Samedi 15
octobre 2005 - Sainte Thérèse D'Avila
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj
«Porter de bons fruits» Luc 6, 43-45
Je ne veux pas ce que je fais,
je ne fais pas ce que je veux. (cf. Rm 7, 19)
Telle fut l’amère confession de l’apôtre Paul.
Et qui d’entre nous ne pourrait y souscrire ?
Combien de fois attendons-nous de notre propre vie,
un fruit d’amour, de douceur, de joie,
et nous devons reconnaître notre incapacité
à le porter par nos propres forces.
De l’arbre de notre vie nous espérons – à juste titre –
la figue et le raisin,
le fruit de la douceur, le fruit de la joie,
mais il est trop rare.
Jésus nous invite alors aujourd’hui
à descendre dans notre jardin intérieur ;
sa Parole nous fait reconnaître la nature
de cet arbre au fruit décevant.
Et voici que nous découvrons, non pas le figuier ni la vigne,
mais un buisson d’épines.
Et de fait, on ne cueille pas de figues sur des épines,
on ne vendange pas non plus de raisins sur des
ronces. (Lc 6, 44)
Nous aurions beau le tailler, le cultiver, l’entourer d’engrais,
un buisson d’épines ne peut porter ni figues, ni raisins !
Malheureux homme que je suis … qui me délivrera !
(Rm 7, 24)
* * *
Jésus !
Jésus en son Évangile qui est l’art de la greffe !
Voilà le secret de la fécondité : greffer
notre vie sur la vie de Jésus.
Ou, plus exactement, nous laisser attirer par Jésus
et Le laisser nous greffer en Lui.
Alors nous serons surpris,
car le buisson greffé portera le fruit de l’amour,
le fruit de la joie, en abondance.
C’est Moi qui vous ai choisi, Moi la Vigne véritable
pour que vous, sarments greffés en Moi,
vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure.
(Jn 15, 16)
Greffés en Jésus : voilà notre salut,
quand notre cœur se reçoit de son Cœur.
Je suis sur l’arbre de la croix avec le Christ
et ce n’est plus moi qui vis, confesse l’Apôtre Paul
mais le Christ qui vit en moi.
Et il ajoute : Ma vie présente,
– ma vie de tous les jours, ma vie dans la fragilité de la chair
–
je la vis dans la foi au Fils de Dieu
qui m’a aimé et S’est livré pour moi.
(Gal 2, 19-20)
Frères et sœurs,
il n’y a pas d’existence humaine qui soit sans espérance,
qui ne puisse être transformée par l’Amour de Dieu.
Des pierres Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Même des buissons qui n’ont porté qu’un fruit pourri
– c’est le terme de l’Évangile d’aujourd’hui –
le Seigneur peut faire un arbre qui offre au monde,
– à commencer par les frères et sœurs
que nous rencontrons quotidiennement –
le fruit du Cœur de Jésus,
le fruit de l’Esprit de Jésus
qui est amour, joie, paix, patience, serviabilité,
bonté,
confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi.
(Gal 5, 22-23)
Mais comment opérer cette greffe dans notre vie ?
La bonne nouvelle est qu’elle est déjà
opérée !
C’est la grâce de notre baptême :
C’est un même être avec le Christ que nous somme
devenus (Rm 6, 5)
nous rappelle l’Apôtre.
La question est donc de vivifier cette greffe,
de la rendre vivante et opérante !
Comment donc la vivifier ?
Thérèse de Jésus, Sainte Thérèse
d’Avila,
nous donne une réponse très concrète à
cette question.
* * *
Thérèse, dans les vingt
premières années de sa vie consacrée,
s’était laissée attirer par les vanités du monde,
par les distractions, en un mot par les parloirs.
Sa vie était devenue, dit-elle, « une mer orageuse.
»
« Oui, je peux le dire,
c’est une des existences les plus
pénibles
qu’il soit possible d’imaginer.
Je ne jouissais pas de Dieu,
et je ne trouvais pas de satisfaction dans le
monde.
Étais-je au milieu des jouissances
frivoles,
la pensée de ce que je devais à
Dieu venait y mêler l'amertume;
Étais-je avec Dieu,
les affections mondaines jetaient le
trouble dans mon âme. » (Vie ch. 8)
Et comment Thérèse n’a-t-elle pas
glissée
vers la dépression, le péché, l’oubli de Dieu ?
Elle répond sans hésitation : « Par l’oraison.
»
L’oraison, c'est-à-dire, ces moments, ces longs moments,
où l’on s’arrête, où l’on entre dans le silence et
l’intériorité
et où l’on se remet, même sans aucune expérience
sensible,
à la Présence de Dieu et à sa Parole.
« Selon moi, » écrit Thérèse,
« l’oraison mentale n’est autre chose qu’une
amitié intime,
un entretien fréquent, seul à seul
avec Celui dont nous nous savons aimés. »
(idem)
Thérèse a vécu quotidiennement ces moments de seul
à seul,
et voilà ce qui de la médiocrité
a conduit sa vie à la grande fécondité.
Et Thérèse s’étonne :
« Je ne comprends pas, ô mon Créateur,
comment tout le monde
ne cherche pas à s’approcher de toi par cette intime
amitié. »
Et elle ajoute :
« Que les méchants, qui Te ressemblent si peu,
s’approchent de Toi pour que Tu les rendes bons.
Qu’ils Te permettent de Te tenir auprès d’eux. »
(idem)
Voilà donc le lieu privilégié de la greffe,
là où Jésus nous rend bons, nous rend semblables
à Lui.
Pour exprimer cela, Thérèse emploi dans son
autobiographie,
une belle image, très simple, celle de la porte :
« La porte par où
pénètrent dans l’âme
les grâces de choix (…) c’est l’oraison.
Une fois cette porte close,
je ne sais comment (le Seigneur)
pourrait nous les accorder (…).
Pour lui faire ces grâces,
Il a besoin de la trouver (l’âme) seule,
pure et désireuse de les recevoir.
Mais si nous lui barrions le passage par mille
obstacles (…)
comment viendra-t-Il à nous
?
Et après cela nous prétendons
recevoir de Dieu de grandes faveurs !
» (idem)
* * *
Seigneur Jésus,
donne-nous le courage de nous arrêter,
le courage de nous asseoir et de nous taire.
En demeurant silencieusement
et pauvrement en ta Présence
nous ouvrirons la porte
et tu pourras répandre en nous ta
grâce.
Tu nous grefferas sur ton Cœur, sur ta Vie
divine,
et nous porterons enfin le fruit de la
douceur et de la joie.
Jésus, donne-nous déjà
en cette Eucharistie
de nous tenir silencieusement devant Toi
et de Te laisser opérer en nous des
prodiges d’amour.
Amen
Retour au répertoire des homélies
© Communion
de Jérusalem