logoMercredi 18 janvier 2006 - deuxième semaine du Temps ordinaire (B)
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Aie confiance en l’Amour »  Saint  Marc 3, 1-6


Les deux Lectures que nous venons d’entendre
nous plongent l’une et l’autre dans un climat de forte tension.
La première Lecture nous montre Israël
face à l’hostilité des Philistins massés sur la colline d’en-face.
L’Évangile nous montre Jésus face à l’hostilité des pharisiens
groupés contre lui dans la synagogue.

Que retenir de la première Lecture,
que retenir de l’attitude de David ?
Une chose essentiellement : la confiance que David met en Dieu.
Une confiance folle et bien concrète, bien incarnée,
au point que s’étant défait des armes que Saül lui avait données,
il s’avance seul vers Goliath mettant sa confiance
dans le Nom du Dieu d’Israël.

David a confiance en Dieu,
mais, disons-le clairement,
il n’adopte pas le style de Dieu
qui, de fait n’a pas encore été pleinement révélé.
David n’a pas entendu Jésus proclamer :
« Moi, Je vous dis : aimez vos ennemis,
priez pour vos persécuteurs.  »    (Mt 5, 44)

Regardons donc Jésus !
Nous voici dans une synagogue,
celle de Capharnaüm probablement.
Le climat y est très tendu.
Pourquoi ?
Parce que ces derniers temps,
Jésus a mangé avec des pécheurs,    (cf Mc 2, 17)
ce qui est inconcevable pour des pharisiens ;
de plus, ses disciples ne jeûnaient pas quand les pharisiens
et les disciples de Jean, eux,  jeûnaient.    (cf Mc 2, 18)
Et puis ses disciples ont arraché des épis le jour du Sabbat.    (cf Mc 2, 23)
Dans la synagogue, les pharisiens sont aujourd’hui silencieux.
Ils ne diront pas un mot.
Ils regardent.
Ils épient :
si Jésus guérit ce malade aujourd’hui jour du Sabbat,
ce n’est qu’un galiléen maudit qui ne respecte pas la Loi.
Et, d’ailleurs, par quelle puissance au juste,
guérit-il les malades ?    (cf Mc 3, 22)

Le silence est très pesant.
Jésus est là, pris entre d’une part le besoin que cet homme
a d’être guéri de sa main desséchée,
et le besoin de tous de recevoir la Bonne Nouvelle,
et, d’autre part, la suspicion haineuse de pharisiens.
Que faire ?
Jésus, l’Évangile de Marc y insiste,
n’aime pas se donner en spectacle.
Il a même interdit récemment à un lépreux
de parler de sa guérison, sinon au prêtre.    (cf Mc 1, 44)
Jésus ne pourrait-il pas prendre à part ce malade,
pour le guérir discrètement
comme il fera pour le sourd bègue de la Décapole?    (cf Mc 7, 23)

Non ! Jésus est venu pour proclamer l’Évangile.
C’est pour cela qu’Il est « sorti ».    (Mc 1, 38)
Il annonce et annoncera l’Évangile 
à temps et à contretemps »
selon l’expression de Paul qui écrit à Timothée :
« Proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps,
réfute, menace, exhorte avec une patience inlassable
et le souci d’instruire. »    (2 Tm 4, 2)
Jésus pourrait se taire, se retirer, se cacher
pour préserver sa réputation, pour sauver sa vie. Non !
Il pourrait éliminer ses adversaires comme David :
il Lui suffirait de faire appel au Père
qui Lui fournirait sur le champ plus de 12 légions d’anges.    (Mt 26, 53)
Non. Jésus n’est pas seulement désarmé, il est donné.


Jésus ne renonce pas à sa mission et ne cède pas à la violence :
à l’hostilité des Pharisiens,
Jésus n’a pas d’autre réponse
que l’amour et la vérité
qui se conjuguent dans l’annonce de l’Évangile.

« L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce qu’il m’a consacré par l’onction
pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres »    (Lc 4, 18)

Alors Jésus dit au malade :
« Viens te mettre là, devant tout le monde. »    (Mc 3, 3)
Et voici l’homme – cet homme qui nous représente tous –
au milieu de l’assemblée.

Pour sauver ce malade Jésus se donne, se perd, se livre.
Car l’unique loi pour Jésus est l’amour ;
l’unique loi c’est de se donner pour sauver les frères
quelques soient les hostilités, les résistances et les refus.

Mais, aujourd’hui est pourtant sabbat !  Oui.
Oui, mais l’amour est-il interdit le jour du sabbat ?
Y a-t-il une loi plus forte que le commandement de l’amour ?
Non !

Qu’est-ce qui est permis le jour du sabbat ?
De faire du bien, de faire le bien,
de sauver une vie, comme Jésus le fait pour ce malade ?
Ou bien est-il permis de faire du mal, de faire le mal,
de tuer, comme les pharisiens sont en train de le préméditer ?
Peut-on tuer au non d’une loi de Dieu ? Non !

Alors Jésus regarde à la ronde avec indignation,
désolé par la dureté de leur cœur.
Puis il dit à l’homme :
« Tends la main. »    (Mc 3, 5)
Il la tend et sa main est rétablie.

Que font les pharisiens ? Ils sortent.
Cette page d’Évangile est explicite :
elle commence avec l’entrée de Jésus
et se conclut avec la sortie des pharisiens
qui s’en vont préparer le rejet et la mise-à-mort de Jésus :
L’Amour entre.
L’Amour annonce l’Évangile à temps et à contretemps.
L’Amour manifeste l’Évangile par le signe
et les pharisiens sortent pour tuer l’Amour.
Mais l’Amour traversera la Mort pour sauver
tous les hommes et en particulier les pharisiens.

*
Frères et sœurs, que garder en nos cœurs ce soir ?
Tout d’abord une immense confiance en Jésus :
rien ne l’a arrêté, rien ne l’a découragé,
tant notre salut, notre vie
est tout son désir.
« Rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu
qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur. »    (Rm 8, 39)
Jésus accomplit et accomplira jusqu’au bout
la volonté du Père dans notre vie.
Même nos refus ne peuvent l’empêcher de nous aimer
et de nous offrir gratuitement le salut.
Alors, la confiance en Dieu
que David avait pour aller tuer Goliath,
nous pouvons l’avoir – et en surabondance –
pour nous donner aux autres dans l’amour !

Car cet Évangile nous appelle également
à « faire le bien, à faire du bien ».    (Mc 3, 4)
Nous aussi, c'est-à-dire à annoncer l’Évangile avec audace
sans nous décourager, sans céder à la violence,
y compris lorsque nous rencontrons l’hostilité.
Si notre vie annonce l’Évangile
il est impossible que nous ne rencontrions pas d’hostilité.
Jésus nous demande aujourd’hui
de ne pas nous décourager, de ne pas nous taire
et de ne pas faire violence à quiconque.
Il nous dit de quelque manière ce qu’il dit jadis à Paul :
« Sois sans crainte ; continue de parler,
ne te tais pas, car je suis avec toi,
et personne ne mettra la main sur toi,
parce que j’ai à moi
un peuple nombreux dans cette ville. »    (Ac 18, 9-10)


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