logo Mardi 11 octobre 2005 - 28e semaine du Temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel , fmj

« La vrai pureté est celle du cœur
» - Luc 11, 37-41


L'Évangile de ce jour nous parle de pureté,
de rites de purification,
mais que signifient ces termes
qui sont loin de notre mentalité ?

Pour bien comprendre cela, partons du Premier Testament
où nous trouvons dans le Lévitique,
comme chez Ézéchiel,
la description du rôle du prêtre de la Première Alliance :
« Les prêtres » enseigneront à mon peuple
la distinction entre le sacré et le profane,
et lui feront connaître la distinction entre le pur et l’impur. 
   (Ez 44, 23)

Pourquoi cela ?
Parce que l’homme, s’il n’était pas apte et préparé,
ne devait jamais entrer en contact avec le sacré.
Le « sacré » était vu comme dangereux
parce qu’une force divine s’en dégage qui
consume quiconque s’en approche de manière indue.
Le cas bien connu pour illustrer cela
est celui d’Uzza, fils d’Abinadab
qui étendit la main vers l’Arche de Dieu
quand elle allait être reversée par les bœufs
qui tiraient le chariot qui la portait
et Dieu le frappa pour cette folie,
raconte le deuxième Livre de Samuel.    (2 Sam 6, 6-8)

Il faut donc bien distinguer le sacré
qui est l’objet d’une véritable terreur,
du profane qui est inoffensif.
* * *
On savait alors que du sacré,
seul pouvait s’approcher celui qui était apte et préparé,
celui qui était en état de pureté.

C’est ainsi que le peuple devait se purifier
quand Dieu se manifestait sur le Sinaï,
même s’il restait à distance de la montagne.    (cf. Ex 19, 10)
 
Cette exigence de pureté pour s’approcher du sacré
a conduit Israël à accumuler
d’innombrables rites de purification
afin d’obtenir la bienveillance divine
et d’être protégé contre la menace du sacré ;
l’Évangile y fait souvent allusion.
* * *
Dans cette perspective de l’Ancienne Alliance,
ce que nous vivons en chaque Eucharistie
serait inconcevable:
Comment un homme peut-il,
sans s’y être préparé par une multitude de rites
recevoir en ses mains, la présence divine,
le sacré par excellence ?
* * *
De fait l’Eucharistie appartient
à « l’accomplissement » de la Première Alliance !
Tout a été « accompli », illuminé, transfiguré   
le jour où Jésus, Dieu né de Dieu,
s’est livré sur la croix des maudits,
et a été glorifié dans son infinie pauvreté.    (cf. Jn 19, 30)
Ce jour-là, le rideau du Sanctuaire
qui isolait le Sacré par excellence,
s’est déchiré de haut en bas,    (cf. Mt 27, 51)
et nous avons désormais
libre accès auprès du Père.    (Ep 2, 18)
* * *
Comme le dit Saint Paul dans la première Lecture de ce jour,
l’Évangile est vraiment puissance de Dieu    (Rm 1, 16)
par laquelle tout a été renouvelé !
 Le sacré, le divin n’est plus pour nous
objet d’une crainte de terreur
qui nous fait l’éviter pour ne pas être consumés :
il est pour nous objet d’une crainte d’amour
qui nous fait le désirer pour en être habités et transformés.
Nous ne fuyons pas la force qui émane du sacré, nous la cherchons …
Il est la force de l’Esprit qui d’esclaves nous fait fils et filles du Père !
* * *
Les exigences de pureté sont-elles alors supprimées ?
Peut-on s’approcher du sacré
sans aucune préparation, sans aucune condition ?
L’Évangile de ce jour nous donne la réponse :
La pureté requise pour vivre dans la communion avec Dieu
n’est pas, n’est jamais, une pureté extérieure
obtenue par des rites par lesquels
nous mériterions l’Amour de Dieu.
La pureté est celle du cœur.
Qui donc verra Dieu ?
Ceux qui ont le cœur pur, c'est-à-dire le cœur purifié.    (Mt 5, 8)
* * *
Il ne faut cependant pas nous purifier,
mais être purifiés par le Seigneur Lui-même !
C’est ce qu’a fait Jésus pour ses disciples
avant de leur donner le Pain qui est son Corps :
Il leur a lavé les pieds.
Et ce n’était pas une purification rituelle ;
Jésus le dit explicitement.    (cf. Jn 13, 10)
Celle-ci, alors prescrite, avait déjà été accomplie par les apôtres.
C’était une purification du cœur par l’Amour, par l’Esprit Saint.
Les apôtres ont eu le cœur purifié
par l’humilité extrême de Jésus.
Ils ont été purifiés ce soir-là par la Parole et par l’Amour de Jésus
pour l’être encore par son Sang.    (cf. Jn 15, 3)
* * *
Voilà ce que fait Jésus chaque jour pour nous :
par sa Parole, par son Sang, par l’Esprit Saint,
Il purifie notre cœur, c'est-à-dire :
Il le rend semblable à son Cœur qui est LE Cœur pur.
Alors, par Lui, nous pouvons recevoir en nous la vie divine,
nous pouvons entrer dans le Saint des saints qui est le Cœur du Père.

Et quelle est notre part à nous dans cette purification ?
Nous pourrions parler ici d’ascèse et de prière,
mais l’Évangile d’aujourd’hui nous oriente vers la charité.
Donnez en aumône ce que vous avez
et tout sera pur pour vous nous dit Jésus aujourd’hui. 
   (Lc 11, 41)

Notre part c’est d’exercer concrètement la charité
dans la gratuité et la générosité.
C’est en nous appauvrissant que nous nous ouvrons au trésor de l’Amour !
La charité purifie notre cœur.
Un cœur pur n’est pas un cœur vide, mais un cœur débordant d’amour.

Un cœur pur, c’est un cœur
qui ne se préoccupe plus de sa propre pureté,
mais qui se préoccupe de servir les frères.
Seigneur Jésus purifie notre cœur,
rends-le semblable au Tiens.
Que notre cœur devienne un cœur d’enfant,
un cœur de fils et fille du Père.

Amen

- Retour au réper
toire des


© Communion de Jérusalem