Vendredi
10 mars 2006
Homélie du père Gérard Busque,
s.s.s.
«
La douceur de bénir
» - Matthieu, 5, 20-26
Dans cet extrait de l’évangile de Saint Matthieu, nous
voyons comment Jésus vient « accomplir » la
Loi en nous appelant à la dépasser. Il faut que
« votre justice surpasse celle des scribes et des
pharisiens »
Comme toujours, Jésus illustre immédiatement la
leçon abstraite. Partant d’un commandement au sommet :
« tu ne tueras pas », il descend jusqu’à nos
colères et nos animosités : éviter les
éclats de colère, ne pas verser dans l’insulte, ne
pas se laisser aller à la malédiction. Chercher
promptement à se réconcilier.
Comme tout cela est réaliste !
Si le mal n'est pas freiné, attaqué,
éradiqué à la racine,
il va grandir, s'étendre, proliférer.
La colère ressentie et consentie poussera à l'insulte ;
l'insulte proférée, appelant sans doute une riposte,
poussera à la malédiction.
Et la malédiction, une fois lancée, conduira
peut-être à l'affrontement irréparable !
Que sert alors de punir le meurtre ?
Il eut été préférable de l'éviter !
En d'autres termes, aux yeux de Jésus,
il ne suffit pas de limiter les grandes conséquences du mal ;
il faut l'empêcher de s'étendre
en visant d'abord à la conversion profonde du cœur,
des lèvres et de l'intention.
J’ai trouvé une jolie prière pour apaiser les tumultes de
notre cœur lorsqu’il est tenté d’être peu fraternel :
Seigneur, apprends-moi la douceur de penser du bien.
Dans les conversations, nous avons plus facilement tendance à
dire du mal que du bien. Ou, plus perfidement, d’aligner les
éloges pour introduire un très méchant «
mais ».
Elle a vraiment beaucoup de qualités mais…
Sans nous être mis en colère, nous avons tout de
même démoli quelqu’un.
En fait, nous le démolissons déjà dans nos
pensées. C’est là que tout se joue.
Penser du bien de quelqu’un, sans aucun bémol , ce n’est pas
courant.
Pourtant, quelle douceur à découvrir !
Oui quelle douceur il y a à penser du bien de quelqu’un et le
bénir dans son cœur plutôt que de toujours
critiquer, chialer contre tous et contre tout.
Il y a quelques années, une femme de Sherbrooke a
découvert cette douceur, cette joie qui envahit le cœur
quand une personne s’habitue à penser du bien des autres,
s’habitue à les bénir dans son cœur . Elle en est devenue
tellement convaincue qu’elle a commencé à donner des
conférences uniquement sur les bienfaits de bénir
plutôt que de maudire. J’ai écouté une de ces
conférences.
Elle m’a fait redécouvrir à la suite de Jésus
qu’en apprenant à bénir les personnes, la vie, Dieu,
d’abord dans notre cœur, notre intérieur devient un beau lac de
haute montagne, tranquille et pur.
Ce n’est pas facile de se maintenir dans un tel état de
pensées bienveillantes.
Jésus nous offre l’aide de son Esprit pour qu’il nous apprenne
à ne pas laisser la colère habiter notre cœur,
à la déloger le plus tôt possible quand nous en
prenons conscience
et à faire jaillir en nous la bénédiction,
l’action de grâce en toutes circonstances.
De notre cœur ainsi converti, sortira, tout naturellement de bons
sourires, des paroles et des comportements fraternels.
Pour nous encourager à acquérir cette constante
bienveillance, pensons que tout le monde aimera vivre près de
nous!
Dans notre eucharistie ce soir, bénissons Dieu, le Père
de toute bénédiction pour Jésus qui nous apprend
patiemment à arracher le mal à sa racine, dans notre cœur
Qui nous apprend la douceur de penser du bien, de dire du bien des
autres
Qui nous donne son Esprit pour transformer peu à peu notre cœur,
notre intérieur en oasis de douceur et de paix.
Amen
© Communion
de Jérusalem