logoMercredi 1er mars 2006 - Mercredi des Cendres 2006
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Revenez à moi de tout votre coeur » - Matthieu 6, 1-18


« Revenez à moi de tout votre cœur ! »    (Jl 2, 12)
Frères et sœurs, avez-vous entendu ce cri de Dieu ?
Comme le cri d’un père ou d’une mère
qui appelle son enfant
qui s’en est allé au loin, trop loin !

« Revenez à moi de tout votre cœur ! »
Il y a dans ce cri toute la Passion de Dieu ;
Il y a toute la Passion de Jésus
qui est descendu au plus bas
pour que pas un seul des enfants du Père ne soit perdu.

« Revenez à moi »,
retournez à moi « de tout votre cœur ! »
Aujour’hui ce cri de Dieu est relayé
en toute obéissance par l’Église qui proclame :
« Nous vous en supplions au nom du Christ :
laissez-vous réconcilier avec (le Père) ».    (Ep 5, 20)

* * *

Ensemble frères et sœurs,
nous découvrons qu’en ce jour,
qu’en cet instant
nous sommes recherchés,
nous sommes désirés,
attendus par Dieu Lui-même.

Nous découvrons que tout homme, toute femme
est attendu et désiré par Dieu.
« Revenez à moi de tout votre cœur ! »

C’est donc l’heure de partir,
de nous mettre en marche
puisque l’Amour nous appelle.
C’est ce que Benoît XVI nous dit
dans sa si belle lettre pour le Carême  :
« Le Carême est le temps privilégié
du pèlerinage intérieur. »

À partir de ce soir,
nous voici tous pèlerins,
engagés ensemble sur une route nouvelle,
celle de ce Carême 2006
où surgira l’inattendu de Dieu.

Ce pèlerinage, nous dit Benoît XVI,
est un pèlerinage intérieur.
Il s’agit de revenir à Dieu
« de tout votre cœur ! ».
Il nous faudra descendre dans notre cœur
et le remettre tout entier
à la Miséricorde de Dieu.
Le Prophète Joël nous invite aujourd’hui
à déchirer non pas nos vêtements,
mais bien notre cœur,
à en déchirer toutes les protections
pour nous rendre vulnérables
devant l’Amour de Dieu.
Avec David, nous l’avons chanté :
« Ô Dieu, créé pour moi un cœur pur. »    (Ps 51 (50), 12)

Que le Seigneur Lui-même nous garde
de nous satisfaire d’un Carême
fait de ritualisme et d’ascèse purement extérieurs.
C’est notre vie que nous jouons, rien de moins,
parce que c’est notre vie
que le Seigneur veut sanctifier.

C’est donc de tout notre cœur
que nous nous insérons
dans la grande caravane de l’Église pénitente
qui se met en marche.

Mais où allons-nous ?
Quel est le terme de notre marche ?

Le Pape nous le dit clairement :
« Le Carême est le temps privilégié
du pèlerinage intérieur
vers Celui qui est la Source de la Miséricorde. »
Et il ajoute :
« C’est un pèlerinage (…)
vers la joie profonde de Pâques. »

Nous ne sommes pas pèlerins vers un lieu,
vers un sanctuaire de pierres,
nous somme pèlerins vers Quelqu’un,
nous sommes pèlerins vers le Père,
en qui nous allons redécouvrir
« la source de la Miséricorde ».
Ensemble nous allons boire à la Source,
à cette Source de l’Amour
qui a tellement soif d’être bue.

Nous allons « puiser dans la joie
aux sources du Salut. »    (cf Is 12, 3)
Alors, nos soifs cachées qui nous font tant souffrir
vont être désaltérées,
et nous connaîtrons la joie profonde de Pâques.
Les quarante jours nous sont donnés
pour nous préparer à la joie,
ce seront quarante jours sans joie ?
Non ! Ce seront quarante jours de joyeuse pénitence
déjà illuminés par la joie de la Résurrection.

* * *

Frères et sœurs, sans aucun doute
Dieu nous appelle à un nouveau départ,
et le terme de la route est certainement
un terme de lumière inouïe.
La question est de savoir
si nous voulons effectivement partir ?
Avons-nous le courage de nous mettre en route,
et donc de perdre un certain équilibre de vie intérieure
auquel nous nous sommes, bon gré, mal gré, habitués ?

Nous avons tous nos petites sécurités
qui nous rassurent devant le mystère de Dieu.
Je crois que le Seigneur nous appelle à aller au-delà,
mettant notre confiance en Lui,
et non pas en ce qui nous rassure aujourd’hui.
Que notre rassurance ne soit pas
dans nos prières récitées,
nos lectures pieuses
ou nos pratiques de piété.
Que notre rassurance devant Dieu
ne soit pas non plus dans notre savoir ou notre science …
Qu’elle ne soit pas plus dans notre rôle ou dans nos œuvres …

Il s’agit d’aller au-delà,
de consentir à l’inattendu de Dieu,
à l’inconnaissable de Dieu.
Il s’agit de marcher de jour mais aussi de nuit
comme le peuple hébreu
qui n’avait d’autre rassurance
que le Présence de Dieu dans la Nuée.
Il s’agit de consentir au silence
sans vouloir le remplir de piété ou de discours.
Il s’agit de consentir au repentir,
au cœur qui se brise,
sans vouloir le couvrir de justifications ou de négociations.

D’une certaine manière,
c’est l’heure de « libérer Dieu » en nous !
Saint Paul nous le dit à sa manière :
« Laissez-vous réconcilier avec Dieu ».    (2 Co 5, 20)
Laissez Dieu œuvrer en vous
pour retisser ce que vous avez déchiré
et vous donner une beauté
que vous ne sauriez pas même désirer.

L’Église y fait écho en nous donnant aujourd’hui
dans l’acclamation à l’Évangile
ces paroles du Psaume 79 :
« Fais-nous revenir à toi Seigneur ».    (Ps 79, 8)

Seigneur, c’est toi qui va nous faire revenir !
C’est toi qui va nous réconcilier !

* * *

Frères et sœurs, prenons ensemble la route,
cette route dont le Pape nous dit
qu’elle consiste à cheminer
« à travers le désert de notre pauvreté. »

Oui, nous allons rencontrer
des pierre, des dunes,
peut-être des précipices,
sans doute une vraie aridité,
un sol stérile,
des plantes brûlées par le soleil
et même des animaux sauvages.

Il nous faudra traverser tout cela,
pour découvrir jusqu’à en être émerveillés aux larmes,
que nulle part nous y sommes seuls ;
pour comprendre qu’aucun lieu en nous
ne répugne à l’amour de Dieu.
Notre désert est habité,
et les bêtes sauvages
que sont les passions, les tentations et les vices
ne nous trouveront pas seuls,
mais accompagnés par Jésus
qui combat avec nous
et sera vainqueur en nous.
Ce qui compte dans le désert
c’est de jamais nous éloigner du Seigneur,
en demeurant incessamment à l’écoute de sa Parole.
C’est la Parole de Dieu
qui va nous guider, jour après jour.

Notre Carême sera vrai et fécond
si chaque jour nous prenons le temps
de méditer en profondeur
les textes que l’Église nous donne.
C’est l’obéissance quotidienne à la Parole
qui va nous conduire de manière certaine
vers la « joie profonde de Pâques ».
Pour reprendre les termes de Saint Benoît,
c’est « le labeur de l’obéissance qui nous ramène
à Celui dont nous avait éloigné
la lâcheté de la désobéissance ».    (Règle, Prologue)

C’est ainsi que dès aujourd’hui,
nous voulons ensemble obéir
à ce que Jésus nous dit dans l’Évangile.

Comment cela ?

En bannissant toute trace d’hypocrisie religieuse en nous.
Notre vie chrétienne est-elle empreinte
d’un peu de recherche de gloire humaine ?
Nommons clairement cette hypocrisie
et brisons-la contre la Croix de Jésus !

Alors nous pourrons pendant ce Carême
goûter la récompense du Père
et notre cœur en sera réjoui et illuminé !

Le désir de revenir eu Père,
le désir de goûter son Amour
nous stimulera alors sur le triple chemin
de l’aurore de la prière et du jeûne
qui nous rendront plus pauvres
devant Dieu,
devant les autres
et devant nous-mêmes.
Plus pauvres et donc plus libres pour marcher,
pour monter résolument avec Jésus
vers la Jérusalem de sa Pâques.

* * *

Frères et sœurs, voici venu le temps favorable :
le temps béni où, disons-le,
Dieu Lui-même se met en pèlerinage intérieur
pour te chercher et te combler de sa tendresse.
Te lèveras-tu tout à l’heure pour dire oui à cette route
reconnaissant que tu es cendre,
mais que tu crois en la résurrection dans ta chair
et que tu veux en vivre ?


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