Mardi 13 juin 2006 - Saint Antoine
de Padoue
Homélie du frère Antoine-Emmanuel,
fmj
«
Le grain de riz
» - Matthieu 5, 13-16
Un
jour, un mendiant apprit que le fils du Roi
allait passer tout près de là où il habitait.
Il accourut et se plaça au bord de la route,
les mains tendues pour recevoir quelque obole.
De fait, le fils du Roi arriva.
Il s’arrêta et s’approcha du mendiant
et à la plus grande surprise de ce dernier,
le fils du Roi lui demanda :
« Aurais-tu une poignée de riz pour moi ? »
Le mendiant, décontenancé, hésita,
puis il mit la main dans sa besace,
hésita de nouveau,
et offrit au fils du Roi un grain de riz, un seul.
Celui-ci l’accueillit avec joie, le remercia et s’en alla.
Le mendiant regarda le cortège royal repartir
ne sachant trop quoi penser.
Puis, sans bien savoir pourquoi,
il mit de nouveau la main dans sa besace,
il en sortit la poignée de riz qu’il avait,
la regarda,
et soudain se rendit compte que parmi les grains,
il y avait maintenant un grain d’or.
Il fut saisi de joie.
De joie et de douleur,
regrettant amèrement de n’avoir donné au fils de Roi
qu’un grain de riz,
et non pas toute la poignée qu’il lui avait demandé
et qui serait maintenant une poignée de grains d'or.
* * *
Frères et sœurs, voilà un conte plein d’enseignement,
plein de sagesse
et bien semblable à ce que le Livre des Rois
nous raconte aujourd’hui ;
et nous passons là de la légende à l’histoire.
Qu’advient-il à la pauvre veuve de Sarepta ?
Elle est bien près de la mort, elle et son fils
car elle n’a plus qu’une poignée de farine et un peu d’huile.
C’est tout ce qu’elle possède.
Or voici qu’un homme de Dieu s’approche
et lui demande non seulement un peu d’eau,
mais une galette !
La femme accepte,
elle obéit,
faisant confiance aux paroles de l’homme de Dieu.
Et quelle disproportion entre ce qu'elle remet
et ce qu'elle va recevoir par la suite.
Car non seulement elle et son fils
vont recevoir de quoi se nourrir
aussi longtemps que durera la sécheresse,
mais elle va retrouver son fils, mort d’une violente maladie,
que l’homme de Dieu, Élie, va ressusciter !
* * *
Frères et sœurs, n’est-ce pas cela
la réalité de notre vie chrétienne ?
Le Seigneur « mendie »
de notre temps,
de notre riz,
de notre farine,
de notre amour.
Il nous le demande Lui-même,
ou par l’Église,
ou par les pauvres.
Il nous demande aussi
notre témoignage,
notre audace,
notre foi.
Il nous demande peut-être même
de lui consacrer notre vie.
Mais quelle disproportion
entre ce que nous lui remettons
et ce que nous recevons de Lui !
Même s’il s’agit de notre vie,
qu’est-ce que notre vie sur cette terre
au regard du don de Dieu,
au regard de l’éternité qu’il nous offre,
au regard de l’amour éternel dont Il nous aime ?
Et il y a plus :
quelle disproportion entre ce que nous lui remettons
et ce que les autres peuvent alors recevoir à travers nous.
Si nous vivons les Béatitudes,
si nous embrassons la pauvreté de cœur,
nous devenons le sel de la terre
et la lumière du monde !
La poignée de grains d’or
qui se trouve désormais dans notre besace
est déjà pour nous promesse d’éternité,
mais il nous fait aussi devenir lumière
pour ceux que nous rencontrons,
à qui nous pourrons donner de ce trésor de lumière!
Alors, dit le Fils du grand Roi,
veux-tu me donner ta poignée de riz ?
Veux-tu me donner « tout ce que tu as pour vivre
» (cf Lc 21, 4)
afin que Je puisse te faire vivre ?
Je te promets le centuple !
©
Communion
de Jérusalem