Samedi 17 juin 2006
Homélie du frère Antoine-Emmanuel,
fmj
«
Que votre oui soit oui !
» - Matthieu 5, 33-37
« Laisse-moi
embrasser mon père et ma mère puis je te suivrai. »
(1 R 19, 20)
Frères et sœurs pourquoi le prophète Élie
refuse-t-il catégoriquement cette demande d’Élisée
?
Simplement parce que pour Élie,
cette demande d’Élisée signifie qu’Élisée
n’a pas compris
que c’est Dieu Lui-même qui l’appelle.
Si Dieu Lui-même t’appelle,
si ton Créateur t’appelle,
si le Dieu d’Israël t’appelle,
comment peux-tu remettre à plus tard la réponse ?
Voilà ce que croit Élie,
cet homme entier devant Dieu,
passionné de Dieu,
« rempli d’un zèle jaloux » pour le
Seigneur. (1 R 19, 10)
On perçoit dans l’exigence de vérité d’Élie
la même force que dans la question
que posera Jésus aux grands prêtres et aux scribes :
« le baptême de Jean (Baptiste)
était-il du Ciel ou des hommes ? » (Lc
20, 4)
Question à laquelle ils refuseront de répondre,
question à laquelle ils n’ont jamais voulu répondre,
s’esquivant toujours face à la vérité.
D’Élie à Jean-Baptiste, et de Jean Baptiste
à Jésus,
c’est la même veine prophétique
qui nous ramène à la question de Dieu
pour nous libérer de la torpeur
et la lâcheté face à la vérité.
Qand vous dites ‘oui’, que ce soit un oui.
Quand vous dites ‘non’, que ce soit un non ! (Mt 5,
37)
Qu’il n’y ait pas du oui dans votre non
et du non dans votre oui !
C’est cela qui brise la communion avec Dieu et entre nous.
Littéralement que votre langage soit oui, oui !
Qu’il soit non, non !
Et Jésus ajoute, « le reste vient du mauvais
». (id.)
C’est le mauvais qui entretient les compromis,
la remise au lendemain face à la foi,
nous persuadant avec malice
que confesser la foi dans son intégrité,
c’est perdre notre liberté.
Or c’est tout le contraire !
Le relativisme n’est pas une libération
c’est une incarcération dans notre propre sensibilité,
ou dans la mode.
C’est clocher des deux jarrets,
ce qui empêche de marcher !
Voici comment le Cardinal Ratzinger
s’exprimait à ce sujet lors de la messe précédant
l’élection du pape :
Combien de vents de la doctrine avons-nous
connus
au cours des dernières
décennies,
combien de courants idéologiques,
combien de modes de la pensée...
La petite barque de la pensée de
nombreux chrétiens
a été souvent
ballottée par ces vagues –
jetée d'un extrême à
l'autre:
du marxisme au libéralisme,
jusqu'au libertinisme;
du collectivisme à l'individualisme
radical;
de l'athéïsme à un
vague mysticisme religieux;
de l'agnosticisme au syncrétisme et
ainsi de suite.
Chaque jour naissent de nouvelles sectes
et se réalise ce que dit saint Paul
à propos de l'imposture des hommes,
de l'astuce qui tend à les
induire en erreur. (cf Ep 4, 14)
Posséder une foi claire, selon le
Credo de l'Église,
est souvent défini comme du
fondamentalisme.
Tandis que le relativisme,
c'est-à-dire se laisser
entraîner "à tout vent de la doctrine",
apparaît comme l'unique attitude
à la hauteur de l'époque
actuelle.
L'on est en train de mettre sur pied une
dictature du relativisme
qui ne reconnaît rien comme
définitif
et qui donne comme mesure ultime
uniquement son propre ego et ses
désirs.
Nous possédons, en revanche, une
autre mesure:
le Fils de Dieu, l'homme véritable.
C'est lui la mesure du véritable
humanisme.
Une foi "adulte" ne suit pas les courants
de la mode
et des dernières nouveautés;
une foi adulte et mûre est une foi
profondément enracinée
dans l'amitié avec le Christ.
C'est cette amitié qui nous ouvre
à tout ce qui est bon
et qui nous donne le critère
permettant de discerner entre le vrai et
le faux,
entre imposture et vérité.
Cette foi adulte doit mûrir en nous,
c'est vers cette foi
que nous devons guider le troupeau du
Christ.
Et c'est cette foi, - cette foi seule –
qui crée l'unité et qui se
réalise dans la charité.
Saint Paul nous offre à ce propos –
en contraste avec les tribulations
incessantes
de ceux qui sont comme des enfants
ballotés par les flots
- une belle parole: faire la
vérité dans la charité,
comme formule fondamentale de l'existence
chrétienne.
Dans le Christ, vérité et
charité se retrouvent.
Dans la mesure où nous nous
rapprochons du Christ,
la vérité et la
charité se confondent aussi dans notre vie.
La charité sans
vérité serait aveugle;
la vérité sans
charité –
serait comme "cymbale qui retentit"
(1 Co 13, 1).
Frères et sœurs, que notre oui soit oui,
que notre non soit non.
Voilà le commandement que Jésus nous donne aujourd’hui.
Et comme pour tout le discours sur la montagne
il ne s’agit pas de préceptes nouveaux,
mais d’un accomplissement nouveau
des préceptes de la Première Alliance.
Nouveau par l’intériorité, par la pureté
d’intention,
par la conversion du cœur.
Nouveau par l’exigence d’une plénitude d’amour
Mais nouveau surtout car ce que Jésus nous demande
c’est ce qu'Il accomplit Lui-même pour nous et en nous.
Le premier dont le oui au Père est oui et n’est que oui est
Jésus.
Le premier dont le oui aux humains
est oui et n’est que oui est Jésus.
Le premier dont le non au malin, au mal, au compromis,
au mensonge est non et n’est que non c’est Jésus.
Et nous, fondés, solidement enracinés en Lui,
nous pouvons, oui, désormais nous pouvons
non seulement dire oui
mais devenir oui au Père :
Comme Jésus, en Jésus qui n’est que oui
« Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus
que nous avons prêché parmi vous (…) n’a pas
été oui et non ;
il n’y a eu que oui en lui.
Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en Lui ;
aussi bien est-ce par lui que nous disons :
« Amen » à Dieu pour sa Gloire
». (2 Co 1, 19-20)
Par Lui, nous disons l’« Amen »
Par Lui, nous devenons « Amen » au Père.
C’est cela qu’a vécu Marie.
Son oui dès l’Annonciation provient du oui du Fils.
le ‘oui’ de Marie à Nazareth
dépend, provient, découle du oui du Fils.
Le oui de Marie tout au long de sa route
ne cesse de se ressourcer dans le oui de Jésus.
Et nous aujourd’hui,
nous nous confions à Marie
pour donner un nouveau oui de foi à Jésus et à
l’Esprit Saint
et par Jésus et dans l’Esprit
un nouveau oui au Père.
Oui,
Père.
Oui,
Tu es.
Oui,
tu étais et tu seras qui Tu es.
Oui,
tu es Amour.
Oui,
Père de tendresse.
Oui,
Abba.
©
Communion
de Jérusalem