Mercredi
28 septembre 2005 - Messe votive de Saint Joseph
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
Aucun nid, aucune tanière » -
Luc 9, 57-62
Saint Augustin disait du ministère apostolique
du ministère de l’Église,
qu’il est semblable au service
que rend un fils qui doit souvent réveiller son père
atteint de la maladie du sommeil.
Il le réveille pour qu’il ne meure pas.
Voilà ce que fait la Liturgie d’aujourd’hui :
elle nous tire du sommeil !
Elle nous met en route,
car l’Évangile est une route, une marche, une « course
» :
« Oubliant le chemin parcouru, écrit l’Apôtre
je vais droit de l’avant,
tendu de tout mon être
et je cours vers le but,
en vue du prix que Dieu
nous appelle à recevoir là-haut,
dans le Christ Jésus. » (Ph 13b-14)
* * *
Comment l’Évangile de ce jour nous
éveille-t-il ?
En nous faisant rencontrer par trois fois le regard de Jésus,
écouter par trois fois sa Parole.
Je te suivrai où que tu ailles, (Lc 9,
57)
dit un homme à Jésus
qui est en train de marcher
avec détermination vers Jérusalem.
Jésus, je te suivrai où que tu ailles
disons-nous à notre tour et le Seigneur nous répond :
« Les renards ont des tanières
et les oiseaux du ciel ont des nids ;
le Fils de l’Homme, Lui,
n’a pas où reposer la tête. »
(Lc 9, 58)
Jésus met ainsi à la lumière
la recherche de tanière ou de nid qui nous habite.
N’est-il pas vrai que notre insécurité native
et le désordre du monde qui nous entoure
nous poussent à chercher des tanières
ou des nids affectifs, intellectuels, spirituels ?
Jésus, Lui, n’a pas où reposer la tête.
Il n’a pas de repos définitif sur cette terre :
son unique repos est le Cœur du Père.
Nous aussi, avec Jésus, nous voici appelés
à n’avoir nulle autre sécurité, nul autre roc,
nul autre nid, nulle autre demeure définitive
que le Cœur du Père.
Notre vie chrétienne
n’est pas un nid qui nous protège,
mais une route, un envoi …
C’est ce que Jésus fait découvrir également
au deuxième disciple de l’Évangile :
Pour toi, va annoncer le Royaume de Dieu.
(Lc 9, 60b)
Qu’ils seront beaux nos pieds, frères et sœurs,
s’ils sont les pieds du porteur de Bonne Nouvelle.
(Is 52, 7)
Voilà notre mission :
chanter, proclamer,
annoncer à notre ville
le Royaume de Dieu !
Ce n’est pas le hasard qui règne, ni la nécessité.
Ce n’est pas le mal qui règne, ni le malheur.
Ce n’est pas l’astrologie, ni la fatalité :
Seul Dieu règne sur l’histoire !
Si nous savons l’annoncer,
les « ruines de Jérusalem pousseront des cris de joie
» (cf. Is 24, 14)
comme le prophétisait Isaïe.
Et bientôt, dix citadins
nous prendront par le manteau et diront :
« Nous voulons aller avec vous
car nous avons appris que Dieu est avec vous. »
(Za 8, 23)
Oui, nous sommes tous des envoyés –
envoyés pour annoncer les merveilles
de Celui qui nous a appelés
des ténèbres à une admirable Lumière !
« Laisse les morts enterrer leurs morts ».
(Lc 9, 60)
dit Jésus au disciple :
N’attends pas !
Prends la route !
Si François d’Assise avait attendu
que son père soit décédé
pour prendre la route de l’Évangile,
serait-il jamais parti ?
Un François d’Assise,
une Marguerite Bourgeois,
un François de Laval
sont de ceux qui,
comme Jésus le dit au troisième disciple,
ont mis la main à la charrue sans regarder en arrière
… (cf. Lc 9, 62)
La spiritualité du rétroviseur est dangereuse !
Chers amis, il nous faut avoir le courage de renoncer à
nos attachements, nos nostalgies
comme à nos recherches de tanière.
De nommer tout cela et de le présenter à Jésus,
car Lui seul est « la Route ».
Lui seul est l’Amen parfait au Père,
Lui seul est l’Envoyé.
Nous Lui offrons en toute vérité
ce qui entrave notre marche
et Lui nous donne en partage
son élan, sa détermination, sa joie !
* * *
Frères et sœurs,
tel est l’admirable échange
qui se produit en toute Eucharistie !
Et comment ne pas nous souvenir ici
que l’Eucharistie est toujours un repas pascal
et donc un départ, un nouveau départ
sur la route de L’Évangile.
Le pain non levé de nos autels
est le pain d’un départ précipité ;
c’est le pain de l’exode vers la liberté,
non seulement la nôtre,
mais celle de toute cette ville
qui attend la Vérité qui rend libre.
Chaque Eucharistie est un matin de Pâques où Jésus
nous dit :
Ne me retiens pas … va dire à mes frères !
(Jn 20, 17)
Amen
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