logoSamedi 15 juillet 2006 - Messe en l’honneur de la Vierge Marie
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Le charbon ardent » - Matthieu 10, 24-33


En ce samedi, laissons la Parole de Dieu
apaiser et réjouir le plus profond de notre cœur.
Nous avons besoin de la joie de Dieu
qui nous ré-anime en profondeur.
Nous avons besoin de la Parole
qui nous remet en contact avec notre âme
et conduit notre vie vers sa vraie beauté.

Aujourd’hui, laissons-nous porter par Isaïe
vers la Vierge, la Vierge du Samedi.

Nous avons entendu le récit de la vocation d’Isaïe.
Saisi dans le Temple par la Sainteté de Dieu,
Isaïe ressent son extrême pauvreté, son péché,
et craint pour sa vie.
Il fait alors l’expérience de la purification.
L’un des deux Séraphins
s’avance vers l’autel du Temple,
y prélève une braise à l’aide de pinces,
s’avance vers le prophète
et touche sa bouche avec la braise.

Par cette braise, par ce charbon ardent,
Isaïe est purifié de sa faute,
ses péchés sont pardonnés.
Un Feu divin a purifié son cœur.
Cela le rend à même de demeurer
dans la présence de Dieu,
d’entendre la voix de Dieu
et de s’offrir à son appel.

Le cœur purifié est un cœur rendu disponible
à ce que le Seigneur désire.
« Me voici, envoie-moi ! »    (Is 6, 8)
Il y a ainsi dans cette page biblique
un beau lien entre purification et vocation.

Cela, nous le retrouvons de manière admirable
dans l’histoire sainte de Marie de Nazareth.

Pour Marie l’heure de la purification
est dès sa conception.
Marie a été conçue sans péché
au point d’être en personne l’Immaculée Conception.
Nous pouvons nous demander :
mais quel a été le charbon ardent
par lequel Marie a été purifiée
du mal qui blesse toute notre humanité
et que nous appelons « péché originel » ?
Ce charbon ardent, c’est la Mystère pascal de Jésus
qui est comme un Feu qui, jaillissant dans l’histoire,
éclaire toute l’histoire de l’humanité,
aussi bien avant qu’après la Pâques de Jésus.
Ce Feu qui est dans le temps et hors du temps,
éclaire toute l’histoire,
dissipant toutes les ténèbres qui endeuillent les âmes.
« Je suis venu jeter un Feu sur la Terre »    (Lc 12, 49)
confessait Jésus,
un Feu qui, tout particulièrement,
illuminera et purifiera – par reflet vers le passé –
l’âme de Marie.

Telle fut la purification de Marie.
Quant à l’appel de Marie, l’envoi de Marie,
nous le connaissons bien :
c’est l’Annonciation par le ministère de Gabriel.
Le cœur purifié de Marie
est un cœur entièrement ouvert,
entièrement disponible à l’inédit de Dieu :
« Qu’il me soit fait selon ta Parole. »  (Lc 1, 38)
« Qui sera notre messager ? »    (Is 6, 8)
interroge d’un seul chœur la divine Trinité.
Et Marie de répondre :
« Me voici, “je suis la servante du Seigneur” ».    (Lc 1, 38)
Marie s’est offerte – offrant tout d’elle-même –
pour être la messagère de Dieu,
pour porter sa Parole,
pour porter son Verbe.
« Me voici, envoie-moi ! »    (Is 6, 8)

Le oui de l’Annonciation trouve bien sa source
dans la conception immaculée de Marie,
lorsque le charbon ardent du Mystère pascal
a purifié son cœur de toute résistances à l’Amour.

* * *

Et nous frères et sœurs ?
Quel sera notre charbon ardent ?
Il ne peut être que le même
que celui que connut Marie
car Marie est la première de cordée
de notre humanité rachetée.
Le charbon ardent dont nos lèvres
et nos cœurs ont tant besoin,
c’est le Mystère pascal de Jésus.
C’est sa Passion ardente de souffrance et d’amour.
C’est sa Croix brûlante de déréliction et de gloire.
C’est sa résurrection par laquelle la lumière
jaillit dans la nuit de ce monde.
C’est bien sûr la Pentecôte continuelle
qui ne cesse d’embraser l’Église.
C’est la venue glorieuse du Christ
qui nous est déjà donnée en espérance.

Et tout cela, oui tout cela,
nous le recevons à travers l’Eucharistie.
Oui, le Charbon ardent,
la Braise qui contient tout le Feu divin,
c’est la petite Hostie, c’est le Sang.
Désormais, ce n’est plus un Séraphin
qui nous porte le charbon ardent, c’est l’Église !
C’est l’Église servante,
l’Épouse du Fils,
du Verbe qui Se donne.
C’est l’Église qui reçoit
et nous donne son Corps brûlant de Vie,
de vitalité, d’Amour éternel
et son Sang qui est un Feu qui se déverse en nous !

Et qu’en est-il de la mission ?
Le charbon ardent de l’Eucharistie purifie nos cœurs
pour que nous puissions,
comme Marie, être envoyés,
en grec les « apôtres ».
Apôtres du Feu,
apôtres de l’Amour :
me voici, envoie-moi !
Que ton Feu me consume,
que je devienne feu
que par moi ton feu vienne illuminer
tout ceux qui sont sous le poids de leur noirceur.
Comme Marie, envoie-moi.
Et surtout avec Marie.
Jamais sans Marie.

Sois béni Seigneur
pour la vive flamme d’Amour
qui aujourd’hui va toucher mes lèvres
et descendre au profond de mon cœur.
Je suis ton serviteur
pour que ta vive flamme
descende au cœur du monde,
au cœur du monde entier.
Amen.
Alleluia !



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