logoSamedi 31 décembre 2005 - Célébration du Prince de la Paix
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Il n'y a plus de nuit sans aurore »  Matthieu 5, 1-12



« Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu se lever une grande Lumière ».     (Is 9, 1)
Mais de quel peuple s’agit-il ?
Il s’agit du peuple de Jérusalem et de ses alentours,
du peuple de Juda.
Et c’est un peuple qui était alors terrorisé.
On vient en effet d’apprendre, à Jérusalem,
que pas moins de deux armées ennemies
sont en marche vers elle pour l’anéantir.
« Alors le cœur du roi et le cœur de son peuple se mit à chanceler
comme chancellent les arbres de la forêt sous le vent »    .(Is 7, 2)

Pris par la crainte et la terreur,    (cf Is 8, 12)
le peuple regarde vers le ciel
et se met à maudire et son roi et Dieu Lui-même.     (Is 8, 21)
Puis regardant vers la terre,
regardant la terre en ignorant Dieu, que voit-il ?
Il ne voit qu’« angoisse, obscurité,
nuit de détresse, ténèbres … »     (Is 8, 22)
Voilà ce que l’on voit ici-bas quand on exclut Dieu de notre regard.

Le peuple se met alors à consulter les idoles, à interroger les morts :
ce sont les pratiques ésotériques, la magie,
la divination, les médiums
qu’Isaïe appelle les « siffloteurs et les zoucouleurs ».     (Is 8, 19)
Et la réponse obtenue est : « il n’y a pas d’aurore ».     ((Is 8, 20)
Les esprits du mal, de fait, savent être bavards,
mélangeant le mensonge à des choses authentiques
mais jamais ils en peuvent annoncer ce que fait l’Amour de Dieu.

« Nuit de détresse » disent ceux qui oublient Dieu.
« Nuit sans aurore » disent les sorciers.

N’avoir d’autre horizon que cela, n’est-ce pas la souffrance intérieure
que portent aujourd’hui les multitudes d’hommes et de femmes
qui ignorent l’Amour de Dieu et se confient aux sorciers de notre temps ?

Combien d’âmes connaissent ce que Beaudelaire appelait le « spleen » :
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
sur l’esprit gémissant en proie au longs ennuis … »?

Mais « le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu se lever une grande lumière. »
Et Isaïe nous parle d’un jaillissement inattendu de joie
qu’il compare à l’allégresse des moissons
ou à celle d’une victoire qui fut don insolite et inouï de Dieu.

D’où vient cette joie ? D’où vient la paix ?
Elle vient d’un visage.
Elle vient d’un enfant, d’un enfant royal.
« Un enfant nous est né, un fils nous a été donné. »    (           )
Et Isaïe nous le décrit par quatre titres :
« Merveilleux conseiller, Dieu fort,
Père pour toujours, Prince de la paix ».
    (Is 3, 5)
Tout cela, Israël l’a gardé dans sa mémoire biblique
parce qu’il a fait l’expérience de cette « lumière »
à travers le signe du roi Ézéchias.
Israël l’a aussi gardé dans sa mémoire
parce qu’il a compris que cette prophétie
allait au-delà d’un seul fait historique,
qu’un « Prince de Paix » allait venir,
et que se lèverait ainsi une « grande lumière »
pour toutes les générations.

Cette lumière, ce visage, nous le savons,
c’est celui de Jésus notre Sauveur que Syméon a salué
comme « Lumière qui éclaire les nations ».
Désormais il n’y a plus de « nuit sans aurore ».
La détresse de la nuit a été brisée
par Jésus qui descend aujourd’hui dans les ténèbres de l’homme,
dans nos ténèbres, pour nous en libérer.
Voilà ce que fit, voilà ce que fait « l’amour jaloux de notre Dieu ».
Parce qu’il ne veut pas nous laisser en proie aux ténèbres de l’âme, Jésus aujourd’hui nous visite et nous sauve.

Je pense ici à un jeune homme rencontré en Italie
− appelons-le Andrea − qui après une enfance tissée de souffrances, était tombé dans les bas fonds de la drogue, du vol, et du désespoir.
Andrea a été recueilli à demi-mort par une femme chrétienne
qui a tout fait pour lui et ce faisant a réveillé en lui la foi.
Andrea a rencontré Jésus …
Aujourd’hui, il reste fragile de santé, mais parce que Jésus l’a sauvé,
il est rayonnant d’une douceur et d’une bonté qui m’ont émerveillé.

Je pense encore à un homme condamné à la prison à perpétuité
que j’ai rencontré et qui me raconta comment Jésus l’a rejoint
dans sa prison et a transformé son cœur.
Aujourd’hui, il proclame sa foi en écrivant des poèmes !

Ou plus récemment, j’ai pu rencontrer, ici au Québec,
une personne qui m’a confié combien sa vie a été une « vie décousue », pleine de souffrance et d’humiliations.
Aujourd’hui, me disait cette personne visitée par Jésus,
« je suis une miraculée de la résurrection ».
Et elle ajoutait « la joie est plus forte ».

Oui, frères et sœurs, voilà ce que fait l’« Amour jaloux »
de Jésus qui ne veut pas nous laisser dans les ténèbres.
Et beaucoup d’entre nous pourraient se lever
et donner leur témoignage !

Oui Dieu fait des merveilles … parce que c’est un Dieu merveilleux !
Ce qu’il nous faut, disait le Père Émiliano Tardif,
ce n’est pas un nouvel Évangile,
mais une nouvelle évangélisation pour découvrir cet amour miséricordieux qui ressuscite les morts.

La « grande lumière » qui se lève sur notre temps,
c’est Jésus, présent, vivant, dont, en particulier en ce temps de Noël,
nous recevons la grâce liée au mystère de son enfance.
C’est Lui « le Sauveur du monde »
comme le proclamèrent les samaritains !
Il est la seule espérance de notre humanité …
Tertullien, s’adressant aux hérétiques
qui niaient l’incarnation du Verbe, disait :
« Épargne celui qui est l’unique espérance du monde entier. »
Oui, ne nous privons pas, et ne privons personne,
du salut que Jésus nous donne !

Jésus est là, vivant au milieu de nous,
et le grand don qu’il nous fait, c’est le don de la paix.
Il est le « Prince de la Paix », c'est-à-dire le serviteur de la Paix
qui vient du Père comme les anges l’ont chanté
dans la nuit lumineuse de Noël :
« Paix sur terre aux hommes que Dieu aime »     (Lc 2, 14)

Jésus est Celui qui donne la Paix,
mais qui ne prend pas d’armes pour cela.
Ou, si, il prend comme armes
« la tendre compassion, la bienveillance, l’humilité,
la douceur, la patience, » et la miséricorde et la charité.     (cf Col 3, 12-14)

C’est par la douceur qu’Il est vainqueur.
Jésus est vainqueur « ni par la puissance, ni par la force,
mais par l’Esprit » qui est la Charité divine
avec laquelle il a fait éclater le mur infranchissable de la mort
pour en faire un passage vers la vie.
L’arme des armes, pour Jésus, n’est autre que la croix.
C’est par son Sang qu’Il a obtenu la Paix, la vraie Paix.

La paix, voilà ce que nous demandons à Jésus ce soir
pour nous-mêmes et pour le monde entier.

La paix qui n’est pas la tranquillité, l’absence de contraintes :
la paix qui est, comme la langue biblique le dit, la plénitude.
La paix, le shalom, c’est lorsque chacun a ce qui lui est dû,
ce qui est bon pour lui, ce qui le comble :
Nous sommes en paix quand nous vivons notre propre vocation.
Et quelle est-elle ?
Elle est l’amour.
Nous sommes faits pour l’Amour de Dieu.
« Notre cœur, dit Saint Augustin,
est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».
Nous sommes en paix quand nous sommes à notre place …
et notre place c’est le cœur de Dieu, c’est l’Amour du Père !
Jésus nous donne la paix en nous donnant l’Amour.
C’est lui qui par l’Esprit fait descendre l’Amour de Dieu
dans les déserts et les blessures des humains,
et c’est cela qui crée la paix dans les cœurs, dans les familles,
dans les nations et entre les peuples.

La douceur de Jésus brise les rancunes, les rancœurs, les haines,
elle guérit la mémoire blessée des hommes et des peuples.
Jésus est « artisan de paix »
en étant « pauvre de cœur » en face de nous,
en étant « doux » et « miséricordieux »
en face de nos souffrances et de nos péchés.

Je pense à l’admirable fresque de fra Angelico
où Jésus petit enfant a en ses mains le globe terrestre
car il est le Seigneur, le Roi de l’univers.
Alors je voudrais, avec vous, Lui dire :
« Jésus, avec ton autre main,
bénis-nous, bénis la terre.
Jésus enfant, Jésus petit enfant du Père et de Marie,
bénis notre temps.
Jésus, tu sais ce que le non amour
a brisé en nous et entre nous.
Dans ta divine enfance,
dans ta divine humilité, viens nous bénir,
viens visiter nos cœurs,
que nous cédions ce soir à ta douceur :
viens visiter les familles brisées de toute la terre.
Dans ta douceur, guéris-les.
Viens visiter les cités et les peuples,
pour y retisser les liens de l’amour.
Jésus enfant, petit enfant,
avec toi il n’y a plus de nuit sans aurore
parce que tu es l’aurore de toutes nos nuits.
Tu es notre paix.
Tu es LA PAIX. »

Amen.

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