logoDimanche 30 octobre 2005, 31e semaine du Temps ordinaire
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Passeurs de lumière »  Matthieu 23, 1-12


Pourquoi ces hommes très religieux
avaient un tel besoin
d’imposer aux autres de pesants fardeaux ?
Est-ce que Dieu ne leur suffisait pas ?
Pourquoi cet amour des premières places ?
Est-ce que l’amour de Dieu ne leur suffisait pas ?
Pourquoi ce besoin de se faire appeler « maître » ?

En d’autres termes :
Pourquoi ce besoin de dominer, de paraître,
ce besoin d’estime et de reconnaissance
alors que le Dieu d’Israël avait si clairement
manifesté son amour, son alliance ?
Pourquoi ?

Jésus lui-même nous donne la réponse
quand il s’adresse aux docteurs de la Loi en ces termes :
« Vous avez enlevé la clé de la connaissance !
Vous n’êtes même pas entrés ! »    (Lc 11, 52)
Voilà l’écueil : ces hommes en savent long sur Dieu,
mais ils ne le connaissent pas
comme Dieu Lui-même veut être connu.
Ils ont même confisqué la clé de la connaissance !
S’ils cherchent la gloire des hommes,
c’est parce qu’ils ignorent la gloire de Dieu,
parce qu’ils ne connaissent pas son amour.
Et « combien de fois » Jésus a voulu
les conduire dans la connaissance de Dieu !    (Lc 13, 34)
D’autant plus que ceux-ci
« parcouraient mers et continents pour gagner un prosélyte »    (Mt 23, 15)
et qu’au lieu de les conduire à Dieu,
ils les conduisaient à eux-mêmes,
se faisant appeler maître de doctrine,
maître de justice et même père !

Jésus s’enflamme face à ce drame.
Il s’enflamme car il sait la profondeur
de la relation d’amour que le Père veut tisser
directement et personnellement avec chacun de ses enfants.
Oui, le Père désire que nous le connaissions
ni par procuration ni par délégation,
ni de manière livresque, ni de manière virtuelle,
mais personnellement, concrètement … charnellement !
« La vie éternelle, dira Jésus,
c’est qu’ils te connaissent, (Père), toi le seul véritable Dieu,
et celui que tu as envoyé, Jésus Christ »    (Jn 17,3)
Or cette vie éternelle commence déjà ici-bas :
C’est cela la grâce, le don merveilleux de l’Incarnation !
Oui, déjà, nous pouvons entrer
dans une connaissance personnelle et aimante de Jésus,
reconnaissant en lui notre unique maître et Seigneur plein d’amour.
Dès ici-bas, nous pouvons connaître Dieu,
reconnaissant en lui le Père plein de tendresse
qui nous dit à chacun « tu es mon fils bien aimé,
tu es ma fille bien aimée »    (cf. Mc 1, 11)

Oui, nous avons un seul maître et Seigneur,
nous avons un seul Père.
Alors, nous dit Jésus,
« ne vous faites pas appeler maître »!    (Mt 23, 8)
Jésus est, lui seul, notre Maître:
« Vous m’appelez maître et Seigneur,
et vous dites bien, car je le suis »    (Jn 13, 13)
Nous avons besoin, tous, d’être enseignés et guidés,
Nous avons besoin de recevoir la Vérité :
Notre maître, c’est Jésus lui-même, personnellement,
lui qui est mort et ressuscité pour être toujours auprès de nous,
pour être notre maître et Seigneur.
Oui, « Jésus connaît ses brebis et ses brebis le connaissent »    (Jn 10, 14)
et « écoutent sa voix »

Voilà bien l’essentiel : « connaître l’amour du Christ
qui surpasse toute connaissance »    (Ep 3, 19)
Alors, nous entrerons, poursuit Saint Paul,
« par notre plénitude, dans toute la plénitude de Dieu »
dans la plénitude de l’amour du Père.

« N’avons-nous pas tous un Père unique ? »     (Ml 2, 10)
interrogeait déjà le prophète Malachie cinq siècles avant le Christ.
Alors, nous dit Jésus, « n’appelez personne votre père
sur la terre car vous n’en avez qu’un : le Père céleste »    (Mt 23, 9)
Frères et sœurs, nous avons tous
un immense besoin de paternité ;
nous avons besoin de connaître notre origine,
nous avons besoin de reconnaître l’Amour
qui nous a fait exister et nous fait vivre.
Ne donnons à personne le nom de « père » sur la terre,
parce que « le Père lui-même » nous aime.    (Jn 16, 27)
Il est vrai que « nul ne connaît le Père »,
mais le Fils unique, Jésus, nous le révèle :    (cf Mt 11, 27)
Oui, Jésus nous fait entrer dans la connaissance
personnelle, aimante, joyeuse et toute filiale du Père.

Connaître Jésus notre Seigneur,
connaître le Père,
et par là être libérés du besoin de posséder,
de dominer, de paraître !
Quelle liberté !
Vivre dans la Seigneurie de Jésus,
vivre dans la paternité de Dieu,
voilà notre vocation, voilà ce que l’Esprit Saint opère en nous :
Nous somme tous « enseignés par Dieu »
au plus profond de nous.     (Jn 6, 45)
« Quant à vous, écrit Saint Jean
à des chrétiens mûrs dans la foi,
l’onction que vous avez reçue (de Dieu) demeure en vous,
et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne ! »    (1 Jn 2, 27)

Frères et sœurs, dans cette lumière,
que pouvons-nous dire alors de ceux et celles
qui dans l’Église ont mission d’enseigner ?
Que dire des pasteurs de l’Église ?
Leur rôle est simple : il est de ne pas confisquer
la clé de la connaissance de Dieu, mais de la donner.
Leur rôle est d’entrer dans l’Amour
et d’y conduire ceux et celles qu’ils rencontrent.
Oui, notre mission est d’introduire les frères et sœurs
dans la connaissance de Dieu et de nous effacer ;
de conduire dans le cœur de Dieu et de nous retirer,
à la manière de Jean Baptiste heureux de diminuer
pour que la connaissance de Jésus grandisse dans les cœurs !

Il nous faut être des passeurs !
Je pense à ces passeurs
qui pendant la deuxième guerre mondiale en France,
faisaient passer les gens de la zone occupée à la zone libre.
Nous devons être des passeurs qui, gratuitement,
introduisent les autres au seuil du cœur de Dieu,
au seuil de la sainte liberté des enfants de Dieu.
Non par des Caronte, ce héros de la mythologie grecque
qui convoyait les défunts vers la mort
mais des passeurs qui accompagnent les autres vers la vie !

Un grand modèle ici est l’Apôtre Paul
qui proclamait aux chrétiens de Corinthe :
Non, « ce n’est pas nous que nous prêchons,
mais le Christ Jésus, Seigneur ;
nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus. »(2 Co 4, 5)
Et il ajoute : « En effet, (Dieu) a resplendi dans nos cœurs,
pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu
qui est sur la face du Christ. »    (2 Co 4, 6)
Illuminés par le Seigneur,
nous devenons lumière pour les frères !
Comme la lune, nous reflétons la lumière !
Dans le monde nous devons
« briller comme des foyers de lumière »
en présentant au monde non pas notre propre parole,
mais « la Parole de vie », la Parole de Dieu. «  »    (cf Ph 2, 15)

Certes notre vie – telle celle des scribes de l’Évangile –
peut cacher la lumière, et nous devons nous en garder,
mais elle peut aussi, en se convertissant, refléter la lumière !
C’est là notre vocation.
Nous pouvons même devenir comme un sacrement
de la présence de Jésus, à la manière d’un François d’Assise
dont on disait qu’il était « alter Cristus ».
Pour cela la voie royale est celle du service.
C’est l’humble service des frères
qui nous fait sacrements de Jésus,
à la manière du frère André, l’humble portier disponible à tous.
Oui, le plus grand parmi nous, qui est-ce ?
C’est celui, celle, dont la vie est la plus donnée au service des autres.
Et qui est-ce ? Dieu seul le sait !
Ce qui compte c’est que nous nous encouragions les uns les autres
pour grandir dans le service humble et joyeux.

Que Jésus en cette Eucharistie
nous aide à nous livrer ensemble à l’Esprit Saint
pour que nous vivions notre belle mission
de chrétiens au cœur de Montréal.
Non pas de Caronte qui convoyent vers la culture de mort,
mais des passeurs qui conduisent à Jésus et au Père,
des reflets de L’Amour de Dieu qui font surgir l’espérance !


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