logoMercredi 8 février 2006 - 5e semaine du temps ordinaire (B)
Homélie du frère Antoine-Emmanuel

« Veille sur ton cœur ! » - Saint Marc 7, 14-23


La loi, la Loi de Moïse est-elle un don de Dieu ?
Dieu a-t-il voulu des commandements pour l’homme ?
Frères et sœurs, la réponse est : oui !
Et il nous faut aller plus loin :
Nos frères aînés, nos frères juifs croyants et observants
sont pour nous comme des maîtres !

Que nous enseignent-ils ?
Ils nous enseignent une discipline spirituelle,
une discipline touchant le plus concret de la vie,
orientée, guidée par la foi,
par l’obéissance à Dieu et à sa Parole.

Prenons un exemple, celui de l’alimentation :
Un juif fidèle doit veiller avec attention sur ce qu’il mange,
pour obéir à ce que prescrit la Loi.
De fait, le Chapitre XI du Lévitique précise que,
parmi les animaux,
on ne mangera que de ce qui a
le sabot fourchu en deux ongles et qui rumine.
Sont ainsi exclus : la viande du chameau,
du daman, du lièvre et du porc.
Parmi les poissons et ce qui vit dans l’eau,
on ne consommera que ce qui a nageoires et écailles.
Parmi les oiseaux telle espèce est permise,
telle autre exclue.

De tels commandements impliquent,
nous le comprenons,
une grande vigilance pour obéir
à la Loi dans la vie quotidienne.

Tout cela fait qu’il n’y a pas,
pour un juif croyant,
de scission entre la vie quotidienne et la vie de foi.
La foi façonne le quotidien.
Tout est vécu sous le regard de Dieu
et dans l’obéissance à sa Loi.

Frères et sœurs, Jésus a-t-il aboli tout cela ?
Non !  ll a porté toute cette discipline spirituelle
à son accomplissement.
Jésus n’a pas dissocié vie quotidienne et vie de foi,
Il les a parfaitement unies en Lui dans sa vie filiale,
pour les unir en nous,
pour qu’elles soient unies en nous.

Jésus a-t-il aboli la vigilance ?
Certes non !
L’Évangile de ce jour nous le montre.
Il nous faut être vigilant,
il nous faut veiller en prenant exemple sur nos frères juifs.

Sur quoi portera cette vigilance
puisque Jésus « déclare  purs tous les aliments »?    (Mc 7, 19)
Jésus nous invite aujourd’hui à veiller
non sur ce qui entre dans notre bouche,
mais sur ce qui sort de notre cœur.


Comme le juif croyant scrute avec attention
ce qu’il y a dans le plat qui lui est présenté,
nous devons scruter avec attention
ce qui éclot en notre cœur.
C’est la « vigilance du cœur »,
la « nepsis » tant prôné par les Pères.
« Ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui souille l’homme.
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme,
que sortent les pensées mauvaises. »    (Mc 7, 20)
Du cœur de l’homme sortent, littéralement
les réflexions mauvaises,
les calculs inspirés par la malice.
Et Jésus en donne la liste :
pensées de débauche, d’impudicité, d’adultère,
pensées de cupidités, d’envie, de vol.
Pensées de diffamation, de méchanceté, de meurtre.
Pensées de frénésie, de ruse, d’orgueil.
Voilà les pensées mauvaises
qui montent de nos cœurs
désorientés par le péché originel.

Jésus nous invite aujourd’hui à veiller,
à veiller sur notre cœur,
à veiller sur nos pensées.

Mais comment veiller ?

Retenons, si vous le voulez, ce soir,
quelques réponses à cette question,
sept conseils succincts pour la vigilance du cœur.

1.    Le premier est de reconnaître que nous ne sommes à l’abri d’aucune de ces pensées.
« Pécheur ma mère m’a conçu » dit justement David.    (Ps 50 (51))

2.    Le deuxième est d’alimenter quotidiennement notre cœur avec la Parole de Dieu,
pour que de notre cœur, habité et guéri par la Parole, germent la paix et la joie de Dieu.

3.    Le troisième est de reconnaître, de nommer et d’éteindre la moindre petite pensée mauvaise.
Il est facile d’éteindre une petite flamme, il est très laborieux d’éteindre un grand incendie …

4.    Le quatrième conseil est de ne pas lutter avec nos seules forces et notre seul zèle.
« J’oppose mon lieu fort à l’agresseur » dit le psaume.    (Ps 8)
Et quel est-il notre lieu « fort » ?
C’est le nom de Jésus, invoqué en nous-mêmes, c’est sa croix dont nous pouvons nous signer.

5.    Le cinquième est d’apprendre à vivre ainsi sous le regard du Père
lui présentant tout ce que nous vivons en nous-mêmes,
gardant en nos cœurs un repentir fervent et sincère.

6.    Le sixième conseil est de s’aider de la confession.
« Plus on cache ses pensées, dit Abba Poesmen,
plus elles deviennent nombreuses et fortes.
C’est comme un serpent : sorti de son trou, il s’enfuit aussitôt.
Ainsi la mauvaise pensée s’en va dès qu’on la montre.
Mais si on la cache, c’est comme un ver dans le bois, elle détruit le cœur. »   

7.    Le dernier conseil est de nous constituer une hygiène de vie qui préserve la paix du cœur :
il s’agit d’avoir de la mesure en toutes choses, de jeûner avec humilité,
de se garder de tout ce qui trouble le cœur, en particulier sur internet,
et surtout d’exercer très concrètement la charité.

Voilà sept conseils …

À ceci s’ajoute une aide merveilleuse, incomparable,
que nous pouvons accueillir dès ce soir :
celle d’offrir notre cœur à l’Esprit Saint
et de le confier entièrement à Marie.
C’est une forme de mort à nous-mêmes,
de mort au cœur fiévreux, au cœur rebelle,
pour ressusciter cœur filial, cœur joyeux, coeur libre uni au cœur de Jésus.


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