logoDimanche 20 novembre 2005 - 34e dimanche du temps ordinaire A
Homélie de Frère Giacomo, fmj

« Fête du Christ Roi» Matthieu 25, 31-46


« Aujourd’hui, c’est le Jugement dernier ! »

La liturgie nous rend contemporains au Christ et à ses mystères, aux événements de sa vie passée et même aux événements futurs ! À Noël, nous pourrons dire: « Hodie Christus natus est ». À Pâques nous pourrons dire : « Aujourd’hui le Christ est ressuscité. »

En ce dernier dimanche du temps ordinaire, nous pouvons dire en vérité : « Aujourd’hui, c’est le Jugement dernier ! »

Oui, l’Esprit Saint fait vivre en avance à l’Église et à l’humanité cet événement à la fois dramatique et radieux.  Et cela non pas pour nous terroriser, mais pour nous en faire anticiper les grâces, de sorte que nous puissions nous préparer comme des administrateurs fidèles qui attendent leur maître activement et avec joie, et comme l’épouse qui, la lampe allumée, attend l’Époux pour les noces éternelles.

Essayons d’accueillir et de goûter quelques unes des grâces du « Jugement dernier » que nous recevons aujourd’hui.

Première grâce :    Le Roi de l’univers, le Seigneur Jésus Christ en personne ! 
Il n’est pas comme les autres rois, qui commandent en maîtres et font sentir leur pouvoir (cf Mc 10, 42) ; il est notre Roi à la façon du bon berger, soucieux de chacune de ses brebis, surtout de l’égarée et de la blessée : il « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45).

Accueillons-Le, Lui, notre bon Berger et notre Roi : Il nous a « acquis » par sa croix.
Aimons-Le, disons-Lui notre gratitude, notre louange, notre action de grâce ! « Puissance, honneur et gloire à l’Agneau-Berger ! »

Deuxième grâce :  Le discernement sur notre vie.
Notre Roi merveilleux vient « pour séparer les brebis des chèvres », pour nous juger par nos œuvres et par nos cœurs.

Ne craignons pas de nous laisser interpeler aujourd’hui par Lui ! Demandons-Lui : « Qu’est-ce que tu n’aimes pas en moi, en ma vie ? »
En médecin expert, il juge nos maladies pour nous en guérir et nous sauver et aussi « pour nous donner la vie qui est en Lui. » C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même, reçoit selon ses œuvres et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour » (CEC 679), en refusant les soins d’un tel Médecin !

Le jugement, exercé de plein droit par le Rédempteur sur notre vie personnelle et sur l’histoire, est une grâce qui revêt une importance capitale ! Elle affirme que ce jugement n’est confié ni aux philosophes, ni aux historiens, ni aux sociologues, ni aux politiciens et pas même à la conscience personnelle. Pas question de « politiquement correct », mais plutôt de « divinement correct ».

Le monde est jugé par quelqu’Un qui n’est pas de ce monde .

Notre esprit rationaliste et prétentieux peut ressentir une forte répugnance à l’idée qu’un jugement puisse venir d’ailleurs que de lui-même. En effet, quand Jésus nous dit qu’Il viendra dans sa gloire, qu’Il siègera, qu’Il séparera et prononcera sa sentence, nous nous trouvons devant une Parole de foi, très forte, percutante : l’agir humain n’est pas jugé de l’intérieur, mais bien de l’extérieur, d’en-haut : la morale a besoin d’un référant, elle n’est pas autoréférentielle (cf. Enc. « Veritatis splendor »).

Ce référant d’en-haut est d’ailleurs en même temps connaturel à l’homme, du moment qu’il est constitué par sa relation profonde avec Dieu. Oui, parce que c’est de l’infinie sainteté de Dieu, que naît l’homme. Par conséquent, dans son cœur, s’ouvrent les profondeurs mystérieuses desquelles se dégagent des désirs bouleversants et des incessantes nostalgies du Dieu : et cela forme sa grandeur. 

La plénitude de l’homme c’est, en définitive, la rencontre avec Dieu, et l’adhésion à Lui : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. »

Si l’homme ne veut pas reconnaître sa relation filiale avec Dieu, il s’égare et ne peut plus savoir quelle valeur peut avoir ce qu’il fait.

Alors, n’ayant pas d’autres critères, il prend comme critère de son agir le succès, l’utilité personnelle, l’immédiat, le plaisir (cf C. Martini. Que devons-nous faire, 1995, 165-166), et il perd sa dignité humaine : « Allez-vous-en loin de moi, maudits (auto-tranchés, auto-égarés) dans le feu éternel préparé pour le démon (non pas pour vous !) et ses anges ! »

Voilà les conséquences de ce que Benoît XVI appelle : « la dictature du relativisme » où « La tolérance, qui admet pour ainsi dire Dieu comme une opinion privée, mais lui refuse le domaine public, la réalité du monde et de notre vie. Celle-ci, dit le Pape, n’est pas tolérance, mais hypocrisie. Mais là où l’homme se fait le seul propriétaire du monde et propriétaire de lui-même, la justice ne peut pas exister.  » (Homélie du 2.10 05)
   
Rappelons-nous que les droits de l’homme, c’est du Créateur qu’ils descendent !

Troisième grâce : Connaissance des questions et réponses.

La troisième grâce est de connaître par avance les questions précises qui nous seront posées dans l’examen final et en plus, en ayant sous nos yeux les réponses exactes à ces questions, réponses données par le professeur Lui-même !

« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15) Nous serons interrogés au sujet des œuvres de charité, des œuvres de miséricorde. À titre d’exemple, sont indiquées six actions : donner à manger à qui a faim ; donner à boire à qui a soif ; accueillir l’étranger ; vêtir celui qui est nu ; visiter les malades et les prisonniers. En un mot : « faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent » (Mt 7, 12).

Si nous voulons savoir plus en détails ce qu’il faut faire, au-delà des six exemples indiqués, nous pouvons relire le « Discours sur la montagne », dans les chapitres 5 à 7 de l’Évangile selon Matthieu.

Il s’agit d’actes d’amour très concrets et non pas de paroles, même si se sont des paroles sublimes, comme « Seigneur, Seigneur, Amen, Alléluia, Viens Seigneur ! ». Nous serons interrogés à propos de nos actions envers les petits, qui sont nos frères et les frères de notre Berger, Sauveur et Juge, du moment qu’Il a pris notre humanité.

Si nous avons accueilli la première grâce « notre Roi Berger-Sauveur Lui-même » et la deuxième grâce « son jugement sur notre vie pour la délivrer et la guérir de tout égoïsme, » il nous sera facile d’accueillir aussi cette troisième grâce, la joie de nous vouer à Jésus dans la personne de ses frères et sœurs.

Avec Saint Jean Chrysostome, nous pouvons entendre notre Roi, qui nous dit :

« J’ai connu la soif quand j’étais suspendu en croix,
je l’éprouve maintenant à travers les pauvres afin de t’attirer à Moi …
et de te rendre humain à l’égard de ton propre salut.
Ainsi t’ayant lié par d’innombrables bienfaits,
Je te demande de me le rendre :
Je ne te le demande pas comme à un débiteur,
Je veux te couronner comme un bienfaiteur
et, en échange de ces pauvres dons,
Je te donnerai le Royaume. »

Amen.


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