Samedi 1
octobre 2005 - Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj
« Le surhomme ou l’enfant ?
» Matthieu 18, 1-4
L'Évangile de ce jour nous parle du « Royaume
».
Ce Royaume tout proche
comme le proclamait Jean Baptiste, (Mt 3, 2)
et les apôtres s’en souviennent.
Jésus à son tout proclamera :
« Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche.
» (Mt 4, 17)
Et, depuis lors, les disciples ont peu à peu découvert
les traits,
la physionomie de ce Royaume
qui appartient aux pauvres de cœurs
et aux persécutés pour la justice.
(Mt 5, 3 et 10)
Royaume qu’il faut chercher, (Mt 6, 33)
demandant au Père qu’Il advienne ; (cf. Mt 6,
10)
et Royaume qui est déjà arrivés jusqu’à
nous
comme en témoigne les exorcismes opérés par
Jésus. (Mt 12, 28)
Ce Royaume est étonnant, surprenant :
Il est semblable à un grain de sénevé,
la plus petite de toutes les graines …
qui devient un grand arbre. (Mt 13, 31)
Il est semblable à un homme qui sème du bon grain …
(Mt 13, 24)
auquel se mêle de l’ivraie. (cf. Mt 13, 25)
Il est semblable à un trésor
pour lequel on doit tout vendre pour l’acquérir.
(cf. Mt 13, 44)
Les apôtres ont entendu tout cela.
L’ont-ils vraiment accueilli ?
Toujours est-il qu’ils ont cru en l’imminence du Royaume
et l’ont eux-mêmes annoncée parcourant villes et villages
quand Jésus les a envoyés. (cf. Mt 10,
7)
Voici qu’aujourd’hui les apôtres posent à Jésus
une question qui, sans nul doute, les préoccupait :
Mais, qui sera le plus grand dans ce Royaume ?
Ce sera toi, Jésus, Messie, qui règnera sur nous ?
Ce sera un Grand-Prêtre, dans la visée
d’Ézéchiel ?
Ce sera un descendant de David qui va surgir et prendre le pouvoir ?
Ou bien ce sera l’un d’entre nous ?
Ce sera Pierre à qui tu as promis de donner les clés du
Royaume ?
Qui donc va régner ?
Qui sera notre roi ?
Entre les mains de qui sera la toute grande puissance
de ce Royaume qui vient de Dieu ?
* * *
Alors Jésus appelle à Lui un
enfant,
un petit enfant,
et le plaça au milieu d’eux. (Mt18, 1)
Et là, il nous faut contempler
ce geste tout insolite de Jésus
et la surprise, voire l’agacement, des disciples.
Quel rapport y a-t-il entre le pouvoir et l’enfant ?
Entre la puissance du Royaume et l’impuissance de l’enfant ?
L’enfant est par nature
celui qui dépend d’un autre,
qui dépend de son père :
La grandeur pourrait-elle appartenir
à celui qui se reçoit d’un autre ?
La réponse de Jésus bouleverse
toutes nos catégories de pensées :
Oui, celui qui se fait petit comme cet enfant –
littéralement :
celui qui s’humilie lui-même comme ce petit enfant –
c’est lui qui est le plus grand dans le Royaume des Cieux.
(Mt 18, 4)
Voilà enfin la réponse à la soif de grandeur,
à l’ambition qui habite le cœur de l’homme,
qui habite notre cœur.
Nous serons grands dans la mesure
où nous serons vraiment fils et filles du Père
dans une dépendance d’amour,
dans une obéissance d’amour.
Nous serons grands en renonçant au pouvoir sur les autres.
La grandeur de l’homme est dans l’abaissement :
non de celui qui s’écrase par dépit ou par haine
mais de celui qui aime,
de celui qui sert.
Il s’agit de se faire petit.
Non pas de se croire petit,
non pas de se proclamer petit,
mais de se faire petit par amour,
de s’abaisser pour servir les frères.
* * *
Frères et sœurs, notre temps, notre
monde, nous-mêmes,
nous avons tant besoin de réentendre cela.
La mentalité contemporaine
n’est-elle pas marquée par Frederic Nietzsche
qui rejetait violemment
ce chemin d’humilité de l’Évangile
et prophétisait l’avènement du l’übermensch, du
surhomme
– d’un homme tout-puissant, indépendant, sans Dieu …
Alors Jésus appela et appelle un petit enfant,
une petite carmélite et la place au milieu de nous …
Et nous entendons Thérèse qui dit à Céline,
sa sœur :
« Pour être à Jésus, il faut être
petit,
petit comme une goutte de rosée … »
(lt 141)
Nous l’entendons chanter à ses sœurs du Carmel :
« Si je suis méprisée du monde,
s’il me regarde comme un rien,
une paix divine m’inonde
car j’ai l’hostie pour soutien… » (Pn 19)
et nous l’entendons confirmer
ce qui habite son âme
alors même qu’elle entre
dans la grande épreuve de son univers noir :
« Il est des âmes sur la terre
qui cherchent en vain le bonheur.
Mais pour moi c’est tout le contraire
La joie se trouve dans mon cœur.
Cette joie n’est pas éphémère
Je la possède sans retour. (..)
Ma joie c’est de rester dans l’ombre
de me cacher, de m’abaisser.
Ma joie c’est la volonté sainte
de Jésus mon unique amour.
Ainsi, je vis sans nulle crainte,
j’aime autant la nuit que le jour.
Ma joie c’est de rester petite. » (Pn 45)
Amen
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