logoVendredi 18 novembre 2005
Homélie du père Gérard Busque. sss

« Attendre ou risquer ? » Matthieu, 14, 22-33


C’est une histoire bien connue que celle de la marche de Jésus sur les eaux et de Pierre venant à sa rencontre. C’est une histoire connue qui reflète nos histoires à nous avec Jésus. Pierre veut aller à la rencontre de Jésus. Il obéit à sa demande de venir, mais il prend peur et s’enfonce, en d’autres mots, c’est l’histoire d’une défaite, d’un échec dans la foi.

Il veut obéir à Jésus mais il échoue, il prend peur.
N’avons-nous jamais connu des moments semblables ? Nous voulons suivre Jésus mais nous échouons dans un domaine ou l’autre. Nous coulons, nous nous enfonçons.Que s’est-il passé pour que Pierre en arrive là ?

Il est intéressant de remarquer d’abord que c’est Pierre qui a l’idée ou plutôt l’envie d’aller vers Jésus. «  Si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux! » Il lance presque un défi à Jésus : « Ordonne que j’aille vers toi sur les eaux, fais que je ne coule pas »
Les autres disciples restent bien sagement dans la barque. Même s’il y  a des vagues, même s’ils ont peur, c’est plus sûr de rester dans le bateau.

Nous voyons là deux attitudes différentes de la foi :
Les disciples se réjouissent de voir Jésus mais ne font rien. Ils ne veulent pas prendre de risques.
Pierre lui, ne peut attendre dans la barque. Il veut aller vers Jésus, il veut faire quelque chose.
Nous, dans la vie,  nous sommes pris parfois dans des tempêtes, au milieu des vagues qui nous poussent d’un coté ou de l’autre,  qui menacent notre équilibre affectif, spirituel ou autre.
Alors à certains moment, notre foi consiste à attendre, à patienter, à espérer que Dieu vienne vers nous pour nous sortir de la tempête.
A d’autres moments, nous ne pouvons rester tranquilles, nous devons faire quelque chose, entreprendre, risquer quelque chose.
Ainsi, parfois, nous sommes plus passifs, nous préférons une vie calme, sans tempête. Parfois, comme Pierre, nous lançons presque un défi à Jésus.  Jésus respecte ces deux façons de vivre notre foi mais il aime bien qu’on lui lance des défis quand nous sommes secoués, ébranlés par les événements de la vie ( maladie, changements dans la famille, l’emploi)

Mais Pierre s’enfonce dans l’eau après que Jésus eut relever le défi de l’inviter à venir vers lui sur les eaux.
Quand Jésus lui a dit : « Viens », Pierre n’a pas réfléchi longtemps. C’est un fonceur et il n’hésite pas. Il sort de la barque et marche vers Jésus.
Au début, tout va bien mais à un moment donné, il voit le vent et la mer et il prend peur et c’est alors qu’il s’enfonce. Il ne regarde plus Jésus mais les difficultés. Il doute et il s’enfonce.

Dans ma vie, quand je commence à ne plus voir que les difficultés, je commence à douter et je m’enfonce dans la peur et parfois la désespérance : « Je n’y arriverai pas… »

Il y a peut-être une autre raison qui a fait enfoncer Pierre. Pierre avait de l’amour, de l’enthousiasme pour Jésus mais il avait peut-être aussi un peu de vanité. Il était quelque peu présomptueux en donnant un ordre à Jésus. Il pensait tout prévoir, tout contrôler. Jésus l’a laissé s’enfoncer dans sa présomption avant de lui tendre la main pour lui apprendre l’humilité. Il l’invite ainsi à ne pas se fixer sur les difficultés mais à continuer à le regarder, à le prier vraiment, du fond du cœur : « Seigneur, sauve-moi . »

Jésus nous invite, nous aussi à avancer, à faire des pas de foi, même si parfois nous nous enfonçons, nous tombons. Dans nos chutes, Jésus nous apprend quelque chose. Il ne cherche pas des chrétiens-es parfaites mais des chrétiens-nes avides de marcher avec lui, d’apprendre de lui, même si parfois on se mouille.

Il y a deux dangers dans la vie de foi :

- ne rien faire, ne rien oser, ne pas croire suffisamment en la puissance de Dieu.
- oser, vouloir à tout prix quelque chose mais abandonner lorsqu’on s’enfonce un peu, lorsqu’il y a des imprévus. On enfonce alors au lieu de crier à Dieu, on se résigne, on abandonne.

Deux  attitudes différentes mais le résultat est le même : nous restons sur place, nous n’avançons plus, parfois nous abandonnons la foi.
Pour Jésus, l’important est d’avancer vers lui en lui faisant confiance en toutes circonstances.


- Retour au répertoire des homélies

© Communion de Jérusalem