Samedi
4 mars 2006
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
Viens, suis moi
» - Luc 5, 27-32
Dans une église de Rome, Saint Louis des Français,
se trouve un magnifique tableau du Caravage
qui représente la scène évangélique dont
nous venons d’entendre le récit.
Lévi est dans une sorte de cave, un bas fond obscur
occupé à ses affaires bien troubles.
Jésus le regarde, le désigne, l’appelle
et le tableau est tel que la présence de Jésus
est inséparable de la lumière.
Le tableau laisse deviner la voix de Jésus
qui lui dit : « suis-moi ».
Viens Lévi,
Je viens te chercher dans tes obscurités.
Aujourd’hui, je t’appelle
pour que nous marchions ensemble
sur la voie de l’amour,
moi avec toi,
toi avec moi.

Frères et sœurs, voilà ce que fait Jésus,
Il vient nous appeler pour
que nous prenions la route de l’amour,
la route de son Amour.
Voilà ce qu’Il fit pour Lévi
Voilà ce qu’Il fait aujourd’hui
comme nous l’illustre le témoignage suivant.
Le Père Émilien Tardif raconte
que lors d’une messe pour les malades,
il reçut dans son cœur une parole de connaissance
selon laquelle le Seigneur était en train de guérir
une femme qui en ce moment-même
ressentait une grande chaleur dans le ventre.
Il proclama cette parole
devant les milliers de fidèles présents.
Plus tard, il invita la personne concernée à venir
témoigner,
mais personne ne se présenta,
ce qui laissa tout l’assemblée assez perplexe.
Le lendemain il vit venir à lui une femme de 21 ans
qui se prostituait depuis l’âge de 14 ans.
Elle lui raconta que, malade d’une tumeur intestinale,
elle avait voulu venir à la célébration pour les
malades.
Mais écrasée par la honte d’elle-même et de sa vie,
elle s’était cachée en dehors de l’enceinte
où avait lieu la célébration, derrière des
palissades.
Là, elle avait entendu la parole de connaissance
au moment même
où une grande chaleur la brûlait intérieurement.
Elle avait été guérie par Jésus,
mais elle était encore incapable de venir témoigner.
Cette femme guérie s’est ensuite convertie
et est devenue une missionnaire de feu
en particulier dans le milieu d’où elle venait.
Jésus était venu la chercher, l’appeler,
et la mettre en route sur le chemin de l’amour,
de l’amour vrai et gratuit.
Frères et sœurs, voilà le style de Jésus :
venir nous chercher dans nous obscurités,
derrière nos palissades pour nous appeler à l’amour.
Il vient chercher les plus pauvres
ceux qui ont honte d’eux-mêmes devant Dieu,
devant les autres ;
ceux qui ont besoin d’être restaurés
dans l’estime d’eux-mêmes …
N'en n'avons-nous pas tous besoin ?
En Jésus nous voyons les pas de Dieu
qui est en route dans son pèlerinage intérieur,
le « pèlerinage intérieur » de Dieu
parti pour nous rechercher
et pour marcher avec nous.
Comme Lévi le publicain
ou cette jeune femme prostituée,
Jésus nous rend capables d’aimer
et d’aller avec lui à la rencontre des frères.
Le Carême est de ce point de vue
l’occasion d’un pèlerinage extraordinaire.
Non pas un pèlerinage
vers un sanctuaire ou vers la Terre sainte,
mais un pèlerinage vers ce frère, cette sœur,
ce voisin, cette collègue,
vis-à-vis de qui je me tiens à distance.
C’est peut-être cela le plus beau pèlerinage du
Carême.
Il ne s’agit pas de franchir des océans,
mais peut-être de franchir la porte de notre voisin de palier.
N’y a-t-il pas une personne au moins
que le Seigneur m’a désigné
ou me désigne maintenant dans mon cœur
vers qui je pourrais aller ?
Nous voici appelés à nous remettre en route !
Nous voici appelés à entrer avec Jésus dans le
mystère pascal,
le mystère de Sa mort d'amour
où nous trouverons la vraie vie !
© Communion
de Jérusalem