donnant ce titre – (Mt 21, 30)
celui-ci ne parle pas d’abord comme un propriétaire
mais comme «un Père».

Un Père, étonnamment, qui a «deux fils».
On pourrait dire un fils aîné et un fils cadet (même si l’Évangile ne le précise pas).
comme c’est souvent le cas dans l’Écriture (Gn 4, 1-2 ; 21, 1-3 ; 25, 19.24)

L’ordre qu’Il leur donne
n’est pas contraint par l’obligation.
Il respecte parfaitement les libertés.
Et, comme dans la parabole du fils prodigue et du frère aîné,
le Père ne fait de reproches à personne
et ne réplique rien.

Mais, Jésus, lui,
nous invite à nous interroger,
en vrai Fils qu’Il est !
Et cela, non pas pour marquer son autorité,
mais parce qu’Il sait, lui,
ce qu’il y a de meilleur pour nous.

Comme il nous est bon,
nous qui somme  «ses enfants»,
de l’écouter et de le regarder toujours,
comme un Père.

«Notre Père» !
* * *
Nous pouvons ensuite relever que ce Père a une vigne.

Toute l’Écriture, des prophètes aux paraboles de l’Évangile,
nous le redit à l’envie.

Et cette vigne, nous le savons,
c’est tout à la fois le peuple d’Israël,
l’Église du Christ, et, par extension, l’humanité tout entière.

«Dieu le premier, nous a aimés.» (1 Jn 4, 19)
Il nous a tous plantés sur la terre de cette vie.
pour que nous donnions du fruit
«et du fruit qui demeure.» (Jn 15, 16a)

«C’est la gloire de mon Père
«que vous portiez beaucoup de fruit
«et deveniez mes disciples» (Jn 15, 8)
nous dit explicitement le Christ.

Bien plus, le Père nous propose
de collaborer directement à cette œuvre de salut,
en allant nous-mêmes «travailler à sa vigne» (Mt 20, 1-16)
De «la première» à la «douzième heure»
nous sommes tous invités,
«car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés». (1 Tim 2, 4)

Comme il nous est bon, là encore,
de penser que chacune et chacun de nous
peut se regarder comme un plant de choix
que le Seigneur en personne a mis sur terre
pour qu’il puisse, qu’elle puisse,
«bonne terre», donner un fruit de sainteté.

Et quel honneur pour nous tous
de voir que le Seigneur lui-même
nous regarde comme ses coopérateurs
et les collaborateurs de son œuvre !
Les co-vignerons de sa Vigne !
* * *
 Le plus important dès lors est de faire,
de faire simplement,
mais de faire réellement «sa volonté». (Mt 21, 33)

Car ce que Dieu nous demande
est véritablement bel et bien,
et sa volonté, nous rappelle Jésus,
c’est «la volonté du Père».
Un Père de tendresse et de bonté,
de miséricorde et de pardon.

Comme notre vie fera un grand pas en avant
le jour où elle se dira,
et si possible définitivement,
que rien ne peut être meilleur pour nous
que de nous conformer au désir du Père.
Il nous aime comme nous ne saurions l’imaginer !

Mais, sommes nous convaincus,
qu’entre ce que nous aimerions entreprendre
et ce que nous devons faire,
nous sommes toujours gagnant
en choisissant d’accomplir ce qu’il faut ?

Non pas ce qu’un moralisme sourcilleux
ou un ritualisme étroit
nous contraindrait à faire,
mais ce que Dieu nous dit.

Non pas ce qu’une velléité pieuse et passagère
nous ferait proclamer
Mais ce que nous pouvons vivre
« en acte et en vérité ». (1 Jn 3, 18)

« Ce n’est pas en me disant : ‘Seigneur, Seigneur !’
qu’on entrera dans le Royaume des cieux,
mais c’est en faisant la volonté de mon Père
qui est dans les cieux.
» (Mt 7, 21)
 Quelle joie alors ne sera-t-elle pas la nôtre,
quand, ayant agi de la sorte,
nous nous verrons un jour
entrant dans la Maison du Père !
* * *
La conclusion logique
qui vient dès lors de cette parabole
est une double invitation
à la constance et au repentir.
Ou, si l’on veut encore,
soit à la fidélité, soit à la conversion.

De fait, soyons vrais,
nous sommes toujours un peu mélangés.
Il y a en nous à la fois une part de « oui »
et une part de « non ».
Ou tout du moins,
de « oui » certains jours,
et « non » certains autres.
Un « oui-mais » d’un côté ;
et un « non, pas tout de suite », de l’autre.

Mais le Seigneur nous donne la grâce, tout à la fois,
de tenir dans la constance
en nous donnant de rester fidèles.
Et de nous reprendre par le repentir, comme dit Ézéchiel, (   )
en vivant alors, et sans cesse,
la grâce de la conversion.

Dès lors, peu importe que nous soyons
de ceux et celles qui ont d’abord dit oui
ou de ceux et celles qui ont d’abord dit non,
ou un peu de chaque peut-être ?

Thérèse de Lisieux, Bernadette de Lourdes,
Louis de Gonzague, Marie de l’Incarnation,
Catherine de Saint-Augustin, Marie-Rose Durocher
et ces saints martyrs canadiens
que nous fêtons aujourd’hui,
sont de ceux qui, dès le début,
ont dit « oui » à Dieu
et sont restés constants et fidèles.

Par delà leurs propres faiblesses et leurs péchés
ils ont appris peu à peu
à croire à la miséricorde de Dieu
et à ne plus compter que sur lui.
Ils festoient, aujourd’hui, dans la vigne de Dieu !

Paul de Tarse, Augustin, Ignace de Loyola
et le frère Charles de Foucauld que l’Église
va béatifier dans quelques semaines,
Zachée le publicain, Marie Madeleine
et nombre d’autres dont peut-être nous sommes,
ont fini, après pas mal de détours,
de divertissements, de refus et de larmes,
par tomber dans les bras de Dieu.

Émerveillés par sa patience,
sa miséricorde et sa tendresse,
ils s’y sont réfugiés pour ne plus le quitter.
Ils festoient eux aussi, en ce jour, dans la Vigne de Dieu !
* * *
Nous pouvons, pour finir,
nous poser une ultime question.
Au-delà de ce sens initial
et des divers enseignements qui en découlent,
où est le sens ultime et la pleine lumière de la parabole ?

La pleine Lumière, frères et sœurs,
et le sens ultime nous en sont donnés,
quand nous contemplons le Visage de Jésus.

« La Vigne véritable », c’est lui.
 Après tant de refus qui remplissent l’Histoire biblique,
le Père a lui-même planté sur la terre des hommes (Jn 3, 16)
« son Fils unique »
en le faisant « semblable à nous » comme dit Paul,
et en « le livrant pour nous ». (Rm 8, 32; Phil 2, 6-11; Héb 2, 17)

« Je suis la Vigne, et mon Père est le Vigneron ». (Jn 15, 1)
Il a versé son sang au pressoir de la Croix.

Les deux fils de la parabole sont assumés par lui.
Comme « Abel le juste », « Isaac, le fils de la Promesse »,
et « Jacob-Israël », il est ce « cadet »
qui a voulu prendre le titre de « Second Adam ».
Mais il est, en même temps,
« le Premier-né de toute créature »
et « le Premier-né d’entre les morts ».

« Il l’a fait en prenant sur lui
le poids de toutes nos fautes
et en réconciliant en sa personne
les deux peuples en un seul Homme Nouveau
». (Ép 2, 15-18)

« Le Fils de Dieu, le Christ Jésus … n’a pas été oui et non
 il n’y a eu que oui en lui !
»
(2 Co 2, 20)
« Ma nourriture est de faire la volonté du Père qui m’a envoyé
et de mener son œuvre à bonne fin.
» (Jn 4, 34)

Il a révélé la miséricorde de Dieu
aux publicains et aux pécheurs.
Avec lui, nous pouvons entendre la voix du Père qui nous redit :
« Mon enfant, va aujourd’hui travailler à ma vigne ! » (Mt 21, 28)

Frères et Sœurs, avec l’aide de sa grâce,
laissons grandir en nous
la part d’immortalité qu’il nous a donnée,
la vocation de sainteté à laquelle il nous appelle
et allons boire le Fruit de la Vigne à la table du Seigneur.

Amen

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