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Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Liturgie pénitentielle d'avent »  Marc 1,1-8



Un missionnaire européen racontait cette histoire :

Dans un village africain, il y avait un drame.
Et ce drame était qu’il n’y avait pas d’eau.
On sait combien est important pour la vie d’un village
qui ne possède pas d’eau courante comme chez nous
la présence d’au moins un puits.
Et ce village n’en avait pas ou n’en avait plus.

Donc les femmes, car ce sont les filles et les femmes en Afrique qui font ce travail, devaient faire à pied, chaque jours,  
plusieurs kilomètres jusqu’au prochain point d’eau pour ravitailler leur famille.
Inutile de dire combien épuisant était ce travail.

Un jour, un missionnaire passait par là et il fut touché par l’infortune des villageois.
Après avoir plaidé leur cause auprès du Ciel,
il eut l’intuition qu’un point d’eau se trouvait là,
tout près du village.

Ayant de bons contacts, il fit des démarches pour faire venir une entreprise de forage.
Ils n’en prirent pas long pour découvrir qu’effectivement,
il y avait une source souterraine qui passait là, sous le village.

Inutile de dire la fête que l’on fit
et la vie nouvelle que cette découverte apporta à toute cette communauté.
L’eau que l’on cherchait au loin,
en réalité se trouvait là, à l’intérieur même du village.
Quel lien pouvons-nous faire aujourd’hui avec cette histoire
et avec notre propre vie.

Nous avons soif d’amour, d’être aimés, estimés,
regardés avec amour, pardonnés.
Et nous nous fatiguons pour aller chercher l’amour de mille manières
alors qu’il se trouve là,
au centre de notre intérieur.

Oui, la source est en nous !
Depuis l’avènement du Christ,
il y a une source d’Eau vive en nous.

Aujourd’hui, cette source jaillit avec une force particulière.
Comme nous le lisions dans la Lecture de ce jour,
le prophète Zacharie disait :
« En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte (…)
pour les habitants de Jérusalem
pour laver le péché et la souillure. »    (Za 13, 1)

Aujourd’hui la Source vive de la miséricorde
déborde pour nous tous.
Quelle bonne nouvelle pour les pécheurs !
Quelle bonne nouvelle pour nous tous.

Dans le désert de l’Avent,
nous arrivons aujourd’hui à la « guelta ».
La guelta c’est une source qui jaillit
au milieu du désert.
C’est un don gratuit, merveilleux qui crée abondance
de verdure au milieu de la sécheresse.

Que fait-on quand dans le désert on arrive à une source ?
Tout d’abord on se lave le visage, on se rafraîchit.
Puis on boit, à satiété.

C’est ce que nous allons faire.
Nous laver le visage,
nous laver le cœur,
nous laisser laver le cœur :
laisser l’eau descendre jusqu’au fond de nous-mêmes,
là où nous avons soif de vie et d’amour
et en même temps, peur de l’eau, peur de l’Amour.

C’est cela pour chacun de nous, la grâce de ce jour :
pas de se laver l’âme en superficie,
mais de permettre à l’Eau de couler
dans les lieux les plus arides de notre être.

La miséricorde de Dieu va tout laver …
parce qu’elle est une Source discrète, humble …
mais qui a la force d’un torrent d’Amour.
Nous allons nous dessaisir de nos péchés
et les laisser partir dans ce flot qui emporte tout
et nous libère.

Puis nous allons boire,
c'est-à-dire nous allons nous laisser blesser d’amour
par cette miséricorde.
Cela ne nous suffit pas d’être pardonné,
nous voulons devenir miséricordieux,
nous voulons boire la miséricorde.
Comme le dit si bien le prophète Isaïe :
« Dans l’allégresse,
vous puiserez de l’eau aux sources du salut »    (Is 12, 3)

Il s’agit de nous laisser remplir par la miséricorde de Dieu :
trop souvent on ramène le sacrement du pardon
à un exercice comptable.

NON ! C’est une rencontre d’amour
qui va bouleverser notre cœur.

Il nous faut pour cela prendre conscience de ce qui se passe :
Nous sommes aimés d’un amour infiniment gratuit
complètement en dehors de tout mérite.
En réalité, nous puisons directement au cœur transpercé de Jésus mourant d’amour sur la croix pour nous.
Dieu ne nous demande pas de nous excuser, de nous justifier,
de le rembourser :
tout est pardonné.
Ce qui reste ce sont les conséquences de nos péchés,
et Lui-même nous aide à en assumer la responsabilité parce qu’Il est Père de tendresse qui veut notre bonheur et notre liberté.

Aujourd’hui dans le désert de l’Avent,
c’est plus qu’une source qui jaillit :
c’est un fleuve !
C’est un nouveau Jourdain où nous allons nous plonger avec joie.
Le Jourdain de la Terre Sainte prend sa source
sur le Mont Hermon et déborde dans la mer morte.
Le Jourdain qui coule aujourd’hui pour nous
prend sa source dans le Cœur du Père directement
et il vient tout laver et renouveler en nous.

Voilà le don merveilleux qui nous est offert.
C’est beaucoup plus que le baptême de Jean :
c’est le baptême de l’Amour, le baptême de l’Esprit.
Oui, nous allons confesser, nommer nos péchés, nos misères,
mais cela n’est pas l’essentiel.
C’est seulement un moyen nécessaire pour dénoncer le mal,
pour s’en désolidariser,
pour le remettre entièrement entre les mains de Jésus,
et tout cela pour rencontrer l’Amour.

Les prêtres sont pour nous des Jean Baptiste
parce qu’ils vont accompagner
notre descente dans ce fleuve d’amour,
mais ils vont être beaucoup plus que Jean Baptiste,
parce qu’ils vont être l’instrument du don de Dieu,
du don Pardon total, aimant, libérant.
Ils ne nous donnent pas quelque chose qui vient d’eux-mêmes,
mais ils nous donnent ce qui vient de Dieu Lui-même.
Par l’absolution,
le fleuve de la miséricorde de Dieu va nous envahir,
et la « pénitence » qu’ils nous donneront est une indication
pour entamer une vie nouvelle qui soit
toute entière dans la miséricorde.

Amen

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