logoMercredi 19 juillet 2006
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj

« Seulement aux tout petits ! » - Matthieu 11, 25-27


Quelle belle page d’Évangile
l’Église nous donne aujourd’hui !

Nous sommes avec Jésus quelque part en Galilée.
La saison est celle des moissons.
Jésus vient de vivre un moment dense de sa vie publique
avec le premier envoi en mission des Douze.
Et Jésus regarde ce qui se passe,
il regarde la réalité de l’accueil et du rejet de l’Évangile.
Accueil ou rejet déjà présents
en face du ministère de Jean     (cf Mt 11, 16-19)
Accueil et rejet plus marquant encore
depuis le début de la vie publique de Jésus.

Jésus regarde toute cette réalité et,
de par son cœur filial,
il discerne,
il voit comment le Père agit dans l’histoire.
De là il perçoit les sentiments du Père,
son « bon plaisir »,
il perçoit le cœur même du Père
et cela conduit Jésus dans une grande action de grâce,
une grande louange.

Que voit donc Jésus ?
Il voit bien que l’œuvre du Père parmi les humains
est de « révéler » ou de « cacher ».
Pour certains il « révèle »,
pour d’autres « il cache ».

Quel est donc le critère qui distingue les uns des autres ?
Est-ce la vertu ?
Non ! Cette page d’Évangile n’en parle pas
et l’on se souviendra que
« le Père fait lever son soleil
sur les méchants et sur les bons,
et tomber la pluie sur les justes et les injustes »    (Mt 5, 45)
Non le critère est autre :
À qui le Père cache-t-il ces choses ?
« Aux sages et aux intelligents ».
À qui les révèle-t-il ?
Aux tout petits.

Est-ce là l’apologie
de l’analphabétisme et de l’ignorance ?
Certes non !
Il suffit de penser à tout ce qui a été révélé
à Jean l’Évangéliste qui n’était certes pas un ignorant,
ou à Paul qui était formé auprès des meilleurs maîtres.

La question n’est pas celle de la culture intellectuelle,
elle est autre.
Il s’agit de la manière dont les uns et les autres
se rapportent fondamentalement à Dieu,
au mystère de Dieu,
au mystère de la vie.

Il y a ceux qui se rapportent à Dieu
comme à un objet de pensée
ou à quelqu’un qui doit se plier à nos mérites.

Et il y a ceux qui sont petits, tout petits, devant Dieu,
et restent tout petits devant Dieu
ayant ainsi un respect plein d’amour et d’humilité
pour le mystère de Dieu et, partant,
pour le mystère de la vie.

* * *

Ce que le Père cache aux sages,
il le révèle en revanche à ces derniers, à ces petits.
Nous pouvons alors nous demander :
et que leur révèle-t-il ?
Quelles sont « ces choses » que le Père leur révèle ?
S’agit-il du chemin de conversion ignoré par les habitants
de Chorazeïn, Bethsaïde ou Capharnaüm ?
S’agit-il des mystères du Royaume
dont Jésus parlera bientôt à travers les paraboles ?    (cf Mt 13)
S’agit-il de la victoire sur le mal
comme le laisse entendre l’Évangile de Luc    (cf Lc 10, 17)
ou bien de l’inscription du nom
des disciples de Jésus dans les cieux ?    (cf Lc 10, 20)

Nous pourrions allonger ainsi la liste
mais est-ce là la bonne démarche ?
Ne s’agit-il pas de ce que le Père Lui-même nous révèle
dans la mesure où nous devenons ces tout petits
dont parle l’Évangile ?

Oui, voilà bien ce à quoi l’Évangile veut nous conduire :
Il y a quelque chose qui aujourd’hui nous échappe
et qui nous sera révélé par le Père
à mesure que nous entrerons
dans la vraie enfance spirituelle.

Il y a quelque chose qui ne peut nous être révélé
que si nous devenons effectivement « pauvres de cœur ».

Et comment entrerons-nous dans l’enfance spirituelle ?
Nous y entrerons en devenant enfants du Père,
et pour cela l’unique route est le Fils du Père !
« Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils
et celui, celle à qui le Fils veut le révéler. »    (cf Mt 11, 27)

C’est là le grand Ministère de Jésus :
nous révéler le Père
et c’est cela qu’il ne cesse de faire depuis Pâques,
et à travers sa Pâques, à travers l’Esprit Saint.

* * *

Il y a donc une « révélation » du Père
que nous allons recevoir à travers notre vie.
Quel en sera le fruit ?
Il sera tout particulièrement la louange.
Ce que l’Évangile nous montre de Jésus aujourd’hui,
nous le vivrons à notre tour.
En regardant l’histoire,
l’histoire bien concrète de notre temps,
nous saurons y reconnaître l’œuvre du Père,
et de là nous regarderons avec Jésus le cœur du Père,
nous verrons ce qui constitue son « bon plaisir »
et par là même nous entrerons dans la louange.
Notre cœur sera de plus en plus émerveillé
devant le cœur du Père,
devant son « bon plaisir » !

* * *

Seigneur Jésus, révèle-nous le Père
toi qui viens à nous en cette Eucharistie
Conduis-nous dans la louange filiale !


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