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Homélie de Alain Faubert, ptre

« Ouvre-toi ! »  Marc 7, 31-37


En lisant, en méditant l’Évangile de ce jour, je vous avoue que j’ai assez vite pensé à une pub qui passe à la télé ces jours-ci : une voiture rutilante roule dans le désert, sur son passage les cactus fleurissent; elle arrive en ville, tous les feux de circulation s’allument comme des sapins de Noël, comme surchargés d’électricité. La voiture passe devant un stand de pop corn, tout le maïs éclate et il pleut du pop corn sur la ville. La voiture s’éloigne enfin… suivie d’une foule de petites voiturettes électriques, comme entraînées dans son sillage.

« Tout ce qu’il fait est admirable », voilà ce qu’on dit de Jésus. Partout où il passe, la vie s’allume. Le voilà aujourd’hui en territoire de Décapole, hors des frontières d’Israël. En contact avec des gens d’origines diverses, en pleine pâte humaine, avec ses métissages, ses amalgames, ses croyances bigarrées.

Jésus n’a pas peur d’aller au-devant du monde pour porter la Vie. C’est pour cela qu’il est sorti… sorti de Capharnaüm où il avait résidence… sorti du sein du Père qui l’envoie porter au monde cette immense Bonne Nouvelle : Dieu se fait proche de vous, son règne est à portée de cœur. Joie pour tous les lointains, vie pour les morts et les désespérés, guérison pour les malades, les abandonnés, les exclus.

À ce sourd-muet qu’on lui amène, Jésus dit « Effata », « Ouvre-toi ». Il me semble que la vie de Jésus est résumée par cette petite phrase. Il me semble qu’on peut comprendre tout le sens de son activité, de sa mission sur terre, à partir de ces deux petits mots.

« Ouvre-toi »: J’entends cette parole silencieuse dans la nuit de Noël. Et c’est le ciel qui s’ouvre, le ciel qui se déchire; le Verbe se fait chair… ciel et terre communiquent enfin.

« Ouvre-toi », c’est aussi un peu comme ce cri que Jésus lance au début de son ministère public : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle »… oui, ouvre-toi à l’amour inespéré du Dieu proche.

« Ouvre-toi », c’est vrai jusque sur la Croix… son cœur ouvert que tous peuvent contempler est aussi une Parole silencieuse; la miséricorde et le pardon s’en écoulent . Ouvre-toi à cet amour immense : Dieu qui ne pouvait pas mourir accepte de mourir, non pas seulement pour les justes, mais pour tous les pécheurs.

« Ouvre-toi », c’est aussi une parole du Seigneur adressée au tombeau, au matin de Pâques. Dieu parle et dit : « Ouvre-toi, toi, la mort corporelle, laisse désormais jaillir la vie éternelle. Ouvre-toi, toi, la souffrance, éclate d’une présence que tu ne peux pas contenir ! » Claudel disait : «Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence.»

Mais « ouvre-toi », c’est aussi une parole qui nous est adressée aujourd’hui. « Ouvre-toi, mon frère, ma sœur, à cette présence du Seigneur là où tu ne penserais pas qu’on puisse le trouver. Cette présence qui ne supprime pas la souffrance, ne l’explique même pas. Et qui pourtant change tout.

« Ouvre-toi », Jésus est cette simple Parole que Dieu nous adresse; il est la brèche que Dieu fait dans tous nos désespoirs, dans toutes nos morts. « Ouvre-toi »… c’est Dieu qui nous parle à tous. Voilà son espoir pour chacun de nous, quelle que soit notre condition. Pas étonnant qu’on se serve des ces mots au baptême : « Effata », c’est tout un programme de vie. Est-ce que quelqu’un ici a fini de « s’effatiser », de s’ouvrir?

Jésus, en tout cas, n’a pas fini de nous provoquer à nous ouvrir. Parce qu’il est un passionné de vie. Il veut remettre l’humanité debout, non seulement dans son corps, mais aussi dans son âme. Il veut rendre à l’être humain sa capacité originelle d’accueillir une vie en plénitude, une vie qui ne finit pas. Une vie qui ne finit pas de se déployer, de porter du fruit.

Le sourd-muet qui était isolé, le voilà désormais de retour dans la société des hommes, capable d’échanger, de communiquer, de comprendre, d’ouvrir sa curiosité à des sonorités nouvelles. Le voilà prêt aussi à entendre le murmure de Dieu, qui est là, discret. Et sa bouche, sa langue déliée vont pouvoir lui rendre gloire.

Jésus guérit le sourd-muet. Mais je vous soumets que ce n’est pas la seule guérison dans l’Évangile qu’on vient de lire. Ceux qui amènent le sourd-muet à Jésus, est-ce qu’ils ne sont pas guéris eux aussi? Jésus fait parler un muet. Mais il fait aussi parler ces muets qu’ils étaient. Et ils deviennent témoins de l’action merveilleuse de Dieu. Au point qu’ils sont intarissables. Jésus lui-même ne peut plus les arrêter.

Les voilà comme affermis dans leur foi… encore que cette foi soit naissante, qu’elle se soit manifestée d’abord de manière boiteuse dans la demande de guérison de leur ami.  Mais c’est déjà une foi véritable qui grandit… et qui devient contagieuse, au point qu’après Pâques, cette foi des disciples va devenir elle-même porteuse de guérison, de vie nouvelle. Je pense que Jésus veut nous guérir jusque là : nous passer sa vie au point de faire de nous des passeurs de vie. On n’est guéri qu’à moitié quand on ne se considère guéri que pour soi.

«Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c'est le Verbe, la Parole de la vie.» Tout ceci, nous vous l’annonçons, cette vie, nous vous la communiquons, pour votre joie, pour notre joie.

La Vie s’est manifestée. Elle se manifeste encore aujourd’hui. La foi nous ouvre les yeux et les oreilles. Elle nous ouvre à la vie; elle nous ouvre à la présence agissante du Seigneur. Elle fait de nous des vivants, à la suite de Jésus, le grand Vivant.

La vie de Jésus, le mystère de sa personne, est-ce que ce n’est pas sa propre ouverture à Dieu, sa foi en son Père, sa confiance absolue, sa disponibilité à sa volonté? L’Évangile mentionne que Jésus a guéri le sourd-muet en ayant «Les yeux levés aux ciels…» Jésus est tout disponible à l’action de Dieu, dans et à travers son humanité.

Mais la question demeure : Est-ce qu’on n’a pas besoin nous-mêmes d’entendre encore Jésus nous redire Effata?

Est-ce que nous sommes suffisamment ouverts nous-mêmes pour amener à Jésus nos amis malades, pour le prier de les guérir, et de leur donner l’espérance de la Vie véritable?

Est-ce que nous sommes suffisamment ouverts nous-mêmes pour devenir à notre tour passeurs de vie? Pour qu’à travers nous, dans la puissance de l’Esprit, le nom, c’est-à-dire la personne même de Jésus Christ et Seigneur, relève et sauve, remette toute humanité debout; ouvre toute oreille pour entendre, et tous les yeux pour voir; pour que toute bouche puisse proclamer : « tout ce qu’il fait est admirable. » La vie s’allume sur son passage !



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