logoDimanche 16 octobre 2005 - 29e dimanche du temps ordinaire A
Homélie de Frère Giacomo, fmj

« Rendre à Dieu ce qui est à Dieu
»  Matthieu 22, 15-21


Pharisiens et hérodiens étaient entre eux adversaires,
mais pour piéger Jésus ce jour-là,
ils se sont très bien accordés !
Le piège a été soigneusement préparé, caché dans une question précise :
« Faut-il, oui ou non, payer l’impôt à l’occupant romain ? »
Si Jésus, juif, répond « oui », il prend parti contre son peuple.
S’il répond « non », il suffira de le dénoncer aux romains.

Combien de fois on a tendu à Jésus des pièges ?
On l’a poussé à prendre parti entre deux positions
apparemment sans issue ! (voir par exemple Jn 8, 1-11)
Combien de fois nous aussi,
nous nous sommes trouvés ou nous nous trouvons dans la même condition,
dans des pièges terribles, devant des dilemmes dramatiques ?

Quelques exemples :
Être honnête et perdre notre emploi ou être malhonnête et le garder ?

Une grossesse pas attendue, pas voulue …
L’enfant peut-être sera handicapé : quelle « voix » écouter ?
Celle de l’enfant ou celle de la peur et de la pression sociale ?

Un jeune homme est tombé dans le piège de la drogue : consommation et trafique.
Il voudrait bien en sortir, mais le danger d’être tué est là …

Le médecin a annoncé brutalement la présence d’un cancer.
Le malade s’imagine déjà ce que sera le reste de sa vie :  souffrance, perte d’autonomie…
Le dilemme est là : traîner sa vie en attendant la mort, ou bien « maîtriser » sa mort par le suicide?

Pour les pasteurs de l’Église :
chevaucher les dernières revendications « à la mode »,
ou bien être étiquetés de « conservateurs »
et perdre la clientèle.
Face à la gravité de ces problèmes et d’autres semblables et face à l’urgence d’en sortir,
nous avons deux possibilités :
1. Affronter le dilemme « d’en bas »,
c’est-à-dire avec nos ressources humaines,
ce que nous-mêmes ou ce que les autres ou l’état
mettent à notre disposition.
Avec cela nous ferons ce que nous pourrons,
sans aller trop loin et souvent en piétinant notre conscience.

2. Regarder et affronter le dilemme « d’en haut »,
ce que Jésus a toujours fait, précisément.
D’en haut, c’est-à-dire de Dieu, du Père,
avec les yeux de Dieu et avec les ressources,
les possibilités de Dieu.    (cf. 2 Tm 2, 1)
En effet, la personne humaine sans les ressources de Dieu est perdue.
L’humain demande, crie son besoin d’aide du divin,
sinon, il n’est même plus humain.

Jésus dans sa vie terrestre a toujours compté sur les ressources du Père,
en accomplissant sa volonté jusqu’à la mort.    (Mc, 14, 36; Lc 23, 46)
Aujourd’hui, et face aux dilemmes de chaque jours, il nous invite à faire de même :
regarder « d’en haut » et puiser dans les possibilités du Père.

Jésus est aussi dans son être tout entier cette union parfaite de l’humain et du divin.
Pour ses adversaires, il n’est qu’un citoyen juif soumis aux romains, comme tous les juifs de son temps.

En vérité, il possède une autre citoyenneté,
un autre « passeport » : Il vient de chez le Père
et il doit retourner auprès de son Père, enrichi de notre humanité.
Le piège de ses ennemis lui donne l’occasion d’affirmer cette révélation.

Puisqu’on lui parle d’argent, qu’on lui montre donc une pièce.
« Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? »     (cf Mt 22, 20)
« De César.»
« L’argent est frappé à l’effigie de César :
Rendez-le donc à son propriétaire ! » Évident !    (cf Mt 22, 21)

Mais il y a une deuxième partie dans la réponse de Jésus,
et cela est le regard « d’en haut ».
C’est la grande nouveauté qui délivre du piège et qui conduit,
lui, et aussi ses adversaires, s’ils le veulent,
« au large «, dans la vérité toute entière, la Vérité qui nous rend libres.

« Rendez à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu. »
  
Autrement dit : Rendez bien sûr à César ce qui est frappé à l’effigie de  César,
mais ce qui est frappé à l’effigie de Dieu, rendez-le à Dieu !

En passant, remarquons que cette affirmation de Jésus
est le premier pas vers la salutaire séparation entre État et Église …

La question capitale
, alors, est la suivante :
Qu’est-ce qui est à Dieu ?
Qu’est-ce qui est frappé à l’effigie de Dieu et qu’il faut lui rendre ?

Tout d’abord la reconnaissance que seulement Dieu est Dieu, et que César n’est pas Dieu.
 La première lecture énonce ce principe fondamentale et … vital :
« Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. »     (Is 45, 5)

Le roi perse Cyrus, avec sa puissance militaire
et sa violence meurtrière vient de détrôner les babyloniens,
tout comme autrefois ceux-ci avaient détrôner, à leur tour, les assyriens.

Vu « d’en bas », il ne s’agit que de la triste séquence
des guerres de conquêtes et de pouvoir.

Vu « d’en-haut », Cyrus est celui que Dieu même
« a consacré, qu’il a pris par la main
pour lui soumettre les nations (…)
À cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu,
je t’ai appelé par ton nom
je t’ai décerné un titre,
alors que tu ne me connaissais pas (…)
Que l’on sache, de l’Orient à l’Occident,
qu’il n’y a rien en dehors de Moi. »,    (cf Is 45, 1-6)

Vraiment, il faut rendre à Dieu son identité de Dieu unique et maître de l’histoire ;
dans le psaume que nous venons de chanter, cela est encore affirmé avec force :
Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.    (Ps 95)
Sur le même plan, c’est Jésus que nous devons « rendre à Dieu », parce qu’il est l’image du Père,
en lui habite toute la plénitude de la divinité.
Il est LE don du Père aux hommes,
le trésor inestimable caché par Dieu en cette Terre
et dont le montant exorbitant couvre toutes nos dettes.     (cf Mt 13, 44 et 18, 27)

En effet, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous,
afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes mais sur lui,
qui est mort et ressuscité pour eux.    (cf 2 Co 5, 14-15)

Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes
car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. 
   (cf 1 Co 6, 19-20)

Alors, rendre à Dieu ce qui est à Dieu,
c’est lui rendre notre vie : nous sommes à lui.


Oui, Jésus nous a donné notre véritable identité
et il nous a révélé le sens de notre séjour passager,
c’est-à-dire pascal, sur la terre :
être rendu à Dieu par lui, Jésus,
être accueilli par le Père, en qui sont tous les trésors
et les richesses de l’amour et de la miséricorde.

L’image de Dieu ensuite, est l’Église du Christ qui en Lui, par Lui et avec Lui,
rend à Dieu ce qui lui est dû comme confiance, foi, reconnaissance, louange, action de grâce :
« Tout vient de toi, ô Père très bon, nous t’offrons les merveilles de ton Amour ».

Comme chrétiens, membres de l’Église, nous avons la même mission merveilleuse de Jésus.
Quelle mission ?

La dernière catastrophe naturelle nous donne une image très éloquente par son horreur.
Le tremblement de terre en Asie du Sud a enseveli des milliers de personnes.
Les survivants et les secouristes ont essayé de délivrer les victimes en déblayant les décombres
dans l’espérance d’en sauver le plus possible …

Cette œuvre de secours nous parle de l’œuvre de secours
de la mission humano-divine des chrétiens et de l’Église.

Dans son péché, l’homme, trésor et image de Dieu, est enseveli :
il faut déblayé les décombres pour le rendre à Dieu,

Et puisque les débris sont trop lourds,
l’Église a reçu de Jésus une « pelle mécanique » très puissante :
l’Esprit Saint, qui agit par les sacrements,
dans la Parole de Dieu, dans la prière, dans le pardon,
dans les œuvres de charité, avec la force même de Dieu …


Imaginez-vous cette pelle à la fois puissante et délicate
manœuvrée par un tout petit homme … ou femme …

C’est le chrétien – image de Dieu, de Jésus qui rend à Dieu ce qui est à Dieu.

Saint Paul, dans la Deuxième Lecture,
se voit comme ça et il rappelle au Thessaloniciens :
En effet, notre annonce de l’Évangile chez-vous
n’a pas été simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint … d’en-haut  
  (Th 1, 5)

Et pour terminer, Jésus nous dit que l’Église est là aussi pour aider César,
l’État, à accomplir sa tâche propre, qui est le service à la vie et au bien commun.

Le chrétien(ne) n’adore pas César, mais il prie pour ceux et celles qui sont au pouvoir,
il travaille au bien commun et exerce sa mission prophétique :
quand César s’arroge des droits qui ne sont pas à lui, le chrétien lui rappelle ses limites.

Quand, par exemple, l’État a la prétention d’établir qui a le droit de vivre et qui ne l’a pas,
de la conception jusqu’à la vieillesse, le chrétien et l’Église sont là pour lui dire :
« Tu enlèves à Dieu ce qui est à Dieu seul, pour t’en emparer ! »

Comme le prophète Jean Baptiste, il affirme :
« Tu n’as pas le droit ! »    (Mc 6, 18)

Quand un chrétien ou une chrétienne rend à Dieu ce qui est à Dieu,
il devient un citoyen loyal, actif et positif,
parce qu’il a en lui-même la passion aimante de Dieu
pour la ville, pour l’humanité ;
une passion qui peut arriver jusqu’au martyr .

Jésus n’est pas tombé dans le piège
parce qu’il a affirmé la primauté et la Seigneurie du Père :
en étant tout à Dieu, il est tout à nous.

Nous aussi, maintenant, en donnant à Dieu ce qui est à Dieu,
notre confiance et notre même vie,
qui à double titre, est à Lui (par création et par rachat),
nous faisons eucharistie avec Jésus et nous devenons eucharistie,
don de Dieu à la ville et à l’humanité, image de Dieu.


Amen

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