Vendredi
24 février 2006
Homélie du père Gérard Busque,
s.s.s.
«
Le secret de la fidélité
» - Marc 10, 1-12
Depuis quelques jours Saint Marc nous livre des enseignements de
jésus sur les problèmes brûlant de la vie
chrétienne. Hier il nous parlait d’avoir entre nous le sel d’une
vraie vie fraternelle, faite de services réciproques,
d’attention aux autres. Ce soir il nous donne l’enseignement de
Jésus sur le mariage et la fidélité des
époux l’un envers l’autre.
Des pharisiens lui posent une question insidieuse et étonnante
de leur part, puisque cette « permission » était
prévue par Moise ( Deut 24/11 : est-il permis à un mari
de renvoyer sa femme ?
Dans le contexte de la société juive de son temps ou le
divorce était légal, la réponse de Jésus va
prendre un relief d’autant plus saisissant.
« C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moise a
formulé cette loi. »
Jésus établit, ici, une distinction extrêmement
importante. La loi du Deutéronome n’est pas un commandement,
mais une permission concédée par Moise de mauvaise
grâce parce qu’il n’y a pas moyen de faire autrement,
« à cause de votre dureté de cœur. »
Mais cette dispense n’abolit pas, pour Jésus, le dessein initial
du Créateur sur le couple:
Mais au commencement du monde, quand
Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme. C’est
pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il
s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu’un. Ainsi, ils
ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que
l’homme ne le sépare pas.
Jésus rappelle que Dieu a créé l’homme et la femme
complémentaire. Et c’est lui qui met l’amour vrai dans leur
cœur, un amour si fort qui les pousse l’un vers l’autre au point que
les deux quittent leur père et leur mère, s’attachent
l’un à l’autre et ne veulent plus que faire un. Ils
rompent avec le passé pour fonder une autre famille. Et leur vœu
le plus profond c’est que leur amour dure toujours.
Dans notre monde ou un mariage sur deux est rompu, ou un
très grand nombre jeunes adultes préfèrent
vivre ensemble sans s’engager dans le mariage, il existe encore
des couples qui vivent le rêve de Dieu, des mariages qui
tiennent contre vents et marées. Voici un témoignage qui
nous livre le secret de leur fidélité. Ce récit
m’a été remis par une personne qui fréquente le
sanctuaire. Il est extrait du livre de Sœur Emmanuel, de la
communauté des Béatitudes, intitulé : Medjugorje,
les années 90. (Éditions des Béatidues, juin 2002,
p. 354-356). Je l’ai fait lire par une religieuse croate avec qui
j’étudie. Elle m’a confirmé que dans son pays la
tradition existe toujours.
Un mariage qui tient contre vents et
marées, ça existe encore ?
Ça existera toujours. Dans la ville de Siroki Bricg (à 30
km dc Medjugo~e), les registres de la Paroisse rapportent que parmi les
13 000 fidèles, on ne compte pas un seul divorce. De
mémoire
d'homme, pas une seule famille n'a éclatée.
L'Herzégovine jouit ellc d’une faveur exceptionnelle de la part
du Ciel ? Les mariés prononcent ils une formule secrète
au cours de la cérémonie ? Existe t-il un truc magique
qui éloignerait d'eux le démon de la division ?
La réponse est tellement plus simple que tout cela ! Durant dcs
siècles, ces populations ont cruellement souffert car on voulait
arracher leur foi chrétienne et rayer de la carte le
précieux nom de Notre Seigneur Jésus Christ, mort sur la
croix et ressuscité pour ouvrir aux hommes les portes de la Vie
Éternelle. Ils savent par expérience que leur salut vient
de la Croix du Christ. Le Salut ne vient pas des Casques Bleus, des
projets de désarmement, de l'aide humanitaire, des
traités de paix ou des clauses de l'ONU; même si parfois
ces réalités servent de canaux pour quelques bienfaits.
La source de Salut, c'est la Croix du Christ ! Ces gens ont
l'intelligence des pauvres, cette belle sagesse qui consiste à
ne pas se laisser tromper lorsqu'il s'agit de la vie ou de la mort.
C'est pourquoi, ils ont indissociablement lié le mariage
à la Croix du Christ : un mariage qui donne la vie
humaine, sur la Croix qui donne la vie divine.
La tradition croate du mariage est si belle découverte par les
pèlerins de Medjugorje qu'elle commence à
faire école en Europe et même en Amérique!
Lorsqu'un jeune se prépare au mariage, on ne lui raconte pas
qu'il a trouvé la personne idéale, le meilleur parti. Non
! Que dit le prêtre ? «Tu as trouvé ta croix. Et
c'est une croix à aimer, une croix à porter, une croix
qu'il ne faudra pas jeter mais chérir. » Ces paroles
prononcées dans une paroisse de France laisseraient le
fiancé muet de stupeur. Mais en Herzégovine, la Croix
évoque le plus grand amour, et le crucifix est le trésor
de la maison.
Le père Jozo explique souvent aux pèlerins que dans son
pays, lorsque les fiancés se rendent à
l'église, ils apportent avec eux un crucifix. Ce crucifix est
béni par le prêtre, et au cours de l'échange des
consentements il revêt une importance centrale.
En effet, la fiancée pose sa main droite sur la croix; à
son tour, le fiancé pose la sienne sur celle de sa
fiancée, et les deux mains se trouvent ainsi réunies sur
la croix, fondées sur la croix. Le prêtre pose alors son
étole sur leurs mains. Ils prononcent alors leurs consentements
et se promettent fidélité selon le rite classique
proposé par l’Église. Après cela, les
mariés ne s’embrassent pas, mais ils embrassent la croix. Ils
savent qu’ils embrassent ainsi la source de l’amour. Celui qui
s’approche et voit leurs deux mains étendues sur la croix
comprend que si le mari abandonne sa femme ou que la femme abandonne
son mari, alors c’est la croix qu’ils lâchent. Et lorsqu’on a
lâché la croix, il ne reste rien, on a tout perdu, car on
a lâché Jésus, on a perdu Jésus.
Après la cérémonie, les mariés rapportent
ce crucifix et lui donnent une place d’honneur dans la maison. Il
deviendra le centre de la prière familiale, car ils ont la
conviction que la famille est née de la croix. Si un
problème survient, si un conflit éclate, c’est devant
cette croix que les époux viennent trouver secours. Ils n’iront
pas chez un avocat, ils ne consulteront pas un diseur de bonne aventure
ou un astrologue. Ils ne compteront pas sur un psychologue ou un
conseiller pour régler leurs affaires. Non, ils iront devant leur Jésus, devant la croix.
Ils se mettront à genoux, et c’est devant Jésus qu’ils
verseront leurs larmes, qu’ils crieront leur souffrance et surtout
échangeront leur pardon. Ils ne s’endormiront pas avec un poids
sur le cœur, car ils auront eu recours à leur Jésus, au Seul qui a la
puissance de sauver.
Ils apprendront à leurs enfants à embrasser la croix
chaque jour et à ne pas se coucher comme des paiens sans avoir
remercié Jésus. Pour les enfants, aussi loin qu’ils s’en
souviennent, Jésus est l’ami de la famille, que l’on respecte et
que l’on embrasse. Ces enfants ne reçoivent pas de «
nounours » à étreindre durant la nuit pour se tenir
en sécurité. Mais ils disent « bonne nuit
» à Jésus et embrassent la croix. Ils
s’endorment avec Jésus, pas avec une peluche. Ils savent que
Jésus les garde dans ses bras et qu’ils n’ont rien à
craindre, leurs peurs s’éteignent dans le baiser de Jésus.
Dans notre eucharistie,
bénissons le Père pour tous les couples qui ont
découvert le secret de leur fidélité, la croix de
Jésus et prions pour tous ceux qui ne connaissent pas encore la
source de leur amour. Amen.
© Communion
de Jérusalem