logoMardi 20 juin 2006 - 11e semaine du Temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Les quatre questions de Jésus » - Matthieu 5, 43- 48


Jésus nous pose aujourd’hui quatre questions
que nous allons essayer d’accueillir en toute vérité.

La première est celle-ci :
« Si vous aimez ceux qui vous aiment,
quel salaire avez-vous ? »    (Mt 5, 46)

Si nous aimons ceux qui nous aiment,
si nous les honorons,
si nous les estimons,
si nous les servons,
qu’en recevrons-nous ?
Nous recevons de la gratitude,
nous consoliderons notre amitié,
nous nous en trouverons bien,
et nul doute que le Seigneur bénit une telle amitié.
Mais en vivant un tel amour, somme toute facile et immédiat,
nous restons ce que nous sommes.
Notre cœur ne change guère.
Nous n’entrons pas dans une nouvelle qualité d’amour.
Ce qui est étroit en nous reste étroit.

La deuxième question est :
« Les publicains, les taxateurs ou collecteurs d’impôts
n’en font-ils pas autant ? »    (cf id.)
Il s’agit là de juifs qui connaissent la loi,
mais qui publiquement, ouvertement, la bafouent …
Eh bien, nous demande Jésus,
n’est-il pas vrai qu’ils aiment ceux qui les aiment ?
Oui, c’est vrai… il suffit de penser
à tous les amis de Lévi à Capharnaüm,
ou de Zachée à Jéricho.
Alors, voulez-vous vivre seulement de cet amour-là ?
Ne voulez-vous pas aller au-delà dans l’amour ?

La troisième question de Jésus est celle-ci :
« Si vous saluez vos frères seulement,
que faites-vous en surplus ? »    (Mt 0, 47)
Si nous offrons le shalom,
si nous saluons et, de quelque manière,
bénissons seulement ceux qui nous sont proches,
qu’est-ce qu’il y a de plus,
qu’est-ce qu’il y a de différent
dans votre manière de vivre ?

Réponse : rien !

Nous ne vivons que dans l’horizon étroit
de nos relations, de nos amitiés.
Notre cœur reste fermé à des horizons plus larges
d’amour et de miséricorde.

Vient alors la quatrième question :
« Les païens n’en font-ils pas autant ? »    (id.)
Est-ce que ceux qui ne connaissent pas le Dieu d’Israël,
ceux qui ne connaissent pas la Loi
saluent leurs frères ?  Oui !
Est-ce qu’ils saluent seulement leurs frères ?
Certains, sans doute, oui !
Mais bien des « païens » nous offrent un témoignage
d’amitié, de pardon, de compassion extraordinaire !
Il suffit de penser à la générosité du Centurion de Capharnaüm,
ou encore, dans l’actualité immédiate
à la reprise du train « Thai Express »
supprimé en 1955 et qui vient de reprendre son service
permettant aux communautés hindoues et musulmanes
qui vivent entre Sindh au Pakistan
et le Rajastan en Inde
de reprendre contact et de renouer amitié.
Ou bien aux 4000 Sikhs de Livingston (Californie)
qui au jour de leur fête de Hola Mohalla
au lieu de défiler avec des armes
ont choisi de donner un coup de main au nettoyage de la ville.
Oui, les « païens » en font autant et même plus !

*

Voilà donc les quatre questions
que Jésus nous pose aujourd’hui.
Quatre questions qui nous invitent à réfléchir, à choisir.
Est-ce que nous voudrions dépasser
les horizons finalement toujours étroits
de notre cœur tel qu’il est,
tel qu’il bat aujourd’hui ?
Désirons-nous que soit dilatée
notre capacité d’aimer ?
Voulons-nous aimer jusqu’à nos ennemis ?
Le Père, nous dit Jésus
fait « lever son soleil sur les mauvais et sur les bons,
et pleuvoir sur les justes et les injustes. »    (Mt 5, 45)

Et nous pourrions, nous aussi,
faire lever notre soleil,
celui de notre estime,
sur nos amis et sur nos ennemis.

Nous pourrions nous aussi
faire pleuvoir notre compassion,
notre amour, notre attention
sur ceux que nous aimons
sur ceux que nous n’aimons pas
sur ceux qui ne nous aiment pas.

Nous le pourrions…
Car Jésus nous en rend capables !
La preuve en est le témoignage
des chrétiens, catholiques et protestants, du nord du Nigeria
qui ont subi en février une vague de violence terrible
qui a coûté la vie à 300 chrétiens,
suite à la publication des caricatures de Mohamed en Occident.
Aujourd’hui, quatre mois après,
« les islamistes de l‘État de Boras, témoignent l’Aide à l’Église en Détresse,
sont incapables de comprendre la détermination de la communauté chrétienne à pardonner à leurs oppresseurs.
Les musulmans disent que les chrétiens doivent avoir quelque chose de spécial :
Voyez ce que nous leurs  avons faits et ils continuent à aller à l’église sans chercher vengeance.»     (Zenith 11 06 05)

Qu’est-ce que les chrétiens ont de « spécial » ?
Rien d’autre que l’Amour de Jésus qui nous rendra miséricordieux comme le Père est miséricordieux !



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