logoDimanche 12 mars 2006 - 2e Dimanche de Carême
Homélie du frère Giacomo, fmj

« La Transfiguration » - Marc 9, 2-10


Dimanche dernier le prêtre nous a dit, entre autres choses,
que Satan essaye d’insinuer en nous une fausse image de Dieu :
l’image d’un Dieu qui poserait sur nous un regard jaloux,
jaloux de notre joie, de notre plaisir,
de ce que nous avons de beau et de bon.

C’est un mensonge terrible qui détruit la vie et la joie en nous :
le soupçon que Dieu d'une main me donnerait
et de l’autre  me reprendrait ce qu'il m'a donné.

Le récit du « sacrifice d’Isaac »     (Gn 22, 1-18)
que nous venons d’entendre est là pour éliminer cette idée fausse de Dieu.
Un Dieu qui exige des sacrifices,
cela, c’est de l’idolâtrie.

Là où l’on demande un sacrifice, en particulier la mort de quelqu’un,
là il y a l’adoration d’une idole,
c'est-à-dire l’adoration de soi-même.

Prenons quelques exemples :
l’avortement, l’euthanasie, le suicide proposé comme expression de la liberté,
la guerre sainte, les attentats, les esclavages sexuels,
le trafique de la vie des enfants ou des adultes,
le culte de l’argent, de sa propre image, de sa propre paresse.
Dans ces « cultes » idolâtres,
il y a toujours des victimes humaines.

Le Dieu d’Abraham arrête la main d’Abraham !
On pourrait imaginer le Seigneur qui parlerait à Abraham de la façon suivante :
« Que ce soit clair une fois pour toute,
Moi, Je ne suis pas un Moloch qui dévore ses créatures.
Je suis pur don de Moi-même et de tout ce que Je possède.
Tout ce qui est à moi, est à toi :     (Lc 15, 31)
celle-ci est ma devise !
Toi, Abraham, tu penses, comme tous tes voisins païens,
que Moi aussi, ton Dieu,
Je sois quelqu’un dont il faut acheter la bienveillance
par un gros sacrifice, le plus grand possible : ton fils.
C’est bien pour cela que J’ai dû entrer
dans ta manière de penser pour la faire éclater du dedans.

Non ! Mon Nom c’est Je Suis.

Je suis quoi ?
Pur don gratuit.
Et même quand Je te demande de m’offrir quelque chose,
par exemple un animal, eh bien,
c’est Moi que te prépare le bélier,
pris par les cornes dans un buisson,
afin que Tu reconnaisses que tout vient de Moi,
même ce que Je te demande.

J’espère que par cette mise-en-scène dramatique,
tu auras compris, Abraham.
En tout cas, dans cette histoire du sacrifice du petit Isaac,
Moi, Dieu, J’ai bien apprécié deux choses :
ta confiance en Moi et ton obéissance aveugle : félicitations !
Ton combat comme père
et ta victoire comme croyant
m’offrent la possibilité de te donner toutes les bénédictions
que J’avais préparées pour toi et pour ta descendance.
Plus encore : ta victoire dans la foi
fait avancer l’humanité toute entière et pour toujours :
c’est une véritable évolution ! ».

Saint-Paul nous confirme que Dieu a cette nature :
Il est Celui qui donne, qui livre !
Pas de raisons de nous méfier de Lui :
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?    (Rm 8, 31-32)
Il n’a pas refusé son propre Fils,
Il L’a livré pour nous tous :
comment pourrait-Il, avec Lui,
ne pas nous donner tout ? »

* * *

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-Le »    (Mc 9, 7)

« Écoutez-le » : cette parole vise les trois apôtres, qui n’ont pas envie d’écouter.

Tout d’abord Pierre, qui n’a pas admis l’enseignement de Jésus selon lequel
« il faut que le Fils de l’Homme souffre beaucoup ».     (Mc 8, 31

Ensuite elle vise Jacques et Jean :
ils vont bientôt demander à Jésus de pouvoir « siéger dans sa Gloire,
l’un à sa droite, l’autre à sa gauche ».    (cf Mc 10, 37)
Cette parole  « écoutez-Le »  équivaut à dire :
accueillez-Le,
faites-Lui confiance, une confiance totale.
Confiez-Lui toute votre vie.

« Écoutez-le » veut dire :
de la même façon qu’a obéi Abraham,
obéissez-Lui en tout,
faites tout ce qu’Il vous dira –
même lorsque, sur le moment,
vous ne comprenez pas tout.

« Écoutez-le » veut dire : « Il est mon Fils »,
Le Fils unique du Père,
Dieu né de Dieu,
Lumière née de la Lumière.
pour cela,
« ses vêtements sont devenus resplendissants,
d’une blancheur telle que personne sur terre
ne peut obtenir une blancheur pareille ».    (Mc 9, 3)

« Écoutez-le » :
Il est Celui que Moïse, Élie et tous les prophètes ont annoncé et attendu.
« C’est mon Messie, mon Consacré, mon Envoyé,
exactement comme toi, Pierre, sous l’inspiration du Saint Esprit,
tu L’as reconnu et proclamé à Césarée de Philippe il y a six jours. »    (cf Mc 8, 29)

« Écoutez-le » :
« L’Esprit Saint L’habite, Le pousse, L’enveloppe
comme cette Nuée qui vous couvre tous, grâce à Lui,
de son ombre paisible
et vous remplit à la fois de frayeur et de bonheur indicible ! »

« Écoutez-le, et rappelez-vous de cette expérience
au moment de la croix qui va venir… »

* * *

Transfiguration : c’est l’un des miracles qui adviennent
lorsqu’il y a la rencontre entre deux éléments :
le don de Dieu (Dieu qui Se donne) et un cœur ouvert.
Le don de Dieu est là, depuis l’Annonciation :
c’est Jésus-Christ, Dieu qui a demeuré et demeure parmi nous.
Il est la Vie Éternelle dans le temps.
Il est Dieu qui nous enveloppe,
qui nous embrasse et,
depuis notre baptême, nous habite.
Comme l’a dit Origène,
Jésus-Christ est le royaume de Dieu parmi nous, en nous.
Nous aussi, comme les trois apôtres,
nous avons tout ce qu’ils avaient sur la montagne
(même si c’est dans une forme différente) :
Jésus : l’Eucharistie ;
la nuée : l’Esprit Saint ;
la voix du Père : l’Écriture sainte ;
Moïse et Élie : les saints et les saintes.

Nous avons besoin de poser le deuxième élément du miracle : notre cœur ouvert, libre de toute idolâtrie de nous-mêmes,
notre foi,
notre confiance,
notre disponibilité à écouter, à obéir, à accueillir.
« Seigneur, il est heureux pour nous d’être ici »     (cf Mc 9, 5)
en cette Transfiguration-Eucharistie !

Oui, aujourd’hui aussi se passe le miracle de la Transfiguration : le corps transfiguré de Jésus nous assure que le corps humain, tout corps humain, a été rendu capable d’assumer et de révéler Dieu.


Et voici un extrait de notre Livre de Vie de Jérusalem  :

« Dieu a fait ton cœur assez grand
pour Le contenir.
Ton cœur contenant
Celui que l’univers ne contient pas,
est donc plus grand que l’univers.
Au cœur de toi réside
le Créateur du monde et,
avec Lui, le monde.
Saisi, fasciné, ébloui par cette révélation,
le moine (le chrétien) met toute son énergie
à descendre jusqu’au tréfonds de son cœur.
Il sait que le vrai pèlerinage est intérieur ;
qu’il est un lieu de son être
où le commencement rejoint la fin,
où l’Éternité rejoint le Temps ;
où une réalité immortelle est inscrite en lui
dès avant la création du monde
pour survivre à jamais,
sainte et immaculée,
en présence du Père,
dans L’Amour. »      
Jérusalem Livre de Vie,
Fraternités monastiques de Jérusalem, éditions du Cerf, Paris, 2000, § 77



Comme Maurice Zundel aimait le dire,
notre corps a une vocation spirituelle, divine.
Notre corps est le premier évangile,
car c’est à travers l’expression de notre visage
et à travers notre bienveillance, notre charité en actes,
que le témoignage de la Divine Présence peut passer.


Un jour, Mère Thérèsa  était en train de soigner un mourant
sur le trottoir d’une rue de Calcutta.
Tout à coup le moribond ouvre grand ses yeux presqu’éteints,
et lui murmure dans un dernier souffle :
« Je ne sais pas qui est ton Dieu, toi,
mais Il doit être bien beau au sourire que tu me fais. »

Est-il beau notre Dieu pour ceux et celles qui nous voient ?

* * *

Le Carême est un temps de jeûne, de pénitence, de privations, de mortifications ?
Oui et non !

Oui, c’est un temps de mortifications,
de mortification de la mort,
c'est-à-dire de tout ce qui nous donne la mort :
le superflu, l’inutile, le péché,
ce qui  nous fait du mal, à nous et aux autres.

Non, le Carême est un temps d’écoute,
de contemplation joyeuse
du Trésor vivant qui nous habite :
les trois Personnes divines,
la Vie divine,
pour en vivre et pour la laisser transparaître
afin que tous puissent la respirer.

Tout comme Charles et Rose Desmarais,
un couple québécois proposé pour la canonisation
selon le témoignage de leurs dix enfants.

L’une de leurs filles, sœur Renée, nous dit :
« Mon histoire d’amour avec Dieu,
je la dois en partie au fait que j’ai vu mes parents,
dans la vie quotidienne, vivre en authentiques disciples de Jésus. »
Un autre fils, Bernard, commente ainsi, avec Marcel,
l’audacieuse proposition :

« Marcel, t’es pas un peu fou ?
Vouloir faire canoniser Papa et Maman !
Ils sont au ciel depuis plus de vingt ans
et papa doit être mort de rire, lui qui n’a jamais cherché les honneurs,
le seul homme que j’ai connu complètement désintéressé de l’argent.

Pas désintéressé de tous les biens de la terre.
Ah ! non, il a aimé le beau, les fleurs, les beaux jardins,
la maison propre qu’il repeinturait régulièrement.
Mais par-dessus tout, il a aimé sa Rose, notre maman.
Rien pour lui, tout pour elle et pour ses enfants.
Toujours prêt à rendre service,
toujours prêt à se priver pour nous en donner plus.

Maman, une sainte qui a tout donné à ses enfants.

Je regrette de ne pas l’avoir remerciée assez durant toute ma vie.
Toujours prête à nous aider, à nous donner le bon exemple.

Papa et maman : une vie d’amour, de travail et de prières.

Une vie de bon exemple pour leurs dix enfants
et tous ceux qui les ont connus. »

Oui, la Transfiguration est un miracle qui n’est pas difficile…
qui est possible tous les jours !


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