logoJeudi 16 février 2006 - Messe du mystère de la Croix du Christ
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Le coût de l’amour » - Marc 8, 27-33


En méditant ensemble l’Évangile de ce jour,
nous pouvons remercier profondément l’apôtre Pierre ;
le remercier pour sa grande sincérité.

Sa sincérité d’abord dans sa proclamation :
« Tu es le Messie ! »    (Mt 16, 16)
« Toi, Jésus, l’artisan de Nazareth,
toi qui te fais proche des petits et des malades et qui proclame heureux les pauvres de cœur,
c’est toi le Messie d’Israël,
et nous n’avons pas à en attendre un autre ! »
Belle franchise de Pierre qui donne voix
à ce que le Père lui a révélé au fond de son cœur
par le souffle discret de l’Esprit.    (cf Mt 16, 17)

Mais Pierre va de nouveau exprimer sa franchise quelques instants plus tard.
Jésus en effet ne veut pas laisser ses apôtres
dans l’idée fausse d’un messie qui triompherait par les richesses,
la puissance ou les prodiges.
« Il faut, dit-il, que le Fils de l’Homme souffre beaucoup,
qu’Il soit rejeté, (…) et tué,
et après trois jours, qu’il ressuscite.  »    (Mc 8, 31)

En d’autres termes, il faut que je traverse,
il faut que nous traversions, un échec,
une défaite comprenant souffrance,
humiliation et dérisions.
Le Salut passe par la croix.
Le Salut d’Israël et du monde entier ne peut exister sans la croix.
Votre propre Salut ne peut advenir sans la croix.
Il n’y a pas de Salut sans souffrance,
il n’y a pas d’amour sans souffrance.

À ceci Pierre réagit.
immédiatement,
et violemment !
Il fait à Jésus de vifs reproches nous dit saint Marc.
Saint Matthieu précise :
« Pierre se mit à lui faire des reproches et dit :
'Que (Dieu) te soit favorable, Seigneur !
Non ! cela ne t’arrivera pas !' »    (Mt 16, 32)

Nous connaissons bien la réplique de Jésus
qui fait comprendre à Pierre
que ses idées ne sont pas de Dieu, mais des hommes,
et, pis encore, qu’elles sont pour Jésus
comme une tentation diabolique.
Selon Pierre, en effet,
si Jésus doit connaître la souffrance dans l’amour,
c’est que Dieu ne lui aura pas été favorable.
Si tu souffres,
c’est que Dieu te rejette, qu’Il ne t’aime pas …
Voilà ce dont Satan a cherché à persuader Jésus
par tous les moyens.

* * *

Frères et sœurs,
oui, nous pouvons remercier Pierre,
car par sa franchise,
il dévoile les sentiments identiques
qui sont en nous tous.
Nous sommes souvent prêts à donner notre « corps »,
c'est-à-dire à donner
notre bonne volonté, notre énergie, notre temps …
mais sommes-nous prêts à donner notre « sang » ?
Pierre, lui, ne l’était pas.
Et même quand il affirma vouloir suivre Jésus
quitte à en mourir,
il dût rapidement pleurer
son inconstance et son reniement.    (Jn 13, 37)

Oui, que l’amour ait pour coût la souffrance nous répugne.
Même Jésus lui-même dût lutter intérieurement
versant des larmes de sang à Gethsémani.    (Lc 22, 44)
Mais il s’abandonna au Père.
Il se remit entièrement à la volonté du Père
avec « un grand cri et des larmes ».    (Hé 5, 7)

Il nous faut regarder Jésus.
Il nous faut contempler son amour souffrant et crucifié
qui le conduit dans la Gloire du Père.
« Cela a fait mal à Jésus de nous aimer
disait Mère Térésa, oui, cela lui a fait mal. »  (Message aux jeunes, Dallas 1992)
L’ayant regardé, nous pouvons alors déposer en son cœur
notre dégoût, notre résistance, notre colère peut-être
face à la souffrance que nous coûte l’amour.

Je te confie, Jésus,
la souffrance que me coûte ma fidélité
dans la vie conjugale, familiale, amicale, communautaire.
Je te confie, Jésus,
la souffrance qui me vient de ma vocation
à t’annoncer, à te servir, à t’aimer.
Je te confie, Jésus,
la souffrance que me coûte
le pardon des offenses que j’ai reçues.

Oui, ce soir, confions à Jésus
la « croix » que nous portons.
Il s’agit d’accueillir Jésus dans notre souffrance,
de le laisser venir là où paradoxalement,
nous voudrions être nous-mêmes notre propre sauveur.
Alors, une fois désappropriés et vraiment pauvres de cœur,
nous pouvons entendre ce que Paul
confessa de manière extraordinaire :
« Je suis crucifié avec le Christ. »    (Gal 2, 19)

Oui, je souffre,
mais ma souffrance
est inséparable de celle de Jésus.
C’est une unique offrande à laquelle je participe.
Une même obéissance,
une même confiance
dans laquelle je me laisse attirer.
Et c’est la même résurrection
dont je perçois les prémices.
C’est la même résurrection qui m’attend,
et qui attend ceux avec qui et pour qui je souffre.

Nous voici alors très pauvres
devant Dieu et devant les hommes,
mais si riches d’être et de demeurer dans l’amour.

Voilà ce que l’Eucharistie
nous offre de vivre quotidiennement
recevant en nous le Corps et le Sang
de Jésus crucifié et glorifié
pour pouvoir, nous aussi, donner,
chaque jours davantage,
notre corps,
mais aussi notre sang.


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