Mercredi 5
octobre 2005 - 27e semaine du Temps
ordinaire
Homélie de frère Antoine-Emmanuel, fmj
«Notre Père» Luc 11, 1-4
Seigneur, enseigne-nous à prier. (Lc
11, 1)
Jésus répond-il à
cette demande
des disciples en leur indiquant
des lieux où prier,
des horaires, des gestes, des
méthodes,
des listes de sacrifices, des
prescriptions cultuelles ?
Non ! Jésus nous conduit à
l’essentiel de la prière
qui se vit dans l’Esprit et dans la
Vérité.
Jésus répond en leur
donnant seulement quelques mots
qui constituent ce que nous appelons le
«Notre Père».
Cette prière que nous
récitons si souvent
est sans doute la prière la plus
concrète,
la plus engageante qui soit.
Et parce que nous oublions cela,
il est bon que la liturgie nous invite
à la méditer.
Le Notre Père est une
prière très concrète et engageante
d’abord parce qu’elle nous conduit
à dire nous :
«donne-nous», «pardonne-nous»,
«ne nous soumets pas»…
Voici une prière que nous ne
pouvons pas prier
comme quelque chose d’individuel.
Nous prions «avec» :
Nous prions avec tous nos frères
et sœurs disciples de Jésus.
Nous prions avec notre paroisse, avec le
Relais,
avec le Chemin
néocatéchuménal,
avec nos frères protestants, avec
nos frères orthodoxes.
Nous prions avec tous et nous demandons
avec tous et pour tous.
Il y a même davantage :
nous nous exprimons au nom de tous
disant :
«nous pardonnons à ceux
qui nous ont offensé».
Le Notre Père élargit
notre cœur
et nous fait respirer aux dimensions de
l’Église.
Il élargit les horizons de notre
prière et de notre vie.
Il les élargit même
à toute l’humanité
puisque nous demandons au Père que
son nom soit sanctifié
dans le cœur de tous les hommes de la
terre,
dans le cœur de tous les habitants du
Plateau.
Notre prière devient alors comme
une petite pierre jetée dans l’eau
qui produit des vagues concentriques …
elle diffuse l’amour et la joie de Dieu
autour de nous.
Le Notre Père est bien concret et
engageant
pour une deuxième raison :
Si nous prions «que ton nom
soit sanctifié, que ton règne vienne»
cela veut dire que nous désirons
que la face du monde soit
transformée.
Nous appelons de tout notre cœur
ce que le Pape Benoît XVI
appelait cet été à
Marienfeld la «Révolution».
La Révolution de l’amour qui
transforme les cœurs
et à partir de là,
transforme la vie familiale,
sociale, politique de notre monde.
Oui, nous demandons au Père
ce renouvellement profond de l’histoire
Or, comme le dit avec justesse
la règle de vie d’une
communauté
de consacrées protestantes,
présenter à Dieu une
demande
signifie que nous nous offrons pour
servir
l’exaucement de cette demande.
Si nous demandons la venue du
Règne de l’Amour,
cela veut dire que nous disons :
oui, je mets toute ma vie au service
de ton Règne qui vient…
voilà l’exigence de Notre
Père !
Il y a enfin un troisième
facteur
qui rend si concret le Notre Père.
C’est tout simplement que nous demandons
au Père
non pas des grandes
élévations de méditations transcendentales
ou d’état de conscience
modifié comme en rêve le New Age :
Nous demandons du pain
Nous demandons la miséricorde
Nous demandons d’être
gardés
d’entrer dans les tentations qui se
présentent.
Du pain parce que nous en avons besoin
pour vivre.
Le pain de la table et tout ce dont
notre vie a besoin :
du travail, une maison, des relations
familiales et amicales…
Le pain de la Parole et de l’Eucharistie
parce que lui aussi est vital pour ne
pas périr.
Nous demandons la miséricorde
parce que nous somme pécheurs
et que le péché non
confessé au Père
est un poids terrible sur la conscience
et une prison pour l’âme.
Nous demandons d’être
préservés
pour ne pas entrer dans la tentation,
parce que nous sommes tentés,
et que si notre esprit est ardent,
notre chair est faible.
Voilà qui est on ne peut plus
concret.
À chaque fois que nous prions le
Notre Père,
Nous demandons à ce que la Main
de Dieu
intervienne dans notre histoire :
la Main du Père
qui nous donne le pain,
qui nous absout et
qui nous protège.
Cette Main dont nul ne pourra nous
arracher.
Frères et sœurs, voilà un
aspect
de la merveille qu’est le Notre
Père.
qui nous ouvre à la communion
fraternelle
sous le regard du Père,
qui nous engage dans la quête de
son Règne
et qui nous apprend à tout
recevoir de sa Main.
En un mot, le Notre Père nous
conduit à vivre une vie filiale,
à vivre concrètement en
fils et filles du Père.
Que l’Esprit Saint nous aide à le
prier ensemble ce soir
dans la présence réelle du
Fils
qui se manifeste à nous en cette
Eucharistie.
Amen
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de Jérusalem