Jeudi
2 février 2006 - Présentation du Seigneur au Temple
Homélie du Cardinal Jean-Claude Turcotte -
archevêque de Montréal
Fête
de la vie consacrée
Malachie
3, 1-4
Hébreux
2, 14-18
Luc
2, 22-40
La fête de la vie consacrée est spéciale cette
année, puisqu'elle célèbre le dixième
anniversaire de la publication de la longue et importante exhortation
apostolique de Jean-Paul II, intitulée Vita consecrata. Vous connaissez
sans doute les premiers mots de cette exhortation. Je me plais
néanmoins à les citer: « La Vie consacrée,
profondément enracinée dans l'exemple et dans
l'enseignement du Christ Seigneur, est un don de Dieu le Père
à son Église par l'Esprit » .
Don fait à l'Église entière. Don fait à
chacune des Églises répandues dans le monde. Don fait
à l'Église de Montréal, pour lequel je suis
heureux de rendre grâce avec vous aujourd'hui.
Dès le début de l'histoire de Ville-Marie, le don de la
vie religieuse a fleuri. Je pense aux Hospitalières de
Saint-Joseph. Je pense aux filles de Marguerite Bourgeoys et à
celles de Marguerite d'Youville. Je pense aux Récollets, aux
Jésuites, aux Sulpiciens.
C'était le temps des pionniers et des pionnières. Par la
suite, la vie consacrée s'est dévelop-pée et a
porté du fruit. De nouvelles communautés se sont
ajoutées aux anciennes. Plus récem-ment, des Instituts
séculiers et de nombreuses communautés nouvelles se sont
implantés dans le diocèse.
Je me suis informé de la situation actuelle. Le 1er janvier
2004, il y avait dans notre diocèse 5863 religieux et
religieuses, et 131 membres d'Instituts séculiers. Le nombre est
impressionnant, mais un grand nombre de ces personnes sont
âgées. La vie consacrée traverse chez nous une
crise.
Face à une crise, on peut envisager le pire et se
décourager. On peut aussi y faire face avec foi et dans
l'espérance. Jean-Paul II connaissait l'état
précaire et difficile de plusieurs communau-tés
religieuses dans le monde. Il a cependant invité toutes les
communautés à regarder vers l'avant. Il leur a dit:
Vous n'avez pas seulement à vous rappeler et à raconter
une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande
histoire! Regardez vers l'avenir, où l'Esprit vous envoie pour
faire encore avec vous de grandes choses .
Comment continuer « à
construire une grande histoire » ?
La liturgie que nous célébrons apporte quelques
réponses.
En portant en main un cierge allumé, vous venez d'entrer dans le
temple de Dieu et de vous approcher de l'autel, signe du Christ
Jésus. Je vois dans cette marche lumineuse le symbole de votre
vocation. Le Christ vous a un jour rejoints, lui qui est "
lumière pour éclairer les nations païennes ". Il a
parlé à votre cœur. Il vous a appelés. Il vous a
inondés de sa lumière et de son amour. Il vous a
invités à marcher à sa suite. Il vous a
confié la tâche d'être, avec lui, lumière
pour les hommes et les femmes de notre temps. Vous avez répondu
à son appel. Vous avez li-brement choisi de remettre
entièrement votre vie entre ses mains. Vous êtes devenus
des « consacrés », porteurs de lumière.
Comment pouvez-vous être,
aujourd'hui, porteurs de lumière au milieu de nous ?
Comment pouvez-vous l'être
jusqu'au bout de votre voyage sur terre, jusqu'à votre dernier
souffle, comme Jésus l'a lui-même été ?
Laissons-nous éclairer par les lectures que nous venons
d'entendre.
Malachie, le dernier des douze petits prophètes, fait retentir
la parole du Seigneur, en disant:
« … le Seigneur que vous cherchez. Le message de l'Alliance que
vous désirez, le voici qui vient ». Ces mots vous
concernent.
Vous qui avez déjà trouvé le Seigneur puisque vous
vous êtes entièrement donnés à lui, vous
avez encore à le chercher, et toujours à vous approcher
de lui. Et ainsi chaque jour, sans vous lasser. Et sans vous
décourager quand le Seigneur que vous aimez se fait silencieux
et appa-raît inaccessible. La vie consacrée est une longue
marche, un long combat durant lesquels on ne cesse jamais de chercher
la lumière. À certains moments, on la trouve et
l'accueille. Ces mo-ments, souvent fugitifs, sont des dons
précieux et inoubliables qui avivent le désir de chercher
encore.
L'évangile qui a été lu a, lui aussi, beaucoup
à vous dire puisqu'il rappelle que Jésus a
été «consacré au Seigneur ».
Une fois consacré, il n'a vécu que pour son Seigneur, son
Dieu, son Père. Il l'a fait dans une fidélité sans
faille et un amour jamais défaillant.
Cette fidélité a souvent beaucoup exigé de lui et
elle l'a conduit vers la croix.
Dès le tout début, dès l'instant de son
entrée dans le monde, Jésus a consenti à la croix
en reprenant à son compte les mots du psaume 39:
« Tu n'as pas voulu de sacrifices ni d'offrandes, mais tu m'as
fait un corps. […] alors, je t'ai dit: Me voici mon Dieu, je suis venu
pour faire ta volonté . »
Personne ne demeure consacré au Christ et personne n'est
lumière pour le monde avec lui, sans consentir à la croix.
Chers amis, puissiez-vous vivre votre vocation jusqu'au bout, en
demeurant conscients qu'elle est pour vous la plus belle et la plus
féconde, puisque c'est à celle-là que vous avez
été appelés.
Que le Seigneur vous éclaire.
Que le Christ Jésus soit votre
guide et votre soutien.
Que l'Esprit vous habite et qu'il soit
votre force.
Que votre vie porte beaucoup de fruit.
Qu'elle serve à la construction
d'une grande histoire.
Que soient donnés nombreux et
nombreuses à nos Églises des consacrés qui sont
des témoins qui l'inspirent.
AMEN.
© Communion
de Jérusalem