Mardi 19 octobre 2005
- 28e semaine du Temps ordinaire
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj
« Messe pour les vocations sacerdotales » Luc 12, 39-48
Soyez semblables, vous, à des
gens
qui attendent leur maître à son retour de noces,
afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et
frappera. (Lc 12, 36)
Un disciple de Jésus est un homme, une femme, qui veille,
qui garde les reins ceints,
c’est-à-dire qui reste en état de service et garde sa
lampe allumée,
c’est-à-dire qui ne laisse s’endormir ni sa foi ni son
désir.
Seigneur, dit alors Pierre,
cette parabole, cet appel à veiller,
est-il adressé à tous tes disciples
ou seulement à nous tes apôtres ?
(cf Lc 12, 41)
Sommes-nous les seuls à devoir veiller ?
Non ! Tout chrétien est un veilleur !
Quand le monde s’endort dans la nuit du non amour,
Toi, chrétien, chrétienne, veille !
Veille sur ce monde comme on veille un malade.
Veille pour le monde car le Fils de l’Homme va venir.
Et par ta vie toute donnée à l’amour,
réveille le monde,
réveille l’amour en ce monde!
Ceci est vrai de tout disciple.
Au disciple a été donné beaucoup et il sera
beaucoup demandé. (cf Lc 12, 48)
Et l’apôtre ? Qu’en est-il de lui ?
Qu’en est-il de celui à qui il a été beaucoup
confié
et à qui l’on réclamera davantage ?
(cf Lc 12, 48)
L’apôtre, nous enseigne Jésus aujourd’hui, est celui que
le Maître a établi sur ses serviteurs.
(cf Lc 12, 42)
Pour les dominer, pour les asservir, pour exercer sur eux un pouvoir ?
NON !
Pour leur donner en temps voulu leur mesure de blé.
(cf Lc 12, 48)
L’Apôtre dispose ainsi des réserves surabondantes du
Maître
pour donner à chaque serviteur ce dont il a besoin pour vivre
jusqu’au retour du Maître.
Il lui faut, dit Jésus, être fidèle et avisé.
Tout son cœur et toute son intelligence
doivent se mettre au service de cette mission qui lui est
confiée.
Mission sans épreuve ? Non !
Et Jésus nous révèle la tentation
qui un jour ou l’autre assaille l’Apôtre,
quand monte en son cœur : Mon maître tarde à
venir. (Lc 12, 45)
C’est la tentation de celui qui s’est engagé
avec générosité au service du Royaume,
et qui se décourage parce que le Royaume
ne vient par comme il le voudrait:
Le monde semble insensible à l’Évangile,
le mal persiste,
l’œuvre apostolique semble vaine.
Et le découragement porte au dépit
et le dépit au désordre et à la violence :
il se met à frapper serviteurs et servantes,
à manger, à boire et à
s’enivrer. (Lc 12, 45)
Mais lorsque la confiance et l’humilité s’opposent à
la tentation,
quelle lumière, quelle joie, quelle fécondité
dans la vie de l’apôtre !
L’Apôtre accomplit sa si belle mission : il donne le
pain jusqu’au retour du Seigneur.
Quel pain donne-t-il en puisant dans le grenier de Dieu,
dans son cœur,
dans son amour ?
Le Pain de la Parole qui donne la vie :
l’homme vit de toute Parole
qui sort de la bouche du Seigneur. (Dt 8, 3
; Mt 4, 4)
L’apôtre donne aussi le Pain de l’Eucharistie
qui est non seulement Pain de Vie, mais Pain vivant
(Jn 6, 48 et 51)
par lequel nous recevons la vie éternelle.
(Jn 6, 47)
Il donne enfin le pain de sa propre vie
en disant – et en vivant - : Prenez et mangez en tous,
(cf Mt 26,26)
ma vie, avec ses richesses et ses pauvretés, est à vous !
À vous pour être votre pasteur au nom de l‘unique Bon
Pasteur.
Quand l’Apôtre vit cette belle mission,
quelle joie, frères et sœurs !
Joie pour les serviteurs, pour nous tous,
parce que dans la longue attente de la Rencontre qu’est notre vie,
nous recevons le Pain
dont nous avons besoin pour être vivant, pleinement vivants !
Joie pour l’apôtre lui-même,
instrument et témoin émerveillé de la bonté
de Dieu
qui donne à chacun le pain en surabondance.
Joie pour le Seigneur Lui-même
de voir que nous nous laissons attirer
dans la communion où nous recevons sa Vie les uns par
les autres.
Oui, quelle merveille, frères et sœurs,
que le ministère apostolique,
que le ministère des évêques, des prêtres,
des diacres
et de tout ceux et celles qui se laissent associer par eux
à ce service humble et joyeux
que Jésus confie à ses apôtres.
Il nous faut revenir sans cesse à ce mystère d’amour
pour dépasser toute contre témoignage et toute
idéologie.
Le sacerdoce, disait le Saint Curé d’Ars,
c’est l’amour du Cœur de Jésus.
Seigneur Jésus,
en ce jour où nous nous associons
à la prière du Grand Séminaire pour les
vocations,
fais que beaucoup de jeunes puissent s’émerveiller
devant la beauté du ministère sacerdotal,
qu’ils en regardent avec lucidité les défis et les
difficultés
et qu’ils se laissent séduire au fond de leur cœur
par ton appel à tout lâcher pour te suivre.
Et qu’au terme de la route,
ils soient heureux d’être comptés
parmi les bons serviteurs
que tu établiras sur tous tes biens
en leur partageant la joie éternelle du Royaume.
Amen
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