logoDimanche 5 février 2006 - 5e Dimanche du temps ordinaire B
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Quand Jésus entre sous notre toit... »  Saint Marc 1, 29-39


La dernière des sept Lettres aux Églises
du Livre de l’Apocalypse
nous présente Jésus comme celui qui
« se tient à la porte et qui frappe ».    (Ap 3, 20)

À quelle porte Jésus frappe-t-il aujourd’hui ?

Regardons l’Évangile de ce jour.
Dimanche dernier, nous avons vu Jésus entrer dans la ville.
Aujourd’hui nous le voyons entrer dans la maison de Simon.
Aujourd’hui Jésus frappe à la porte de nos maisons ;
il désire visiter nos familles, nos fraternités,
nos amitiés, nos relations.
« Voici que je me tiens à la porte et je frappe » !

Que se passe-t-il quand nous laissons Jésus
entrer dans nos maisons ?
Que s’est-il passé dans la maison de Simon ?
Jésus s’est mis à l’écoute de Simon et de ses proches
qui lui présentent la souffrance bien concrète
qui habitait leur maison.
« Sans plus attendre » raconte l’évangéliste,
« on parle à Jésus de la malade ».    (Mc 1, 31)

Gardons au cœur cette belle expression :
« parler à Jésus de la malade ».
Ensuite, Simon et les siens
conduisent Jésus jusqu’à la malade.
Ils lui permettent de venir toucher la maladie ;
ils ne la cachent pas, ils la lui exposent.
Alors Jésus peut manifester
toute la puissance de son amour,
lui qui est venu dans cette maison
« pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en plénitude ».    (Jn 10, 10)
Il prend la main de la malade,
et fait se lever
celle qui était immobilisée dans sa douleur.
Cette femme, la belle-mère de Pierre,
était prise par la fièvre.
Elle connaissait cet état de « fébrilité »,
comme nous disons,
qui faisait qu’elle était épuisée et sans force.
Jésus, prenant sa main,
a pris sur lui cette fièvre.
« Il a pris nos infirmités
et s’est chargé de nos maladies » dit l’Évangile.    (Mt 8, 17)

Jésus est celui à qui nous pouvons
remettre toutes nos infirmités.
Sa main qu’il nous tend
est une main qui relève,
qui nous remet debout.
Et Marc utilise ici un verbe – se lever –
qui désignera aussi le relèvement ultime de Jésus :
sa résurrection.
Il nous tend la main pour nous ressusciter
comme nous le montre l’icône de la remontée des enfers.

Chers frères et sœurs,
nous voici invités aujourd’hui
à parler à Jésus de nos maladies,
à lui parler de toutes les fièvres
de nos familles, de nos communautés,
de nos amis, de nos relations.

C’est ce que fit Simon,
parlant à Jésus de sa belle-mère.
C’est ce que fit Jaïre.    (Mc 5, 23)
C’est ce que fit la cananéenne
parlant à Jésus de leur enfant ;
c’est ce que fit Monique
parlant à Jésus de son fils Augustin
ou Thérèse parlant à Jésus de son père.

Seigneur, vois ce qui, chez nous et entre nous,
est troublé,
est figé,
est douloureux ;
Viens, toi qui es notre Sauveur,
car nous savons
que nous n’avons pas à en attendre un autre.    (cf Lc 7, 20)
Tu es notre guérison et notre vie …

À Jésus nous pouvons remettre toutes les fièvres
qu’elles soient spirituelles, psychologiques ou physiques,
et souvent les trois sont liées,
comme nous le montre le portrait de Job
que nous avons lu aujourd’hui.

Job est cet homme qui d’un seul coup
s’est retrouvé dans la plus grande misère
familiale et matérielle
et nous le voyons en ce jour
comme un homme
qui ne compte que des nuits de souffrance.
À peine couché, il se dit :
« quand pourrai-je me lever » ?
« Le soir n’en finit pas, dit-il,
je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. »     (Job 7, 1..7)

Et pourquoi ces nuits terribles ?
Parce que Job est rongé par les pensées négatives
habité qu’il est par le sentiment
que la vie est une corvée,
et qu’elle ne peut être que cela.
Il est indéfiniment dans l’attente jamais satisfaite
d’un peu d’ombre, d’un peu de réconfort.

Et qu’y a-t-il au fond de cette souffrance ?
La désespérance.
Job la crie vers Dieu :
« Souviens-toi, Seigneur,
ma vie n’est qu’un souffle,
mes yeux ne verront plus le bonheur. »   

Son corps est meurtri,
son esprit est en proie à toutes les pensées négatives,
son cœur est à la dérive,
incapable de s’ancrer
dans une espérance qui lui redonne vie.

Voilà les fièvres que Jésus prend sur Lui
quand nous-mêmes et nos proches
nous nous laissons saisir par la main.
Dans nos ténèbres intérieures,
sa croix est comme un phare
en une mer sombre et agitée
qui nous fait trouver le salut.
Nous nous découvrons
aimés, portés, bénis
dans notre souffrance elle-même
par le Crucifié qui est venu nous délivrer.

Jésus nous donne la paix,
la vraie paix,
par le Sang de sa Croix.    (cf Col 1, 20)
Il apaise notre « cœur  fiévreux »     (cf Ez 16, 30)
en nous révélant l’Amour du Père.
« Que rien ne te trouble,
que rien ne t’épouvante, tout passe,
écrit Thérèse d’Avila,
Dieu ne change pas.
La patience obtient tout.
Celui qui possède Dieu ne manque de rien.
Dieu seul suffit. »   

Qui d’entre nous pourra dire
la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur
de l’amour du Christ
qui surpasse toute connaissance,    (cf Ep 3, 18-19)
de cet amour dont rien ne peut nous séparer    (cf Rm 8, 39)
pas même la mort.
Car l’amour de Dieu pour nous est inconditionnel.
C’est une folie d’amour qui se déverse sur nous,
et nous savons avec Saint Bernard
que « la mesure de l’amour de Dieu
est de nous aimer sans mesure ».

Aujourd’hui, nous demandons à Jésus de visiter nos maisons.
Quel sera le fruit ultime de cette visite ?
Regardons de nouveau l’Évangile de ce jour :
« La fièvre la quitta et elle les servait ».    (Mc 1, 31)
Quand une maison, une famille, une fraternité, une amitié
est visitée par Jésus,
alors l’amour et le service viennent y régner.
Nous sommes délivrés de nos fièvres
qui nous font nous agiter
et nous préoccuper sans fin de nous-mêmes,
pour devenir capables de servir :
nous faisons l’expérience
de la « nouvelle communion
qui, par le Fils de Dieu fait homme,
est entrée dans l’Histoire ».    (Christi fideles laici, n° 32)

Jésus nous fait passer du « cœur fiévreux »
à la paix de la nouvelle communion
qu’il instaure entre nous.
« Si je vous ai lavé les pieds,
moi le Seigneur et le Maître,
vous aussi vous devez
vous laver les pieds les uns aux autres ».    (Jn 13, 15)
Jésus nous lave,
Jésus nous guérit,
Jésus nous délivre,
pour que nous puissions nous servir mutuellement,
pour que nous soyons
« soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ »,    (Ep 5, 21)
c'est-à-dire dans l’obéissance
à son commandement d’amour.
Le terme de notre libération
ce n’est pas le bien-être,
c’est l’amour.
Aucun « bien-être » centré sur soi
ne pourra jamais nous rendre heureux.
Seul l’amour, le service, le don de soi
constituent notre pleine réalisation,
notre bonheur véritable.

Parmi toutes les formes d’amour,
toutes les manières de servir,
nous pouvons aujourd’hui nommer – et désirer –
une forme éminente d’amour :
nous avons en effet
entendu l’apôtre Paul nous dire que,
« libre à l’égard de tous,
il s’est fait le serviteur de tous ».    (1 Co 9, 19)

De quel service s’agit-il ?
De l’annonce de l’Évangile.
Voilà une forme éminente de charité :
offrir gratuitement l’Évangile
à ceux et celles que nous rencontrons.

« Le Seigneur nous console dans toutes nos tribulations
afin que, par la consolation que nous recevons de Dieu,
nous puissions consoler les autres
en quelque tribulation que ce soit. »    (2 Co 1, 4)
Oui, nous sommes tous appelés
à un ministère de consolation et d’évangélisation !
« Il faut raviver en nous l’élan des origines,
écrivait Jean-Paul II, en nous laissant pénétrer
de l’ardeur de la prédication apostolique
qui a suivi la Pentecôte.
Nous devons revivre en nous
le sentiment enflammé de Paul qui s’exclamait :
"Malheur à moi si je n’annonçais par l’Évangile" »            (Nuovo Millenio Ineunte, n° 40)
Le véritable témoignage rendu à Jésus et à l’évangile
n’est pas du prosélytisme ou de l’endoctrinement,
c’est un service extraordinaire, une charité inouïe,
un ministère merveilleux de consolation et de paix.
Libérés de nos fièvres,
nous deviendrons des témoins de l’amour de Jésus,
et nos familles elle-même
deviendront des familles qui témoignent !
Comme la ville entière était attirée
vers la maison de Simon
parce que Jésus y était présent,
il nous faut désirer que nos maisons, nos fraternités,
deviennent le lieu ou bien des hommes
et des femmes de notre temps
rencontre Jésus vivant !

Voilà ce que nous attendons de la grâce de Jésus !

* * *

Seigneur Jésus,

Toi le Vivant, toi qui est la Vie,

Devant toi :  nos familles, nos fraternités, nos amitiés, nos relations …

Devant toi : toutes nos fièvres physiques, psychologiques et spirituelles …

Viens visiter les corps meurtris, les esprits troublés, les cœurs brisés.

Viens répandre ta Paix par le Sang de ta Croix.

Console qui est seul et sans espérance,
Apaise ce qui est fièvre et colère,
Rassemble ce qui est désuni,
Retisse ce qui est déchiré.

Viens nous conduire dans l’amour et le service.

Instaure entre nous ta Nouvelle Communion qui jaillit de ta résurrection
et fais de tous des témoins joyeux de ton Évangile de lumière et de paix.

Amen


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