Dimanche
28 juin 2006 - 12e
Dimanche du Temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
La vraie douceur » -Matthieu 7, 15- 20
Il
y a quelques semaines, Jésus nous mettait en garde contre les
scribes
qui « dévorent les biens des veuves
». (Mc 13, 40)
Aujourd’hui, Jésus évoque une menace plus grande encore :
celle des faux prophètes, des « pseudo prophètes
».
Ceux-ci, dit Jésus, à l’intérieur sont des «
loups rapaces »
!
C'est-à-dire qu’ils convoitent non seulement les biens,
mais les personnes elles-mêmes.
Et comment font-ils pour s’approprier
des autres et de leur liberté ?
Ils se prétendent prophètes,
ils prétendent parler au nom de Dieu,
de la part de Dieu.
Ils utilisent le Nom de Dieu pour exercer leur volonté de
puissance sur les autres.
Or, et cela peut nous surprendre,
ce ne sont pas nécessairement des gens
qui semblent violents et agressifs extérieurement !
Au contraire, « ils viennent à vous déguisés
en brebis »,
littéralement : ils viennent « en vêtements de
brebis ». (Mt 7, 15)
Leur apparence est celle de la douceur, de la gentillesse, de la
suavité.
Cela nous invite alors à réfléchir :
comment distinguer le pseudo prophète du disciple de
Jésus, doux et humble de Cœur ?
« C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez
», (Mt 7, 20)
nous dit Jésus.
Il y a en effet la douceur calculée,
la douceur intéressée du pseudo prophète.
Le cœur est rempli de passions,
de convoitise, de violence,
et, pour arriver à ses fins,
il se déguise en brebis.
Le fruit de cette douceur là,
c’est la manipulation des autres.
Le fruit, c’est d’éteindre la liberté des autres,
de s’approprier les autres,
de les asservir.
« Méfiez-vous des faux prophètes.
» (Mt 7, 13)
Méfions-nous déjà de la convoitise qui nous habite
et de toute douceur calculée en nous !
Il nous faut cheminer vers une autre douceur,
qui est celle du respect de l’autre,
du respect absolu de la liberté
et de la dignité de toute personne.
Qui est celle de la non-violence,
mais qui est aussi beaucoup plus que la non violence :
il s’agit de la douceur de Jésus.
En Jésus, la douceur n’est pas calcul,
elle est l’expression même de son Cœur.
Car Jésus est « doux et humble de cœur
». (Mt 11, 29)
La douceur de Jésus vis-à-vis des humains
est la manifestation de la continuelle dépossession de soi
qui est l’identité même du Fils.
« Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne…
». (Jn 10, 18)
Le fruit de cette douceur là est non pas d’éteindre la
liberté de l’autre,
mais au contraire, de la susciter.
C’est une douceur qui crée l’espace vital
où l’autre pourra advenir dans ce qu’il est au plus profond de
soi.
Une douceur qui désarme la violence,
qui permet à l’autre de se défaire de ses masques et de
ses protections
qui permet à l’autre d’advenir dans toutes les richesses de sa
personnalité.
« Heureux les doux, proclame Jésus, ils hériteront
la terre ! ». (Mt 5, 4)
Voilà la douceur vers laquelle il nous faut cheminer,
quittant la douceur calculée de nos convoitises,
dépassant la douceur de la non-violence
pour aller vers la douceur de l’Agneau de Dieu.
Celle-ci, nous dit Saint Thomas,
nous vient par les dons de l’Esprit Saint,
et tout particulièrement par les dons de force et de
piété.
Oui, la douceur nous vient du don de force,
car, comme le dit Jean Chrysostome,
« la douceur est l’indice d’une grande force d’âme ».
Mais elle vient aussi du don de piété,
car, comme le dit Saint Augustin,
« les doux sont ceux qui.
dans tout ce qui leur arrive de bien,
dans tout ce qu’ils font de bien,
n’ont de complaisance que pour Dieu ;
dans tout ce qui leur arrive de mal,
n’ont nul déplaisir de Dieu. »
Oui, c’est l’Esprit Saint qui suscite en nous
cette vraie douceur
où nous perdons notre vie pour l’autre.
Le fruit de l’Esprit, nous dit l’apôtre Paul,
est amour, joie, paix, longanimité,
douceur, maîtrise de soi. (cf Ga 5, 22)
Et nous pouvons conclure en écoutant quelques lignes de
l’Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes de
Monsieur Olier :
« La vertu de douceur est la
consommation du chrétien :
elle présuppose en lui
l'anéantissement de tout le propre
et la mort à tout
intérêt :
en sorte que ni le mépris ne
l’irrite,
ni la perte des biens et du repos de la
vie
ne le tire de la douceur.
Cela se fait par Jésus-Christ,
et il faut que tout ce fond d'amour de soi
soit abîmé en Dieu,
si on veut mettre l'âme
dans la jouissance de la vraie
douceur. (ch. 10,
Paris, 1661, p. 252-253).
La vraie douceur est intérieure.
C'est celle du cœur.
Cette douceur n'est qu'une participation
à celle de Dieu.
Il est la Douceur par essence,
et lorsqu'il en veut rendre l'âme
participante,
il s'établit tellement en elle
qu'elle n'a plus rien de la chair ni
d'elle-même;
mais elle est toute perdue en Dieu,
en son être, en sa vie, en sa
substance, en ses perfections :
en sorte que tout ce qu'elle opère
est en douceur;
et quand même elle opère avec
zèle,
c'est toujours avec douceur,
à cause que l'amertume et l'aigreur
n'ont plus de part en elle,
non plus qu'elle n'en peut avoir en Dieu
».
(p. 253-254).
Jésus doux et humble de cœur,
rend nos cœurs semblables au tien.
« Allez, je vous envoie
comme des brebis au milieu des loups...
» (Mt
10, 16)
©
Communion
de Jérusalem