logoVendredi 7 juillet 2006 -13e Semaine du temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Que resplendisse en nous ta miséricorde » - Matthieu 9, 9-13


Des douze apôtres,
nous n’avons pas le récit de tous les appels.
Pourquoi donc les trois évangélistes synoptiques
nous rapportent-ils celui de Lévi devenu Matthieu ?
Parce qu’en ce dernier resplendit la Miséricorde divine !

Le Seigneur veut aujourd'hui nous faire comprendre
que son appel ne repose pas sur notre sainteté !

Lévi, de fait, est un pécheur public.
De son métier il siège à  l’octroi de Capharnaüm,
ville située près de la Via Maris,
ville proche de la frontière avec la Tétrarchie de Philippe.
Lévi est donc connu – et haï –
pour son lien avec l’occupant romain
qui lui procure le statut quasi officiel de pécheur public.

Or voici que Jésus l’appelle.
Et, notons-le bien, toute l’initiative est de Jésus,
à la différence du scribe qui, il y a peu,
voulait suivre Jésus où qu’il aille.    (cf Mt 8, 19)

Le « suis-moi » s’adresse donc
à un homme au cœur partagé
bien enfoncé dans les compromis.

Nous pouvons alors nous demander
comment Jésus a-t-il pu choisir
des hommes si opaques à la sainteté de Dieu
pour faire resplendir – justement – la sainteté de Dieu ?

Et Jésus insiste :
« Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ».    (Mt 9, 13)
N’y avait-il pas à Capharnaüm et dans toute la Galilée, des Nathanaël, des hommes
« en qui il n’y a pas de tromperie » ?    (Jn 1, 47)

Remontons à la source :
Puisque des apôtres, Jésus dit que ce sont « ceux que le Père (Lui) a donnés »,    (cf Jn 17, 2)
comment le choix du Père peut-il se porter sur des pécheurs publics ?

Oui, comment le choix du Père
a-t-il pu se porter sur moi, sur toi,
qui sommes de grands pécheurs ?

À cette question l’Évangile de ce jour
apporte une réponse :
« C’est la miséricorde que je veux
et non les sacrifices ».    (Mt 9, 13)
Le Père ne désire qu’une chose : la miséricorde.
Son désir est de nous faire miséricorde,
de nous transformer, de nous transfigurer,
de nous diviniser par la miséricorde.
Ou, pour le dire autrement,
son désir infini est que nous nous fassions miséricorde,
que nous devenions miséricordieux les uns pour les autres
jusqu’au plus profond de notre cœur.

Puisqu’il en est ainsi,
qui appeler ?
En qui resplendira la miséricorde?
sinon en de grands pécheurs !

Nous le savons bien,
c’est à travers nos péchés et nos misères
que nous connaissons l’Amour de Dieu.
Le terme même de « salut »
ne dit rien à ceux qui ignorent leur misère !
Seule la misère connaît la miséricorde,
et peut en devenir apôtre !
Hier à Capharnaüm,
aujourd’hui à Montréal,
le regard de Jésus se pose
sur des hommes et des femmes
qui se savent ou se découvrent liés par le péché.

Le regard de Jésus se pose sur nous ce soir :
toi qui as partie liée avec l’amour de l’argent,
l’érotisme, la pornographie, « suis-moi » !
Toi qui a soif de pouvoir sur les autre
et même sur les âmes, « suis-moi » !
Toi qui rêves de carrière civile ou ecclésiastique, « suis-moi » !
Toi dont le cœur est rempli de rancune,
de colère, de haine, « suis-moi » !

Ton péché, tes tendances mauvaises,
confie-les moi,
abandonne-les moi,
et mets-toi à ma suite !

Là où le péché a abondé,
tu vas voir la grâce sur-abonder,
ne crains pas… crois seulement,
crois en la Miséricorde :
car ma Miséricorde n’est pas bonasse,
elle est puissante,
elle est recréatrice !

Oui, Jésus nous appelle…
notre Médecin nous appelle,
Lui qui est venu exprès pour les malades,
seulement pour les malades,
car tous, nous sommes malades dans l’âme.
Notre Médecin nous appelle
pour nous guérir
et pour que nous devenions
des serviteurs de la guérison des âmes.

Oui, notre belle vocation
est d’être des serviteurs de la miséricorde.
Dans un monde dur où, jusque dans les familles,
on se traîne en cour les uns les autres,
nous sommes appelés et envoyés,
« consacrés et envoyés »
pour proclamer la Miséricorde.
Nous sommes les hérauts de ce temps jubilaire
qui a commencé avec l’Incarnation et qui explosera,
dans une explosion de miséricorde, au dernier jour.

Oui, que chaque jour
la Miséricorde divine nous surprenne !
Qu’elle nous déstabilise même,
c'est-à-dire qu’elle fasse s’écrouler
les barrières, les murs, les remparts
que nous édifions entre nous et contre Dieu.

Nous n’avons qu’un seul avenir : la Miséricorde.
Il n’y a d’avenir que dans la Miséricorde,
dans l’Amour de charité qui « ne passera jamais ».    (cf 1 Co 13, 8)

Notre seul futur,
c’est de devenir miséricordieux
comme le Père est miséricordieux.    (cf Lc 6, 36)

Oui, je ne veux pas de vos sacrifices,
je ne veux que la Miséricorde !    (cf Mt 9, 13)


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