Mardi 13
décembre
2005
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
« Les vrais habitants du Royaume
» Matthieu 21, 28-32
Imaginons un instant
que nous soyons les portiers du Royaume de Dieu.
Qui voyons-nous arriver en premier ?
des hommes très religieux ?
des grands prêtres, des docteurs de la Loi et des pharisiens,
tous familiers de la Parole, du Temple,
des liturgies, des sacrifices ?
Non ! tout au contraire, nous voyons arriver
des malfaiteurs et des prostituées,
des gens qu’on ne voyait jamais près de l’autel de Dieu !
Il y a là quelque chose de paradoxal,
un retournement de situation invraisemblable.
Comment est-ce possible ?
Jésus nous explique cela à travers la Parabole des deux
fils
à qui le père demande d’aller travailler à la
vigne.
Que se passe-t-il dans la maison de ce père de famille :
à la maison, le premier fils dit non, il refuse d’aller
travailler.
Le deuxième fils dit oui, il acquiesce immédiatement.
Mais si nous descendons dans la vigne
et que nous regardons qui vient,
nous voici devant cet invraisemblable retournement de situation :
nous voyons arriver celui qui a dit non …
et celui qui a dit oui ne vient pas.
Il y a donc ce que l’on dit dans la maison de Dieu,
sur sa montagne sainte,
et il y a ce que l’on fait – ou non – dans la vigne de Dieu.
Il y a ce que nous disons dans la maison de Dieu, ici ;
et il y a ce que nous faisons – ou non – dans sa vigne.
Frères et sœurs,
est-ce que nous travaillons effectivement à la vigne de Dieu ?
La vigne de Dieu, c’est notre vie, notre famille,
notre communauté, notre ville.
Est-ce que nous y travaillons répondant à l’appel du
Père ?
Est-ce que nous travaillons à nous ouvrir à la Parole de
Dieu ?
Car notre premier travail,
c’est de nous laisser travailler par la Parole.
Et là, nos maîtres
sont des malfaiteurs et des prostituées convertis !
Notre travail de conversion est-il bien en route,
ou bien est-il à l’arrêt ?
Nous savons que chacun de nous
et l’Église tout entière
n’est fidèle à Dieu
que si elle demeure en conversion continuelle.
* * * * * *
Gardant tout cela dans notre cœur,
nous pouvons nous poser une autre question :
que fait en nous la Parole
quand nous la laissons nous travailler ?
Là, c’est le prophète Sophonie
qui aujourd’hui nous répond
dans la première lecture de ce jour.
Le livre de Sophonie décrit longuement
la calamité qui, par la volonté de Dieu,
va s’abattre sur Jérusalem ;
Jérusalem, la ville rebelle complètement sourde
à la Parole de Dieu.
La description de cette colère de Dieu
est longue, dure, pénible.
Mais à un moment perce un fin rayon de lumière :
« Cherchez le Seigneur, vous tous les humbles de la terre
qui accomplissez ses commandements.
Cherchez la justice, cherchez l’humilité :
peut-être serez-vous à l’abri
au jour de la colère du Seigneur » (So
2, 3)
Mais ce rayon ne dure pas,
et le récit des villes et des nations saccagées
reprend de plus belle :
« Malheur à Jérusalem, la ville tyrannique,
qui n’a pas mis sa confiance en Dieu, »
avons-nous entendu.
Vers la fin du livre, nous est alors révélé
le cœur du jugement de Dieu,
la fine pointe de son œuvre
qui transparaissait dans le premier rayon de lumière :
Dieu va « supprimer de Jérusalem
les orgueilleux et leur insolence, »
« ceux qui se pavanent sur sa montagne sainte » ;
mais il va laisser subsister un peuple humble et pauvre
qui trouvera refuge dans le nom de son Dieu.
Et ce reste béni de pauvres et de petits,
le prophète nous raconte ensuite avec quel amour,
avec quelle folie d’amour,
Dieu va le visiter.
Il nous montre
Dieu qui vient épouser ce peuple de pauvres en exultant de joie ;
Dieu qui tressaille d’allégresse
et « danse pour eux avec des cris de joie » !
(So 3, 17)
Frères et sœurs, voilà ce que fait la Parole de Dieu
quand nous nous laissons travailler par elle :
elle nous émonde,
elle supprime peu à peu en nous l’orgueil et l’insolence
pour que nous devenions de pauvres de cœurs,
humbles, c'est-à-dire croyants ;
alors Dieu vient demeurer en nous en exultant de joie.
Mon enfant, oui, toi qui es est mon enfant,
parce que c’est moi qui t’ai donné la vie.
Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne,
à la vigne de ton cœur,
en te mettant à l’écoute de ma Parole.
Amen
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de Jérusalem