Vendredi
27 juin 2006 - 12e semaine du Temps ordinaire
Homélie du père
Gérard Busque, s.s.s.
«
Des conseils pour la vie
» - Matthieu 7, 6, 11-13
Depuis deux semaines, nous méditons chaque jour un extrait de
l’Évangile de St Matthieu, sur l’enseignement de Jésus
donné aux foules sur la montagne. Un enseignement qui
décrit la transformation qu’apporte l’irruption de Jésus
dans la vie des pauvres et des malheureux qui l’accueillent. Ce soir
comme demain et jeudi, Jésus nous donne des conseils pour mettre
en pratique son enseignement si révolutionnaire. Et ces conseils
sont aussi étonnants que son enseignement. Méditons en 2
ce soir.
Un premier : ne donnez pas aux
chiens ce qui est sacré; Ne jetez pas vos perles devant les
porcs.
A première lecture, ce conseil n’est pas très clair.
Qu’est-ce que Jésus veut dire par là ?
Jésus est conscient que la Bonne Nouvelle qu’il apporte est une
réalité sacrée, une perle précieuse que
tout le monde ne découvre pas dès qu’on leur en parle.
Alors il recommande à ceux qui l’ont trouvée, qui l’ont
découverte, de ne pas la livrer n’importe comment à ceux
qui sont encore incapable de la comprendre. Il sait que seule la
lumière de l’Esprit Saint fait comprendre les exigences morales
qui découlent de la découverte de l’amour de Dieu,
exigences telles que l’amour des ennemis, le don de sa vie pour les
autres, l’amour gratuit.
Proposer de telles exigences sans la préparation des cœurs par
la lumière de l’Esprit Saint ne peut qu’exciter la fureur.
Jésus nous invite donc à avoir du tact et de la
délicatesse quand nous voulons proposer son message afin de ne
pas le faire profaner ou rejeter par une insistance maladroite ou par
une réduction de sa Bonne Nouvelle à des principes moraux.
Ce conseil est extrêmement important pour beaucoup de
parents, face à leurs grands enfants…
Il est aussi précieux pour nous tous qui vivons dans un milieu
de plus en plus étranger à la pensée
chrétienne. Notre façon de vivre à la suite de
Jésus doit normalement faire désirer le perle que nous
avons trouvée. C’est mieux que de susciter l’opposition sous
prétexte de proclamer la vérité.
Un deuxième conseil :
entrez par la porte étroite…
Par cette invitation, Jésus nous propose un chemin
étonnant pour vivre pleinement, pour atteindre la perfection, la
sainteté qu’il propose. Il nous invite ici à changer
radicalement notre manière d’envisager le chemin de la
perfection et de la sainteté. Nous sommes portés trop
souvent à imaginer le cheminement vers la sainteté comme
une ascension vers les sommets de la spiritualité, comme le
fruit de nos efforts et de notre volonté. Cette image de la
sainteté privilégie surtout les forts, les vertueux, les
volontaires, et elle consiste à croire que la
générosité humaine et la bonne volonté
seraient capables par elles-mêmes de nous faire atteindre la
sainteté. C’est la sainteté vue comme la voie large, le
chemin spacieux de la recherche de la performance; C’est la voie
empruntée par le pharisien qui se complait dans ses vertus
et dans ses performances, tout en méprisant le publicain
pécheur.
Et nous savons où ce chemin l’a conduit : il est reparti du
temple non justifié, dira Jésus.
C’est que la sainteté proposée par le Christ n’est pas
une sainteté d’ordre naturel, une réussite morale
à force de poignets mais une sainteté accueillie dans
notre pauvreté. Le Christ est venu pour les pécheurs et
les faibles et non pour les forts et les bien-portants. Le chemin qu’il
propose n’est pas une échelle de perfection dont on
gravirait progressivement les degrés pour enfin posséder
Dieu en haut, mais un chemin de descente dans les profondeurs de
l’humilité. Celui qui s’élève sera abaissé,
mais celui qui s’abaisse sera élevé (Lc 14,11). Lire le
magnifique livre du P. André Daigneault, le Chemin de
l’imperfection. Ou la sainteté des pauvres.
Le publicain dans la parabole se présenta devant Dieu par cette
porte de l’humilité : il descendit dans sa pauvreté et sa
misère et Dieu le ressuscita à la vie. C’est par
là que sont passés tous les blessés, les perdus
qui ont retrouvé la vie en rencontrant Jésus :
Zachée, Lévi, le bon Laron, la femme adultère,
etc.
Jésus ajoutent que beaucoup entre par la porte large, s’engage
sur la route spacieuse, mais que peu trouvent la porte étroite,
la route resserrée. Il est vrai que la recherche de la
performance, de la réussite mobilise beaucoup de monde :
publicité. Le chemin de l’humilité, de l’imperfection
n’attire pas la foule.
Cependant le Christ sait rejoindre tout être humain dans sa
pauvreté, dans sa misère et un jour, il lui montre que
cette pauvreté et cette misère reconnues peuvent devenir
la porte étroite, le chemin resserré par il est conduit
à la vie.
Par quelle porte j’entre auprès de Dieu ? Sur quel chemin
j’avance dans ma vie chrétienne ?
©
Communion
de Jérusalem