Jeudi 13
juillet 2006 - 14e Semaine du Temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
En pur don vous avez reçu
» - Matthieu 10, 7-15
Que se passe-t-il dans ce Chapitre 10 de l’Évangile de Matthieu
que nous méditons ces jours-ci ?
Que fait Jésus ?
Il appelle,
il appelle les Douze;
il les enseigne et dépose en eux
des dons pour le service des autres;
et il les envoie.
Il appelle,
Il donne,
Il envoie.
N’est-ce pas cela que nous vivons
quand nous nous retrouvons pour célébrer l’Eucharistie ?
Jésus nous appelle.
Il nous fait don de sa Parole et de sa grâce
pour que nous puissions servir l’Évangile
et Il nous envoie !
Une image peut nous aider à vivre cela : celle du cœur.
Le cœur appelle à lui le sang,
il le purifie, il le renouvelle, il l’oxygène,
il lui donne ce dont les différents organes du corps ont besoin
et il l’envoie !
Nous sommes donc ici ce soir
pour être renouvelés, ré-oxygénés et
envoyés !
La Parole en particulier nous ré-oxygène en profondeur
et nous pouvons garder dans notre cœur ce soir
une triple oxygénation de notre vie chrétienne.
La première nous vient de cette Parole :
« Ne prenez pas le chemin des païens,
et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ;
allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
» (Mt 10, 5-6)
Frères et sœurs, Jésus serait-il indifférent
aux païens et aux Samaritains ?
Non ! Tout au contraire !
Car s’Il donne la priorité à la mission
auprès du peuple d’Israël,
c’est parce qu’Israël a une vocation missionnaire par nature.
Jésus envoie ses apôtres réveiller Israël
pour qu’à travers Israël
l’Amour de Dieu soit annoncé au monde entier.
Israël est comme la fille de Jaïre :
il faut la réveiller ! (cf Mt 9, 24)
Alors elle deviendra une bénédiction.
(cf Gn 12, 3)
« pour tous les clans de la Terre. »
Chers frères et sœurs, ne serait-ce pas une priorité
pour nous aujourd’hui au Québec
que d’aller vers les brebis perdues de l’Église ?
Vers ceux et celles qui n’ont pas compris
que Dieu prend soin d’eux,
qui n’ont pas compris avec quels « liens d’amour
» (cf Os 11, 3-4)
le Père veut les conduire et qui ont abandonné
l’Église ?
N’y a-t-il pas au Québec
un potentiel missionnaire extraordinaire ?
N’y a-t-il pas une fille de Jaïre à réveiller
qui demain portera l’Évangile au monde ?
* * *
La deuxième oxygénation,
nous la trouvons, je crois, dans un constat :
dans cet envoi en mission,
Jésus insiste beaucoup sur les signes
que les apôtres devront accomplir :
guérir les malades, ressusciter les morts,
purifier les lépreux, expulser les démons.
(cf Mt 10, 8)
En revanche, il ne dit qu’une phrase – brève –
de ce qu’ils devront dire :
« Chemin faisant, proclamez
que le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt
10, 7)
Pourquoi cette disproportion entre les signes et la parole ?
Simplement parce que ce ne sont pas des idées
que les apôtres doivent annoncer,
mais bien une réalité, un fait historique,
quelque chose de bien concret
qui est la présence de Jésus au cœur du monde.
De fait, ils n’ont pas à proclamer
des idées, des idéaux, des concepts,
mais à dire, à révéler, ce qui est
concrètement,
historiquement déjà présent, déjà
donné :
le Royaume est déjà tout proche !
De là, les signes ne sont pas des miracles
pour « épater les gens » ;
les signes montrent tout simplement
qu’il y a au cœur de l’histoire une présence nouvelle
qui est celle de Jésus.
Remarquons que tous les signes dont Jésus parle
sont des signes qui auront lieu dans la réalité de la
souffrance,
de la maladie, de la peine, de la mort.
Cela nous éclaire sur les signes du Royaume
dont nous devons être les instruments aujourd’hui.
Aux signes de cette page d’Évangile
ne devons-nous pas ajouter :
écoutez et donnez espérance aux déprimés,
aux suicidaires, aux tourmentés;
réconciliez les toxicomanes avec cette vie,
faites faire des exercices de silence aux stressés,
et peut-être d’abord donner un père et une mère aux
enfants.
Seigneur fais de nous des instruments de ton Royaume !
* * *
La troisième provision d’oxygène
nous la trouvons dans l’appel de Jésus
à la pauvreté évangélique :
« Ne vous procurez ni or, ni argent, ni besace, ni bâton.
» (cf Mt 10, 9-10)
Quand Jésus nous appelle,
c’est aussi pour nous délester,
osons-le dire : pour nous appauvrir !
Car le missionnaire ce n’est pas quelqu’un
qui part avec un équipement et des provisions
pour être autonome.
C’est quelqu’un qui part
sans même un bâton ou une tunique de rechange.
Pourquoi cela ?
Parce que cela le met en capacité
et même en nécessité de recevoir,
et cela suscite, crée la communion ;
l’amour qui circule !
Le missionnaire est appelé à recevoir.
À recevoir, mais à ne rien exiger
car l’Évangile est un don gratuit.
C’est cela qui poussera Paul
à travailler de ses mains comme, par exemple, à Corinthe,
où il fabriquait des tentes avec Priscilla et Aquila.
Frères et sœurs, la pauvreté de l’Église
aujourd’hui
n’est-elle pas une chance pour la mission ?
Concluons en gardant au cœur un dernier verset :
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
» (Mt 10,8)
Littéralement : « en pur don vous avez reçu,
en pur don, donnez ! »
Béni sois-tu Seigneur,
car en pur don nous avons reçu
de Te connaître,
de te rencontrer,
d’être consolé, guéri,
soutenu,
pardonné par toi.
Fais qu’en pur don
nous Te donnions à ceux et celles
que tu mets sur notre chemin,
dès ce soir.
©
Communion
de Jérusalem