Jeudi 29
décembre
2005 - 5e jour dans l’octave de la Nativité
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
« Prendre l'enfant dans le creux de nos bras
» Luc 2, 22-35
En accueillant l’Évangile de ce jour,
je crois que nous pouvons vivre ensemble
une expérience spirituelle très forte
en compagnie de Syméon.
Qui est Syméon ?
Un homme sur lequel repose l’Esprit Saint.
Littéralement l’Esprit était « sur lui ».
C’est une expression qui évoque l’onction de
l’Esprit (cf Is 61, 1)
qui descend sur une personne et la renouvelle en profondeur.
De manière plus lointaine,
elle rappelle le souffle de l’Eprit sur les eaux,
(Gn 1, )
qui couvait de ses ailes la création
préservant la vie et donnant la vie.
Nous aussi nous pouvons maintenant
invoquer cette onction maternelle de l’Esprit Saint,
nous remettre à Lui,
nous laisser à Lui,
débloquer nos portes coupe-feu
pour qu’Il puisse pénétrer partout en nous.
Il nous est dit ensuite que Syméon fut poussé au Temple
par l’Esprit,
pas tant pour le Temple, pour les rites, pour les sacrifices,
mais pour rencontrer Jésus.
Syméon a été poussé par l’Esprit vers
Jésus
et c’est l’Esprit Lui-même qui lui a fait reconnaître
l’Enfant.
Oui, l’Esprit nous conduit à Jésus,
Il nous fait découvrir la présence de Jésus
qui est aujourd’hui au milieu de nous
tout disponible, tout offert, dans le mystère de son
éternelle enfance.
Que fait alors Syméon ?
Il prend l’enfant dans ses bras.
Il y a beaucoup de manières de prendre un enfant dans ses bras.
Le texte grec nous dit littéralement
que Syméon Le prit « dans le creux de ses bras ».
C’est un geste de tendresse, de grande affection
pour cet enfant, ce tout petit agé de 40 jours.
Nous aussi, spirituellement, nous pouvons prendre l’enfant
dans le creux de nos bras,
Et, comme Syméon, nous le regardons :
son petit corps, ses petites mains, son visage, son regard.
C’est alors que l’onction de l’Esprit
va jouer de nouveau un rôle fondamental :
Qu'est-ce qui vient au cœur de Syméon ?
Cette parole étonnante qu’il adresse à Dieu :
« Maintenant, tu délies ton esclave, ô Maître
»
( )
Pour lui, le fait de recevoir cet enfant
a été une expérience de libération, de
délivrance.
Il a perçu que Dieu le délivrait par cet enfant.
Qu’est-ce à dire ?
Jusque là, il était esclave de Dieu.
Il le servait, oui, mais dans la crainte, privé de
liberté intérieure.
Il se sent délié :
Il va devenir enfant de Dieu dans la liberté de l’amour.
Syméon vit une expérience de salut.
« Mes yeux, dit-il, ont vu ton salut. » (
Lc 2,30 )
Il ne dit pas simplement mes yeux ont vu ton sauveur,
mais ton salut.
Cet enfant est plus que le sauveur, il est le salut.
Le salut est dans cet enfance divine.
C’est ce que Jésus révélera plus tard :
quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu
en petit enfant n’y entrera pas. (cf Lc 18,17)
En tout cela, Syméon reconnaît la fidélité
de Dieu à ses promesses :
tu me délies selon ta parole !
Comme tu me l’avais promis,
j’ai fait l’expérience du salut avant de mourir.
Et il ajoute : tu me délies « dans la paix ».
Ton salut me vient non pas par la violence
mais dans la paix, dans la douceur, dans la miséricorde.
Et nous, chers frères et sœurs, que nous dit l’Esprit Saint
quand nous regardons l’enfant ?
Il nous fait maintenant écouter au plus profond de nous
et discerner au milieu de nos bruits intérieurs,
l’Esprit qui nous dit :
« Cet enfant est ton sauveur,
c’est lui qui te délies. »
Peut-être nous dira-t-il : « Voilà ce qu’Il vient
faire en toi :
telle libération, telle guérison
pour que tu puisses vivre avec lui en enfant du Père ».
L’Esprit nous révèle qui est Jésus pour nous
personnellement.
L’Esprit ne s’arrête pas là :
Il révèle à Syméon ce que cet enfant sera
pour tout le peuple.
Il sera le salut non seulement pour Israël,
mais pour toutes les nations,
et, en sauvant, il sera la Lumière,
littéralement « lumière pour une
révélation aux nations ».
Il vient sauver tout homme, toute femme,
et en sauvant, il révèle l’Amour du Père.
Syméon attendait la Consolation d’Isaraël …
Mais ce sont aussi toutes les nations qui vont être
consolées.
Quand nous prenons l’Enfant dans nos bras,
ce n’est pas nous qui le consolons,
c’est lui qui nous console,
et qui nous console vraiment,
car nous savons qu’il est venu pour la consolation de tous,
et pas seulement de quelques uns.
C’est l’Esprit Saint qui nous révèle cela,
qui nous dévoile que Jésus est vivant au milieu de nous,
en notre temps.
Et qu’il est le salut, la consolation
de notre humanité d’aujourd’hui tellement souffrante.
Enfin l’Esprit Saint révèle à Syméon
comment ce salut va opérer en Israël.
Il va être rejeté parcequ’il dévoile la
vérité des cœurs.
À cause de Jésus, beaucoup de croyants vont tomber et
être relevés,
comme Paul qui tombera dans la violence et la haine contre Jésus
pour être ensuite relevé par l’Amour miséricordieux
de Jésus.
Nous aussi, en regardant l’Enfant blotti dans nos bras,
nous allons comprendre,
par la grâce de l’Esprit Saint,
ce qui doit advenir :
c’est-à-dire comment des hommes, des femmes
peuvent tomber, sombrer,
jusqu’à ce qu’ils cèdent à l’Amour
miséricordieux.
Et cela c’est le glaive qui traversa le Cœur de Marie,
et qui traverse aujourd’hui le cœur de l’Église unie à
Marie.
Parce que l’Église souffre maternellement de voir
de ses enfants sombrer dans le péché.
Mais avec Marie, l’Église sait qu’à tout homme, à
toute femme
qui tombe dans les ténèbres,
Jésus ressuscité offre sa Lumière éternelle.
Au terme de cette rencontre,
Syméon rend l’Enfant à Marie,
mais la consolation est entrée pour toujours dans son cœur :
l’Enfant est à jamais présent dans son cœur.
Alors Syméon, consolé, peut mourir en paix vers le
Père.
Et nous aussi nous pouvons cheminer vers le Père
au long des jours dans la paix,
dans la paix profonde du cœur,
parce que l’Enfant nous a été donné,
parce que le Sauveur nous a été donné.
Amen.
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