logoSamedi 1er juillet 2006 - 12e semaine du Temps ordinaire
Homélie de Mgr Jude St-Antoine

« Le don de la foi » - Matthieu 8, 5-17


Après avoir évoqué la foi du centurion, une foi qui attire l'admiration de Jésus, une foi que Jésus nous invite à faire naître, en la demandant avec humilité : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis une parole et mon serviteur sera guéri », je veux à mon tour témoigner de ma foi au Seigneur de qui j'ai tout reçu.

En célébrant 75 ans de vie baptismale, 50 ans de sacerdoce, 25 ans d'épiscopat, j'ai toutes les raisons de rendre grâce au Seigneur qui, le premier, m'a aimé et comblé de ses dons. En naissant dans un foyer heureux, entouré d'un père et d'une mère, de frères et de sœurs attentifs, j'ai découvert à travers leurs paroles et leurs gestes un amour encore plus grand, l'amour même de Dieu présent en son Fils Jésus. C'est lui que j'ai rencontré en son Église où j'ai grandi, une Église bien humaine et sainte à la fois, qui m'a instruit, formé, accompagné et envoyé, pour répondre à l'appel et à la mission de Jésus.

Depuis quelques décennies, cette Église, celle d'ici particulièrement, s'est transformée, purifiée, délestée de ce qu'elle avait de trop lourd et d'embarrassant pour sa marche aujourd'hui. Elle a conservé l'essentiel du message de l'Évangile qu'elle a mission de transmettre et de proclamer. Cette Église, je l'ai aimée comme ma mère dans ses pasteurs, dans les hommes et les femmes consacrés, porteurs de dons et de charismes pour le service du Peuple de Dieu. Je l'ai aimée et je l'aime encore en ceux et celles qui la fréquentent ou qui s'en sont éloignés et qui cherchent, témoignant par leur foi, leur espérance et leur charité, de la présence de Jésus-Christ au milieu de nous. J'ai souffert pour elle dans ses épreuves et les faiblesses de ses membres. J'éprouve de la tristesse de la voir jugée et abandonnée par ceux qui ont tellement reçu d'elle, pour des raisons reliées à son histoire et à son incarnation. Serions-nous ce que nous sommes aujourd'hui, serions-nous encore un peuple si, après la conquête, impuissants et sans secours, elle n'avait pas été aussi présente dans les mille institutions qu'elle a créées et mises à son service? Dans cette situation, bien sûr, elle a pu avoir des comportements qu'on regrette mais il faut, je pense, être capable d'assumer son passé et reconnaître ses racines. C'est un signe de maturité et aussi la seule façon de vivre et de survivre.

Tout cela pour dire combien j'ai aimé et j'aime l'Église qui est ma mère et qui m'a appris à connaître et à aimer Jésus-Christ. Sans cette présence maternelle, je pourrais être tenté par les idéologie ambiantes, par tous les relativismes qui viennent à oublier non seulement l'absolu de Dieu et sa transcendance, mais aussi les traces mêmes de l'humain qui façonnent mon être et mon existence. C'est en Église que j'ai rencontré Jésus-Christ et c'est en Lui, par Lui et avec Lui, comme on le proclame à l'Eucharistie, que je tente, avec mes dons et mes limites, dans ma brève existence, d'être un homme et de répondre à la mission confiée, qui est d'annoncer Jésus-Christ.

Chers amis, puissent les baptisés qui ont reçu l'héritage, qui fait d'eux des fils et des filles de Dieu, prendre conscience du don reçu : « si tu savais le don de Dieu » et y répondre en toute liberté. C'est leur identité profonde. Puissent-ils aussi reconnaître le don que Jésus fait à son Église en suscitant des prêtres fidèles à annoncer la Parole de Dieu, à rendre saint son Peuple, à le rassembler dans l'amour. Puisse être toujours célébrée l'Eucharistie qui fait l'Église. C'est le mystère de Pâques, mystère de mort et de vie, le geste d'amour le plus grand, gage de salut et de résurrection. Puissent les baptisés reconnaître dans l'Église l'évêque, successeur des apôtres, qui bâtit avec eux l'Église de Jésus-Christ, jusqu'à son retour sur terre. Nous garderons ainsi l'espérance de marcher jusqu'au soir, à la rencontre du Ressuscité, qui nous fera sortir de la mort, « tout habillés d'aurore », selon les mots du poète Éluard.

Je vous remercie de me donner l'occasion, en m'invitant ce matin, de vous partager ma joie et de témoigner de tout ce que j'ai reçu du Seigneur : le don de la foi de mon baptême, le don de l'imposition des mains de l'évêque au jour de mon Ordination presbytérale et de mon Ordination épiscopale. Merci pour le témoignage de votre prière et de votre amitié, exprimé par chacun et chacune, avec des mots qui me sont allés droit au cœur. Aussi, avec la foi et la confiance du centurion, je veux redire dans les mots du psalmiste : « Dans la joie et la simplicité de mon cœur, je t'ai tout donné, Seigneur ».

 Amen

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