logoMercredi 15 février 2006
Homélie du père Gérard Busque, s.s.s.

« Le chemin vers la lumière » - Marc 8, 22-26


Avant de commencer à méditer cette scène de l’évangile de Saint Marc je voudrais que nous nous rappelions ce qui compte, pour lui, dans sa façon d’écrire son Évangile. Ce qui est important pour lui, c’est ce que nous pourrions appeler « l’évangile intérieur », la progression de la foi, la progression de la découverte de la personne de Jésus…

Ce livre apparemment naïf est l’œuvre d’un apôtre qui veut conduire ses auditeurs à se  poser des questions pour aboutir  à la foi en Jésus. N’oublions pas que nous avons, dans ce récit quelque chose de la prédication de Pierre à Rome : il se souvient de son propre itinéraire intérieur, lui qui est passé de l’inintelligence à la foi, de l’aveuglement à la lumière. Et Pierre prêche à des catéchumènes, à qui il propose le même itinéraire spirituel.

Pierre se souvient de « faits historiques ». Ils sont même contraignants pour lui. Mais il faut redire que ce qui compte pour Pierre, et donc pour Marc, ce n’est pas surtout l’historicité concrète des détails matériels et des mots de Jésus (comme s’ils avaient été enregistrés au magnétophone) c’est la signification intérieure pour la foi. Et donc, ces récits nous concernent , nous aujourd’hui encore.

Jésus et ses disciples venaient d’arriver à Bethaide. On lui amène un aveugle. Prenant la main de l’aveugle, Jésus le conduisit hors du village…

Voilà justement un détail concret, tellement vraisemblable. Oui, il faut conduire les aveugles par la main.  Représentons nous un instant cette scène…. La main de l’aveugle dans la main de Jésus.  Un geste humain  tout simple. Quelle espérance il a dû suscité dans le cœur de l’aveugle, tandis qu’ils marchaient tous les deux, main dans la main.

Il lui mit de la salive sur les yeux. Il lui imposait les mains.

Ce sont  les gestes mêmes qu’on faisait, du temps de Saint Pierre sur les catéchumènes, pour les conduire des ténèbres de l’incroyance à l’illumination de la foi. Il nous faut rapprocher ce miracle de celui de la guérison du sourd-muet, raconté vendredi dernier. Marc pense évidemment au « baptême » : les gestes de ces deux miracles sont des gestes « liturgiques » et par ces gestes  du Christ, l’homme est guéri dans tout son être. Les trois « sens » importants qui font communiquer l’homme avec le monde et avec ses frères, sont restitués, renouvelés. Le sens de l’écoute, le sens de la parole et le sens de la vue.

Voilà ce que fait la foi en nous aujourd’hui! Le Baptême nous ouvre à un univers nouveau, totalement transformé de l’intérieur : nous devenons capables d’entendre Dieu qui nous parle à travers les événements et à travers la parole de nos frères, nous devenons capables de voir Dieu à l’œuvre au cœur de nos vies et de la vie du monde, nous devenons capables d’en parler… Ce soir, rendons grâce à Dieu pour cette grâce de mon baptême…

L’homme commençait à voir. Ensuite Jésus lui imposa les mains sur les yeux une deuxième fois…

Marc insiste, évidemment sur cette guérison en deux temps, cette guérison quasi difficile, qui ne se fait que progressivement ! voilà encore un de ces détails qui ne s’inventent pas. Marc, à travers ce détail historique, voit la lenteur du cheminement vers la foi pleine.  Aujourd’hui encore, nous avançons lentement sur ce chemin et nous restons demi-aveugles longtemps. Ouvre nos yeux, Seigneur.

Amen
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