Vendredi
17 mars 2006 - 2e Semaine du Carême
Homélie du père Gérard Busque, sss
« La fidélité déroutante de Dieu »
Matthieu 21, 33-43, 45-46
Voilà
une extraordinaire parabole proposée à notre
méditation pour découvrir quelque chose de la
fidélité déroutante de Dieu. Pour ce faire,
je vous invite à fixer votre regard non sur les vignerons,
mais sur l'attitude du Maître de la Vigne. Cette parabole
devient alors pour nous, non plus la parabole des vignerons
homicides, mais la parabole de la Patience de Dieu, la parabole de la
Bonté sans bornes de Dieu, qui, devant les refus des hommes, les
poursuit de son amour. Admirons dans cette parabole, la
merveilleuse façon d'agir de Dieu, les différents moyens
qu'il emploie pour amener les hommes à entrer dans une alliance
d'amour avec lui.
Les premières initiatives
C'est Dieu qui aime le premier, qui fait les premiers gestes vers
l'homme, qui a les premières initiatives, les premières
gâteries pour le séduire : premières gâteries
pour Israël, peuple choisi, c'est sûr. Mêmes
gâteries, même sollicitude pour le peuple chrétien
et pour chacun d'entre nous : nous sommes nous aussi la vigne du
seigneur !
Oui, nous aussi, nous avons été choisi, planté
dans le terreau d'une famille ensoleillée par la foi ou des
valeurs essentielles, ou peut-être avons-nous eu la chance
d'avoir été transplanté plus tard dans un groupe
de chrétiens qui nous ont révélé son amour.
Puis, il a veillé sur nous, par personnes interposées
peut-être. Combien de « bonnes manières » le
Seigneur a eues
pour nous. Combien de grâces reçues dont nous n'avons
même pas conscience. Greffé sur un cep renommé, le
Christ, nous avons été irrigué par une sève
divine. Et Dieu est fier de nous. Il nous a émondé au
besoin mais pour que nous donnions du fruit.
Le retrait confiant
Mais, un jour, le Maître de la Vigne se retire, il part en
voyage, au loin, ajoute Marc, et pour une longue absence dit Luc en
surimpression. Nous pouvons comprendre ce départ comme une mise
à l'épreuve, mais plus sûrement comme une remise de
responsabilité aux vignerons qui vont recevoir la vigne en
fermage. Voilà bien une attitude symbolique de la façon
de faire de Dieu. Après le temps des consolations, voici le
temps du silence de Dieu.
Dieu n'est pas un manipulateur de marionnettes, tirant les ficelles
pour faire fonctionner ses créatures humaines. Il n'est pas un
metteur en scène transformant les acteurs en pantins sans
initiative.
Dieu fait confiance à l'homme, en lui confiant sa
création, même s'il n'ignore pas qu'il est capable de
faire sauter la planète. Dieu fait confiance au peuple juif, en
lui confiant le soin de garder la foi au Dieu unique, même s'il
n'ignore pas que les dieux des cananéens sont proches et
séduisants Dieu fait confiance à son Eglise en lui
confiant l'évangélisation du monde, même s'il
n'ignore pas que ses chefs ne sont que des hommes. Dieu fait confiance
à chacun de nous, pour développer la foi reçue,
même s'il connaît nos doutes.
Ne soyons donc pas étonnés de voir la
non-ingérence de Dieu dans notre monde. Dieu joue le jeu de la
liberté. Il se retire pour que nous nous révélions
à nous-mêmes. N'attendons pas des petits miracles à
la moindre difficulté. Il nous traite en hommes responsables. Ce
que nous appelons trop souvent, abandon ou indifférence de Dieu,
est une des formes les plus hautes de l'amour.
Les rappels du devoir
II reste que la Vigne appartient à Dieu, et s'il la confie aux
vignerons, c'est seulement en gérance. Ils ne peuvent se
l'approprier, et tôt ou tard, ils devront payer leur fermage.
Même autonome et conviée à s'adapter à
l'évolution des sociétés, l'Eglise ne peut prendre
des décisions qui ne correspondent pas au désir de son
Epoux, le Christ. Quelles que soient les mœurs nouvelles, jamais
l'Eglise n'autorisera le mariage des homosexuels, l'infanticide,
l'euthanasie active ou la guerre offensive.
Même libre, de la liberté des enfants de Dieu, chacun de
nous ne peut faire n'importe quoi de sa vie. Un fils de Dieu ne vit pas
n'importe comment !
C'est pour cette raison, et c'est un nouveau signe d'amour, que Dieu va
envoyer aux hommes, à plusieurs reprises et avec une insistance
grandissante, des messagers qui auront comme tâche de leur
rappeler leurs engagements et leurs devoirs. Mais nous, les humains,
nous avons la tête dure. Nous n'aimons pas les rappels à
l'ordre de nos évêques. Certains disent : « De quoi
se mêlent-ils, qu'ils nous parlent de Jésus Christ et nous
laissent vivre comme nous l'entendons. »
Le don du Fils
Le Maître de la Vigne, devant l'échec de ses serviteurs,
va prendre les grands moyens, il va envoyer son fils.
Naïveté sublime ils n'oseront pas y toucher! ou
témérité excessive ? Toujours est-il que loin
d'être calmés, les fermiers vont avoir une raison
supplémentaire de le supprimer : en tuant l'héritier, ils
pourront s'emparer de la vigne !
C'est ainsi que l'Amour de Dieu, devant l'entêtement des humains,
va lui dicter un geste fou : envoyer à ces hommes butés
son propre fils !
Folie de Dieu qui sait qu'il envoie son fils à la mort ! Folie
de Dieu qui sait que pour certains, cette mort sera inutile ! Folie de
Dieu qui aime 1'homme au point d'épuiser tous les moyens de le
sauver de lui-même ! Folie de Dieu qui a fait à des hommes
décevants le cadeau royal de son Fils !
C'est évident que dans cette parabole, Jésus vise
directement ces responsables du Sanhédrin qui sont en train de
comploter sa mort, qui demain, comme le dit précisément
l'Evangile, vont 1'emmener hors de la ville, sur cette montagne du
Golgotha, pour le conduire à la mort de la croix.
Mais il pense à tous les hommes qui le rejettent ou le
rejetteront, tous ceux dont l'indifférence le
néantiseront. Qu'y a t-il de pire que l'indifférence ?
Sur le chemin de chacun de nous, le Seigneur nous a fait croiser bien
des fois des "prophètes" d'authentiques saints (ne nous mentons
pas à nous-mêmes, nous en avons entendu parfois à
la télé, même si c'est trop rarement !) mais nous
n'avons pas voulu entendre leur message. Nous les avons regardés
comme des exaltés ou des fadas de Dieu. Mais, il n'est pas
impossible qu'une fois ou l'autre, il nous ait été
donné de rencontrer son Fils en personne: un jour de
grâce, une illumination qui ne s'explique pas au détour
d'une page d'Evangile et nous avons compris que le Christ devait
être le tout de notre vie, que sans lui, notre vie ne serait
rien. Mais qu'avons-nous fait de cette évidence, un instant
entrevue ? Ne nous sommes-nous pas dépêchés
d'oublier cette merveilleuse certitude? C'était notre
façon à nous d'éliminer le Fils de notre route.
Un peuple nouveau recréé
Avez-vous remarqué que Jésus ne donne pas le
dénouement de la parabole ? Comme dans certains films, on laisse
les auditeurs choisir eux-mêmes la finale.
Habilement,
Jésus en fait autant : Vous qui m'écoutez, à votre
avis, que fera le maître de la vigne, quand il apprendra la mort
de son fils ? Et d'un seul cœur, les présents répondent,
sans peut-être même se rendre compte qu'ils se condamnent
indirectement : Il doit les faire périr et donner la vigne
à d'autres fermiers !
Et Jésus ne dit pas qu'il acquiesce à cette solution,
sans l'exclure, car, c'est vrai qu'il y aura un jugement pour les
homicides. Dieu est justice.
Mais ce que Jésus ajoute d'extraordinaire, c'est que le plan
divin n'est pas remis en question pour autant. Dieu ne tire pas un
trait sur cette humanité qui ne veut rien comprendre. Dieu ne
dit pas : "J'en ai assez de ces hommes, je n'en ai que trop fait. En
tuant mon Fils, ils ont vraiment dépassé les bornes."
Non, l'Amour et la patience de Dieu sont inépuisables. L'homme
n'arrivera pas à le décourager d'aimer. La mort du Fils
va devenir le départ d'une nouvelle alliance d'Amour, le Fils va
devenir "la pierre d'angle" sur laquelle va s'élever une
construction nouvelle, le peuple de Dieu, l'Eglise éternelle.
Oui, d'autres vignerons viendront travailler dans la vigne nouvelle.
Des milliers, des millions d'hommes viendront prendre le relais, et
remplacer ceux qui ont loupé l'occasion unique de leur vie... Et
ceux-là, parce qu'ils accueilleront l'héritier,
deviendront avec lui les fils adoptés du Père et donc
posséderont l'héritage dont les vignerons homicides
voulaient s'accaparer. Ces hommes se lèveront de partout. Ils
appartiendront à toutes les races de la terre, les juifs ne
seront pas exclus, ils sont même les premiers invités
à constituer le nouveau peuple. Chacun de nous est invité
à marcher dans le sillage du vrai Fils et nous aurons alors la
joie d'entendre Dieu nous dire : Tu n'es plus esclave, mais fils ; et
comme fils, tu es aussi héritier : voilà l'oeuvre de Dieu
(Galates 4/6)
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de Jérusalem