Dimanche 27
novembre 2005 - Premier Dimanche de l’Avent (B)
Homélie de Frère Antoine-Emmanuel, fmj
« Je le dis à tous : Veillez ! » Marc 13, 33-37
Nous voici au seuil d’une nouvelle année,
au départ d’une nouvelle route.
Aujourd’hui un peuple entier se met en marche.
Toute l’Église prend la route.
Pourquoi ?
À la fois pour s’immerger davantage dans l’Amour de Dieu,
et pour en témoigner plus que jamais à la face du monde.
Quelles indications la Parole de Dieu nous donne-t-elle
pour la route de cet Avent et de toute cette année ?
Seigneur illumine nos cœurs,
fais-nous connaître tes sentiers !
Nous remettons cette année entre tes mains ;
Tu es l’argile et nous sommes le potier ? Non !
« Nous sommes l’argile et Tu es le Potier »
: (Is 63, 7)
façonne-nous, éclaire-nous, guide-nous !
* * * * *
Pour puiser une première indication, commençons par
l’Évangile de ce jour.
Il nous donne une direction pour notre route,
un cap à garder avec attention :
« Prenez garde, veillez ! », nous dit
Jésus (Mt 13, 33)
« Ce que je vous dis-là, je le dis à tous : veillez
! » (Mt 13, 37)
Désormais, frères et sœurs, nous sommes de garde en cette
ville, nuit et jour,
appelés à veiller ensemble dans la ville,
à veiller ensemble sur la ville.
Mais qu’est-ce que veiller ?
C’est déjà, tout simplement, garder les yeux ouverts,
rester en prise avec la réalité de notre faiblesse
et de notre sainteté en germe.
Veiller, c’est ne pas nous nourrir des rêves de notre temps,
ne pas nous nourrir d’idéologies, de mythes, d’illusions.
La grande illusion de notre temps
n’est-elle pas de refouler notre mortalité ?
Frères et sœurs, gardons les yeux ouverts
sur le terme de notre pèlerinage : la vie éternelle.
Gardons-les ouverts sur le terme de l’histoire :
la venue en gloire de Jésus.
Peut-être n’avons-nous jamais fait un seul choix dans notre vie
à la lumière de l’espérance du Ciel ?
Peut-être n'avons-nous qu'un vague espoir d'immortalité ?
Cet Avent, cette année, il nous faut quitter ce sommeil
et nous laisser saisir par la certitude de l’éternité.
Oui, le Maître va venir ! (cf Mc 13, 35)
Pour toi, pour moi, la rencontre n’a jamais été aussi
proche.
Il faut dire que l’espérance n’est guère en vogue de nos
jours :
sans doute parce que le peu de confiance en nous,
le peu d’amour et d’estime pour nous-mêmes
nous fait douter du Ciel,
nous fait peut-être même redouter le Ciel !
Le monde lui-même évacue la perspective du Ciel
parce qu’il n’aime que l’œuvre de ses propres mains.
Alors, frères et sœurs,
où puiser cette espérance plus forte
que nos peurs et que les modes de pensée de notre monde ?
Notre espérance naîtra de l’écoute de Celui qui
nous dit
et nous redit : « Veillez ! »
Il nous faut être « réveillés » chaque
jour par Sa Parole!
L’Avent va nous y exercer de manière nouvelle
en réveillant notre désir.
Notre espérance, comme notre vie,
se construit à partir de l’écoute de cette Parole
qui a la puissance de nous tirer du sommeil.
Et cette écoute grandira
parce que nous ferons une rencontre personnelle
avec Jésus Lui-même :
la venue de Jésus que l’Avent nous fait désirer et
goûter
se fait dans une rencontre personnelle,
un face-à-face, un cœur-à-cœur avec Jésus.
Oui, viens Seigneur Jésus,
viens dans un cœur à cœur-à-cœur nouveau
pour chacun d’entre nous !
Voilà donc le cap, l’orientation de notre marche :
« Que l’espérance déborde en nous
par la puissance de l’Esprit. » (Rm 15, 13)
* * * * *
La deuxième indication, nous la recueillons de l’Apôtre
Paul.
Nous lisons aujourd’hui les premières phrases de sa lettre aux
Corinthiens :
« Paul (…) et Sosthène à l’Église de Dieu
établie à Corinthe,
à ceux qui ont été sanctifiés dans le
Christ Jésus. » (1 Co 1, 1-2)
Paul ne s’adresse pas à des individus,
mais à une communauté qui s’est formée,
qui s’est tissée au cœur de cette grande ville portuaire.
Comment s’est-elle formée ?
À partir de l’annonce de l’Évangile,
et à partir de l’expérience de l’Amour de Dieu dans
l’Esprit Saint :
« Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre
sujet
pour toute la grâce qu’Il vous a donnée dans le Christ
Jésus ;
en Lui vous avez reçu toutes les richesses,
toutes celles de la Parole
et toutes celles de la connaissance de Dieu. »
(1 Co 1, 4-5)
Et nous, frères et sœurs,
avons-nous conscience d’appartenir à une communauté,
d’appartenir à l’Église ?
Revenons à la source de notre vie chrétienne :
Nous avons été appelés par Dieu …
Appelés à cheminer en solitaire ? Non !
Écoutons l’Apôtre :
« à ceux qui ont été sanctifiés dans
le Christ Jésus,
appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout
lieu,
invoquent le nom de Jésus Christ. » (1
Co 1, 2)
« Appelés à être saints - avec » !
La vie chrétienne n’est pas une traversée en solitaire
… mais en équipage !
Paul le redit encore en ces termes :
« Il est fidèle le Dieu par qui vous avez
été appelés
à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.
» (1, Co 1, 9)
Nous avons tous étés appelés à une
même communion !
C’est pourquoi l’Avent va nous ré-unir dans un même
désir :
Ce ne sera jamais tout seul que nous prierons
« Viens Seigneur Jésus ! »
La merveille dont nous pourrons être les instruments cette
année,
c’est de voir se tisser des liens d’amour nouveaux
et plus profonds dans nos familles,
dans nos communautés,
dans la communauté eucharistique que nous formons,
dans l’Église.
Chacun pris à part,
nous sommes tellement pauvres,
tellement limités,
mais si nous mettons en commun
ce que nous recevons de Dieu,
l’on pourra dire de nous
ce que Paul disait de l’Église de Corinthe :
« Aucun don spirituel ne vous manque ! »
(1 Co 1, 7)
Oui, il faut que se révèlent les richesses
déposées au cœur de chacun ;
or celles-ci ne peuvent pas venir au jour
si nous restons isolés dans un chemin de foi solitaire ;
nous serons saints en communion les uns avec les autres !
Demandons donc à Jésus de venir dilater
ce que déjà nous savons partager en Église,
mais aussi de briser les habitudes et les peurs
qui nous font trop vivre en vase clos.
Ce n’est pas d’abord de l’argent dont l’Église a besoin,
ce sont les richesses de foi, d’espérance et de charité
qui sommeillent au-dedans de nous.
Viens Seigneur Jésus,
viens pour que nous devenions ce que nous sommes :
Ton Corps !
Voilà donc la deuxième indication qui nous est
donnée :
devenir ensemble communauté eucharistique
en nous enrichissant mutuellement de nos dons spirituels.
* * * * * *
La troisième indication, nous la recueillons dans la
Première Lecture
où nous trouvons une question,
un cri de douleur lancé par Israël :
« Pourquoi, Seigneur nous laisser errer hors de ton chemin,
pourquoi endurcir nos cœurs ? » (Is 63, 17)
« Pourtant, tu es notre Père ! »
(Is 64, 7)
Pourquoi cette incroyance qui règne en notre culture
et dont se trouvent aussi bien des traces
dans nos cœurs de croyants ?
Pourquoi laisser tes enfants errer si loin de toi
sur les routes du relativisme, de l’évolutionisme,
de l’édonisme, de l’ingérisme, de l’athéisme, de
l’arrogance ?
Faut-il que les jeunes boivent jusqu’à la lie
la coupe de l’impiété, de la culture de mort, et du
suicide ?
Pourquoi endurcir tant de cœurs
en les laissant comme des feuilles mortes
emportées au pouvoir du péché ?
« Personne n’invoquait ton nom,
nul ne se réveillait pour revenir à toi »
disait Isaïe. (Is 64, 6)
Oui, Seigneur combien sont ceux qui invoquent ton nom ?
Et qu’adviendra-t-il de ceux qui s’abîment dans le
péché ?
Frères et sœurs, ce cri pénétrera-t-il en nos
cœurs ?
Il ne s’agit pas de discourir sur la société,
mais d’entrer dans une solidarité profonde
avec l’incroyance de notre temps,
d’entrer dans une solidarité spirituelle
avec un monde de souffrances intérieures immenses.
une solidarité qui avant d’agir
nous fera d’abord prier avec les paroles de l'Écriture :
« Ah ! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais !
» (Is 63, 19)
Dieu n’est-il pas étonné
d’entendre si peu de cris monter vers Lui
– les discours ne manquent pas – mais la prière manque.
Seigneur
viens,
déchire
les cieux,
ne
cache plus ton Visage,
fais-nous
voir,
fais
voir à notre temps,
ton
visage d’amour.
Tes
villes saintes sont devenues un désert.
Notre
temple saint et magnifique
qui
est le cœur de l’homme
est
devenu la proie du feu.
Peux-Tu
rester insensible à tout cela ?
Te
taire serait nous humilier à l’excès !
Frères et sœurs,
voilà la troisième indication
qui nous est donnée pour cette année nouvelle.
Nous voici tous appelés
à une solidarité profonde avec l’incroyance de notre temps
qui deviendra une supplication chorale
que Dieu exaucera car il est notre Père.
Père, au seuil de cette nouvelle année,
donne-nous de rencontrer personnellement Jésus
et de là, renaître à l’espérance.
Fais que nous nous enrichissions mutuellement
pour devenir Église.
Rends nous solidaires en nos cœurs
avec l’incroyance de notre monde
pour que tous soient sauvés.
Bientôt nous dirons :
« Jamais on n’avait entendu dire,
on n’avait pas entendu et l’œil n’avait pas vu un Dieu,
toi excepté, agir ainsi,
en faveur de ceux qui ont confiance en Lui. »
(Is 64, 3)
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