logoVendredi 6 janvier 2006 - Bienheureux frère André
Homélie du père Gérard Busque, sss

« Dieu se révèle aux petits »  Matthieu 11,25-30



J’ai pensé ce soir vous raconté l’histoire de ce frère qui a passé souvent pour fou aux yeux des sages de ce monde mais que  Dieu a choisi pour réveiller la foi d’un grand nombre.

Le Bienheureux Frère André est né le 9 août 1845 à St Grégoire D’Iberville sous le nom d’Alfred Besset. Il était le huitième d’une famille de douze enfants. Son père meurt alors qu’il a neuf ans et sa mère meurt trois ans plus tard. Alfred a déjà acquis à douze ans, grâce à l’exemple de sa mère et à ses bons conseils un grand amour de la prière. Orphelin à douze ans, sans argent ni instruction, petit et malingre, il travaille comme garçon de ferme chez un oncle et touche à divers métiers : apprenti cordonnier, boulanger, ferblantier, forgeron. Sa mauvaise santé l’oblige à abandonner ses métiers. Il émigre en Nouvelle Angleterre vers l’âge de 18 ans et trouve du travail dans les usines de textile.

Après trois ans de vie aventureuse aux USA, Alfred revient au Canada en  1867. Il y revient aussi fervent dans la prière, aussi étranger aux plaisir du monde qu’à son départ du Canada. Il reprend contact avec l’abbé André Provencal, son ancien curé, mainteant curé à Saint Césaire. Ce dernier l’oriente vers la vie religieuse et trois ans plus tard, Alfred entre dans la Congrégation des religieux de Saint Croix, à  Montréal ou il prend le nom de Frère André, en souvenir de son curé. Il est bilingue mais ne sait ni lire ni écrire. Les Pères Ste Croix hésitent à l’admettre à prononcer ses vœux en raison de son mauvais état de santé , mais ils  finissent par céder à cause de sa profonde piété et sur la recommandation de l’abbé André Provencal  Ce dernier avait été témoin de la piété du jeune homme. Il avait dit à Alfred qui hésitait à se présenter au noviciat à cause de son ignorance, qu’il n’était pas nécessaire de savoir lire ou écrire pour prier. Il avait déclaré dans sa lettre de recommandation : « Je vous envoie un saint. »

Une fois admis dans la Communauté Ste Croix, le frère André occupe pendant  quarante ans, le modeste emploi de portier au collège Notre Dame, rue Cote des Neiges. On lui confie aussi la buanderie, la sacristie, les courses et le ménage.

En exerçant ses fonctions, le Frère André visite les malades, rencontre des personnes infirmes ou éprouvées et prend l’habitude de prier avec elles, par l’intercession de St Joseph. Il a environ trente ans quand on commence à lui attribuer des faveurs extraordinaires et des guérisons.

La prière est au cœur de son activité de thaumaturge. Il prie avec les malades, les fait prier, les invite à se réconcilier avec Dieu. Il passe des parties de nuit à prier. Il médite la passion du Christ qu’il reconnaît dans les personnes souffrantes qui se présentent à lui. Comme Moise sur la montagne, il passe des heures à intercéder pour ceux et celles qui se confient à sa prière, au pied du crucifix et devant le saint sacrement. C’est là qu’il trouve pour lui même le courage, la patience et  la sérénité pour poursuivre son travail d'accueil.

Sa réputation ne tarde pas à se répandre dans toute la ville de Montréal et des visiteurs de plus en plus nombreux amènent des malades au collège.

Depuis son enfance, Il a un dévotion toute particulière à saint Joseph, ouvrier, un homme si proche de sa propre expérience de travailleur, d’émigrant, de serviteur d’une ouvre d’éducation. Il invite les malades à prier saint Joseph

En  1896, les Religieux de Ste Croix achète  le terrain de la montage en face du collège. Le frère s’y rend souvent pour prier. Il est hanté par le désir d’y construire un oratoire dédié à St Joseph. Il commence par  loger dans un trou de rocher une statuette de Saint Joseph. C’est là qu’il vient prier dans ses temps libres. Il place bientôt  une petite écuelle au pied de sa statue, afin de recueillir les dons de pèlerins éventuels.  Des gens commencent à se joindre à lui pour venir prier Saint Joseph dans la montage.

A mesure que les années passent, les visiteurs ne cessent d’affluer au Collège, puisque les prodiges se multiplient et s’ébruitent en dehors en dépit de la recommandation expresse du Frère de n’en parler à personne.  Certains parents se plaignent de ce que leur enfants cotoyent les quémandeurs et les malades qui visitent le Frère portier. Les autorités du collège interviennent. On lui défend absolument de recevoir les malades aux heures de parloir et on l’invite à les recevoir dans un minable pavillon, petite gare aménagée de l’autre coté de la route, en face du collège.

Pendant des années, le frère André est en butte aux calomnies de toutes sortes, il est suspect dans sa communauté, il est attaqué violemment par les autorités civiles, persécuté de toute sorte de manières, trahi même par de proches amis.

Dans la tourmente, une légère éclaircie survient en 1904. Il obtient la permission d’ériger le premier oratoire à St Joseph sur la montagne.  Un confrère, le charpentier du collège bâtit à mi-hauteur de la montagne, une minuscule chapelle de dix-huit pieds par quinze. C’est avec deux cents dollars, le produit des aumônes des premiers pèlerins de la montagne, des malades et des cinq cents qu’on lui donne pour couper les cheveux des élèves du collège, que le F. André a pu faire construire cette première chapelle en bois dédiée à Saint Joseph

On l’agrandit en 1908. Une crypte de pierre est érigée en 1917. La construction de la basilique, commencée en 1924 sera achevée en 1967. Le frère André meurt le 6 janvier 1937 à l’âge de 91 ans. Il a été déclaré bienheureux  le 23 mai 1982 par Jean-Paul II.

Retenons quelques traits de sa personnalité. Ses supérieurs avaient remarqué sa grande amabilité, son bon jugement pratique et ses aptitudes pour mettre les gens à l’aise. C’est pour cela qu’on lui confia la fonction de portier. Il avait la mémoire des noms. Il aimait rire et n’était pas dépourvu d’humour. ll aimait dire : « Quand je suis entré en communauté, mes supérieurs m’ont mis à la porte et j’y suis resté quarante ans sans partir. »

Le frère André était un homme plein d’attention aux autres, d’empathie, capable de souffrir avec ceux qui souffrent. Les gens étaient attirés par ce vieil homme simple, à la fois modeste et bourru, animé d’une foi persévérante, capable de déplacer les montagnes. Il était très désintéressé dans son accueil des malades au point qu’il protestait en pleurant contre les allégations de ceux qui lui attribuaient le pouvoir de guérir : «  ce n’est pas moi, c’est Saint Joseph. »

Avec Jésus, bénissons ce soir Dieu le Père de révéler aux petits les mystères du Royaume. Amen


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