Mercredi 19 avril 2006 - Octave de
Pâques
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
Quittons notre visage sombre : Christ est vraiment ressuscité !
» - Luc 24, 13-35
Amertume, tristesse, déception, découragement…
« Nous espérions » disent les deux disciples
(Lc 24, 21)
qui viennent de quitter Jérusalem.
Et ils n’espèrent plus.
Même l’annonce du tombeau vide,
même l’annonce que des anges
qui disent que Jésus est vivant
ne leur ont pas redonné espérance.
Ils ont, nous dit Saint Luc, le « visage sombre
». (Lc 24, 17)
Nous venons d’entendre comment Jésus les a rejoints,
faisant route avec eux à travers les Écritures
pour les amener à comprendre essentiellement une chose :
il fallait que le Messie souffre,
il fallait qu’Il passe par l’épreuve et la mort.
Et déjà leur cœur commençait à brûler,
mais la Parole avait besoin d’un sacrement
pour qu’ils s’ouvrent finalement à la présence de
Jésus.
Et ils le reconnurent « à la fraction du pain
». (Lc 24, 25)
Arrêtons-nous sur ce qui se passe
à ce moment précis où les deux disciples
ont reconnu Jésus
qui vient cependant de disparaître de leur regard :
Ils sont là à table dans le logis d’Emmaüs,
avec, en vis-à-vis, la place vide de Jésus.
Il n’est plus visible,
mais ils savent qu’il est vivant.
Quel est le premier réflexe des deux disciples ?
leur première intuition ?
Vont-ils rester à Emmaüs,
gardant, et peut-être même, partageant le souvenir de
Jésus ?
Non !
D’emblée ils décident de revenir dans la
communauté
et les voici qui partent immédiatement dans la nuit
pour revenir à Jérusalem et y retrouver la
communauté.
Parce qu’ils ont fait l’expérience du Ressuscité,
parce qu’ils ont fait l’expérience
de la résurrection en eux-mêmes,
ils ne peuvent pas ne pas aller retrouver les apôtres !
* * *
Frères et sœurs, c’est cela l’Église !
L’Église c’est la Résurrection de Jésus
qui saisit de l’intérieur des hommes et des femmes
et les rassemble !
La tristesse, la désespérance, la perte de la foi
brise les liens entre les humains
et crée un monde en petits morceaux,
des familles morcelées,
des communautés désunies.
L’expérience du Ressuscité, au contraire,
rassemble, unie, unifie dans l’amour !
Et voici que dans le Cénacle
se constitue peu à peu l’Église,
l’Église de la Résurrection.
L’Église, c’est le fruit de la Résurrection !
Le grain de blé tombé en terre est mort
et voici qu’il ressuscite,
épi portant une multitude incalculable de grains,
une moisson sans nombre de croyants !
L’Église c’est le Corps du Christ,
le Corps glorieux du Ressuscité.
Frères et sœurs,
voici le Corps glorieux de Jésus ressuscité :
c’est nous qui sommes rassemblés dans ce Cénacle
parce que nous avons goûté
d’une manière ou d’une autre, la Résurrection !
C’est la Résurrection
qui nous fait tenir ensemble ;
C’est la Résurrection
qui nous rend capables de prier ensemble ;
C’est la Résurrection
qui nous rend à même de nous aimer, de pardonner.
C’est Jésus ressuscité vivant en nous,
présent avec nous
qui ne cesse de nous partager sa victoire
sur toute forme de mort.
C’est aussi lui qui nous envoie,
car cette vie de la Résurrection,
nous la recevons pour la partager.
Nous n’en vivons que si nous la partageons.
C’est bien cela que deux autres disciples, deux apôtres,
Pierre et Jean nous enseignent aujourd’hui.
Habités par la Résurrection,
guéris et relevés par le Ressuscité,
ils parlent au nom de Jésus
et, au nom de Jésus, guérissent l’impotent
qui gisait à la Belle Porte du Temple.
« De l’argent et de l’or, je n’en ai pas,
mais ce que j’ai, je te le donne :
au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche.
» (Ac 3, 6)
Voilà l’Église !
L’Église ne guérit pas l’humanité
en se basant sur l’or, l’argent ou des moyens humains :
elle transmet la puissance de la Résurrection.
Elle est comme un vase posé auprès d’une source
qui reçoit l’Eau vive et déborde sans compter.
Quelle est la condition pour que l’Église
déborde de cette vie de résurrection ?
Qu’elle prie !
À l’exemple de Pierre et de Jean
qui montait au Temple pour prier.
La prière, la régularité dans la prière
fait entrer la résurrection dans nos veines,
dans nos pensées, dans nos corps,
dans notre affectivité, dans tout ce que nous sommes.
Et cela est vrai tout particulièrement
du sommet de la prière
qui est la participation à la prière du
Ressuscité,
c’est-à-dire de l’Eucharistie.
Jésus est mort et ressuscité
pour être notre Pain, Pain de Vie, Pain vivant
! (cf Jn 6, 11-13)
Nous venons puiser à cet autel
la vie de la Résurrection.
L’Eucharistie, c’est tout le mystère pascal
qui est déposé en nous !
C’est là que nous quittons notre « visage sombre »
pour être illuminés.
C’est là que Jésus nous ressuscite
pour que nous puissions comme l’impotent,
marcher, sauter de joie en louant Dieu ! (cf Ac 3, 8)
©
Communion
de Jérusalem