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Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« La vraie maternité »  Luc 01, 46-56



La liturgie nous fait rencontrer en ce jour
une femme du Premier Testament :
Anne, Sainte Anne de Rama ;
une femme éprouvée ;
certes elle est la préférée de son mari Elcana,
mais elle est demeurée une femme humiliée pas sa stérilité ;
humiliée aussi par l’autre femme d’Elcana
qui « ne cessait pas de lui faire des affronts – par jalousie –
pour la mettre en colère ».    (1 Sm 1, 6)

Le Livre de Samuel nous la présente un jour, en larmes,
à l’entrée du Sanctuaire de Silo.
« Seigneur, dit-elle, si tu voulais bien voir
la misère de ta servante,
te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante
et lui donner un petit d’homme,
alors je (te) le donnerai pour toute sa vie. »    (1 Sm 1, 11)
Elle était tellement prise par la douleur et la prière
que le prêtre Élie crût qu’elle était ivre.
Non, « j’épanche mon âme devant le Seigneur » dit-elle.    (1 Jn 1, 15)

Le Seigneur exauça la prière d’Anne
et naquit le petit Samuel.
Nous venons d’entendre le récit de la première fois
où Anne revient au Sanctuaire de Silo où elle avait prié.
L’enfant qu’elle amène est tout juste sevré :
c’est encore un tout petit enfant.

Anne accomplit alors quelque chose d’extraordinaire :
cet enfant, son unique enfant tant désiré, tant attendu,
Anne, par fidélité à son vœu, s’en dessaisit :
Elle ne le garde pas pour elle-même ;
elle ne le rachète pas ;
elle ne tente pas de se libérer de son vœu :
elle le donne !
Cet enfant qu’elle a reçu de Dieu, elle l’offre,
et elle repart les mains vides chez elle
après avoir laissé déborder de son cœur son cantique d’exaltation.
Car si dans son humanité elle pouvait gémir,
son âme exaltait de la joie du don.

Recevoir la vie et la donner.
Recevoir une vie, la laisser grandir en soi,
l’accompagner et puis la donner.
N’est-ce pas cela le charisme maternel,
la grande beauté du charisme maternel qui accueille et qui donne ?
Dans une culture où ce charisme est si souvent défiguré,
il nous est bon de boire à la source pure de la Parole de Dieu
pour en redécouvrir la beauté.

Anne aujourd’hui nous en est témoin ;
Et Marie plus encore !
Car Marie s’est entièrement ouverte à la Vie
pour la recevoir
et pour la donner,
pour nous la donner.
C’est ce qu’a admirablement représenté Giotto
dans la chapelle Scrovegni de Padoue,
en nous montrant Marie qui dépose Jésus nouveau-né
dans la mangeoire à orge,
pour qu’il soit la nourriture, le Pain de vie de toutes les générations.

Déjà le Magnificat révèle cette maternité limpide de Marie :
l’enfant n’est pas encore né que déjà elle le donne,
puisqu’elle reprend la prière
que fit Anne après avoir donné son enfant ;
et puisqu’elle chante ce que le Seigneur a fait
non seulement en sa faveur,
mais en faveur de tout Israël pour toutes les générations.



Nous aussi, le Seigneur nous demande d’accueillir sa vie,
et nous demande de la donner.
Il nous faut nous préparer à accueillir Jésus pour le donner,
à ouvrir notre « sein maternel »
pour donner ensuite au monde, à notre monde, l’Enfant du Père ;
à ouvrir plus largement notre cœur cette année,
pour enfanter davantage.

Tous, hommes et femmes,
nous sommes appelés à être mère du Christ !
Saint Augustin le dit ainsi ;
« La mère du Christ, c’est l’Église tout entière
car, par la grâce du Dieu,
c’est elle qui met au monde ses membres,
c'est-à-dire ses fidèles.
Sa mère, c’est encore toute âme pieuse
qui accomplit la volonté du père. »

Oui, nous devons devenir ensemble ce que nous sommes ;
non seulement ce peuple qui est l’Épouse du Christ,
mais ce peuple qui est mère du Christ.
Le Père l’engendre,
nous l’enfantons dans le monde.
Comment ? En donnant au monde la Parole de Vie,
en témoignant de l’Amour,
dans la fécondité de l’Esprit.

Aussi nous pouvons nous approcher de Noël
en désirant recevoir en nous Jésus
mais aussi en désirant l’enfanter,
en faisant en sorte que beaucoup autour de nous
puissent recevoir Celui qui vient du Père.

Nous allons à la fête …
Nous y allons parce que c’est notre fête,
parce que nous allons y recevoir en cadeau le Roi des rois ;
mais nous y allons aussi pour nous mettre au service des autres,
pour que ce soit la fête de tous.
Nous serons à la fête de Noël
ce qu’ont été les serviteurs à la fête de Cana :
des serviteurs de la joie.
Ce n’est pas le petit vin de la magie sentimentale de Noël
que nous allons servir,
mais le bon vin, le vin fort, le vin excellent du mystère de Noël
que nous allons puiser et offrir.
Il faut que nous vivions le mystère de Noël en sa profondeur.
Il faut que nous accueillions vraiment Jésus !
C’est pour cela que le cœur de la fête de Noël,
c’est la messe, c’est l’Eucharistie.
C’est tellement vrai qu’il y a trois messes de Noël,
la messe de la nuit, la messe de l’aurore et la messe du jour
qui ont chacune un climat liturgique bien particulier.

C’est l’Enfant Lui-même que nous allons recevoir dans nos bras …
pour Le donner à ceux qui sont sans enfant,
et ils sont nombreux ici à Montréal.

De notre ouverture au Mystère de Noël
dépend la vie de ceux qui nous entourent ;
notre situation est semblable à celle du paysan
qui sait que la vie de sa famille dépend de la récolte qu’il va faire !
Et notre « famille » ce sont tous ceux
et celles que nous rencontrons,
qui nous sont proches de quelque manière que ce soit.

Seigneur, donne-nous de comprendre
avec notre intelligence et avec notre cœur
que la joie n’est pas dans ce que l’on possède,
mais dans ce que l’on donne !

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