logoDimanche 29 janvier 2006 - 4e du temps ordinaire B
Homélie du frère Pierre-Marie, fmj

« Jésus nous enseigne, nous délivre et épanouit notre vie »  Saint Marc 1, 21-28


Que venons-nous d’entendre ?
Un cri jailli d’en bas,
comme remonté du tréfonds des enfers.
Une parole d’autorité venue d’en-haut,
comme descendue du Ciel.
Celui qui s’est levé, du milieu de l’assemblée,
pour venir enseigner, non pas à la manière des scribes,
mais en homme qui a autorité, qui donc est-il ?    (22)
Celui qui a crié, du milieu de l’assemblée, apeuré et disant :
Jésus de Nazareth, pourquoi veux-tu nous perdre ?    (24)
d’où vient-il ?

Frères et Sœurs, cet homme qui parle aux hommes,
ce n’est pas seulement un homme.
C’est le Fils de Dieu.
Cette voix qui vocifère,
ce n’est pas celle d’un homme.
C’est celle de l’Esprit Mauvais.
Je sais bien qui tu es, le Saint, le Saint de Dieu !     (24)
Silence ! Sors de cet homme !    (25)
Quel dialogue bouleversant entre le Sauveur et le Tentateur !
Dans la synagogue, tous s’interrogent alors en disant :
Qu’est-ce que cela veut dire ?     (27)
Cela veut dire que Dieu seul,
qui connaît le cœur de l’homme,    (cf Jn 2, 25)
est capable de l’enseigner, de le délivrer et de l’épanouir.
Trois belles vérités que l’Évangile nous redit aujourd’hui.

* * *

Un seul être au monde est capable d’enseigner l’homme :
le Créateur de l’homme.
Le Verbe, vraie lumière qui éclaire tout homme,
est venu dans le monde,     (Jn 1, 9)
pour nous apprendre que nous somme
tous enseignés par le Père.    (Jn 6, 45)
Les prophètes, quand ils parlent, disent :
Parole du Seigneur ;    (Ez 6, 3)
Dieu s’exprime par leur bouche.
Les scribes, quand ils pensent, déclarent :
comme il est écrit ;    (2 Ch 23, 18)
l’Esprit Saint éclaire leur intelligence.
Les sages, quand ils enseignent,
se réfèrent à la Lumière de Dieu.
Mais voici qu’en ce jour,
du milieu de la synagogue de Capharnaüm,
un homme – Jésus – s’est levé,
qui ne parle pas comme les prophètes, les scribes et les sages,
mais comme quelqu’un qui a autorité.    (Mc 1, 22)
Non pas comme un homme qui croit,
mais comme un homme qui sait.     (cf Jn 16, 30)
À l’évidence :
Nul n’a jamais parlé comme cet homme.    (Jn 7, 46)
Il n’impose pas. Il est.
Il ne dit pas :
Je connais la vérité, je sais la route, j’enseigne la vie ; mais
Je suis la Voie, la Vérité et la Vie.    (Jn 14, 5)
Quelle autorité dans une telle sainteté !

Frères et sœurs,
comment ne pas accorder foi
à quelqu’un qui est porteur d’une telle mission ?
qui est soutenu par une telle filiation divine ?
Seigneur, à qui d’autre irions-nous ?
Toi seul a les paroles de la Vie éternelle.    (Jn 6, 68)
Si donc, le Christ, le Fils du Dieu vivant    (Mt 16, 16)
comme dit encore l’Apôtre Pierre,
lui nous enseigne si bien,
n’est-ce pas parce qu’il nous connaît très bien ?
Lui seul connaît vraiment le cœur de l’homme.    (cf Jn 2, 25)
Nous, nous ne connaissons pas notre propre cœur,
du moins jusqu’en ses profondeurs ;
celui qui le connaît parfaitement,
c’est celui qui l’a fait pour y habiter.
Qui donc, mieux qui lui, saurait nous enseigner ?

Voilà pourquoi aussi le premier être que Jésus affrontera,
sur la terre des hommes,
quand il voudra essayer de rendre à Dieu son Père
toute la place en notre vie,
c’est l’injuste occupant du cœur de l’homme,
l’intrus, l’Adversaire.
Celui que les psaumes appellent l’étranger    (Ps 80, 10 ; 118, 150)
Les démons savaient qu’il était le Christ, note saint Luc.    (4, 41)
Car, si les démons n’ont pas l’amour,
ils ont la foi, comme l’ont bien noté les Pères,
et l’art de faire miroiter bien des fausses lumières.
Nous avons donc grand besoin de Jésus pour nous instruire,
lui qui est plus lumineux que le voleur de lumière.
Quelle joie dès lors en nos cœurs,
en voyant comment, Dieu lui-même,
nous enseigne toutes choses.    (cf Jn 14, 26)

* * *

Nous ayant ainsi éclairé et enseigné,
le Christ ne peut plus nous abandonner.
Lui seul, Jésus de Nazareth peut alors nous délivrer.
Seconde vérité de cette page d’Évangile.

Si vous demeurez en ma parole,
vous connaîtrez la vérité,
et la vérité vous rendra libres.    (Jn 8, 32)
C’est vraiment lui, le Sauveur du monde,    (Jn 4, 42)
proclament les païens de Samarie.
Aussi, dès son premier baptême au Jourdain,
ira-t-il au désert pour y affronter le diable,
poussé par l’Esprit.    (Mt 4, 1)
Il est le Libérateur de nos âmes.
Pour son dernier baptême,
il montera jusqu’au calvaire,
pour le vaincre définitivement sur le bois de la croix.
Il est le Rédempteur de nos vies.

Aujourd’hui, dans cette assemblée du sabbat,
venue pour louer Dieu’
Jésus reprend donc possession du cœur de l’homme
pour l’ouvrir à la vraie liberté.
Silence, dit-il, sors de cet homme.    (Mc 1, 25)
Ce qui revient à dire, notre saint Jérôme :
« Sors de ma maison,
que fais-tu dans ma demeure ?
Laisse l’homme.
Il m’appartient.
Il est à moi et je suis pour lui …
L’homme est ma demeure.
J’ai pris moi-même un corps humain.
J’habite l’homme.
Ce corps que tu possèdes
est quelques chose de mon corps.
Va-t’en de l’homme ! »    (PLS 2, col 139)
Et tous, nous est-il dit, dans la synagogue, étaient effrayés
et ils se demandaient l’un à l’autre :
Qu’est-ce que cela veut dire ?    (Mc 1, 27)
Cela veut dire que, lors de notre premier baptême,
en ces termes-là, nous avons été délivrés.
Déliés de tous liens
par lesquels le mal nous tenait emprisonnés.
Lors de notre dernier baptême
– le jour de notre propre mort –
le Christ nous rendra à la parfaite liberté.
Alors tous ceux qui gisent dans la tombe
en sortiront à l’appel de sa voix.    (Jn 5, 28)
Délivrés comme Lazare des bandelettes de la mort
dans laquelle Satan voulait nous enfermer,
nous entrerons enfin dans la plénitude de la vie.

Comme il est donc riche et beau le cœur de l’homme
pour qu’il soit ainsi l’objet et de la convoitise du diable
et du désir brûlant de l’amour jaloux de Dieu !   
Mais le Christ à jeté dehors le Prince de ce monde.    (Jn 12, 31)
Quelle joie de nous savoir rendus
à la sainte liberté des enfants de Dieu !    (Rm 8, 21)

* * *
Tel est le sens de notre vocation baptismale.
Celle qui peut au mieux épanouir notre vie.
Ultime vérité de ce jour.
Cette vocation que Paul nous a rappelée,
dans sa 1e Lettre aux Corinthiens en nous demandant
d’être pleinement consacrés à notre Dieu.    (7, 34)
Libres de tout souci … pour être attachés
au Seigneur sans partage     (1 Co 7, 32.35)
Vraiment liés à lui avec des liens d’amour.

Pour témoigner de cela, certains peuvent choisir d’aller,
nous dit l’Apôtre, à la suite de Jésus,
jusqu’à renoncer librement, joyeusement, au mariage :
non pour contredire un sacrement et un état de vie
que Dieu bénit et que sa grâce sanctifie ;
mais pour témoigner, dans ce monde qui passe,
que l’homme n’appartient qu’à Dieu.
Et que, toujours selon l’admirable expression de Saint Paul,
le corps est pour le Seigneur
et le Seigneur est pour le corps.     (1 Co 6, 13)

Le mariage signifie cela,
quand en lui tout est ordonné à la quête et à la gloire de Dieu.
La virginité consacrée l’indique, de façon non pas meilleure,
mais plus prophétique encore,
en disant que l’amour de Dieu peut, à lui seul,
épanouir le cœur d’un homme ou d’une femme,
en vue des noces éternelles !
Au royaume des cieux.    (Mt 19, 12)
Mais dans tous les cas,
la Vérité révélée par le Christ est la même.
Créés par Dieu, à son image,
et promis à une vie d’éternité,
nous ne pouvons rien faire de mieux
que de devenir ce que nous sommes.
C'est-à-dire enfants de Dieu.    (Rm 8, 14.16 – 1 Jn 3, 1.3)
« Tu nous as fait pour Toi Seigneur,
dit Saint Augustin,
et notre cœur est sans repos tant
qu’il ne repose en Toi ! »

N’ayons donc pas peur
de nous poser la question fondamentale :
Qu’est-ce qui peut, au mieux, épanouir notre vie, ici-bas
et pourra la combler de bonheur, dans l’Au-delà ?

Si nous sommes disposés à ajouter foi en ses paroles,
la réponse nous est donnée :
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix    (Jn 14, 27)
Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous
et que votre joie soit parfaite.    (15, 11)
Je suis la Lumière du monde …
Croyez en la Lumière
et vous deviendrez des fils de Lumière.    (12, 36)
Celui qui écoute ma parole
et croît en moi a la vie éternelle.    (5, 24)

Frères et sœurs,
que pourrions-nous souhaiter de mieux
que de goûter déjà ;
la Paix en nos âmes ?
La Joie en nos cœurs ?
La Lumière en nos esprits ?
et de savoir que, en adhérant au Christ,
nous sommes déjà passés de la mort à la Vie    (Jn 5, 24; Rm 6, 13)
Alors, toute notre existence
– mariés, non mariés ou consacrés, peu importe ! –
devient une marche vers un bonheur d’éternité.

Prions pour que le Christ,
qui nous enseigne,
nous libère
et nous épanouit,
garde toujours vivant en nous ce désir.
d‘entrer de toute notre plénitude
dans toute la plénitude de Dieu    (Ep 3, 19)
car c’est bien pour ce destin-là qu’Il nous a faits !    (2 Co 5, 5)


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