Mardi 15 août 2006 - 17e
Semaine du temps ordinaire
Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
«
Voici la Servante du Seigneur » - Luc 1, 39-56
Quelle joie de nous retrouver en cette église
Notre-Dame des Pauvres pour fêter l’Assomption de Marie.
Marie qui, « au terme de sa vie terrestre a été
élevée en corps et âme à la gloire du Ciel
»
comme l’a proclamé le Magistère de l’Église par la
voix de Pie XII en 1950.
Mais avant même que le dogme fut ainsi défini,
la foi des fidèles proclamait
l’Assomption de Marie depuis longtemps.
Bien des artistes d’ailleurs
ont voulu nous introduire dans ce mystère.
Souvent ils ont représenté la Vierge
en son élévation portée par les anges,
tandis que les apôtres rassemblés
autour d’un tombeau vide
sont là, déroutés, plein de surprise,
d’incompréhension !
Mais cette incompréhension n’est-elle pas la nôtre aussi ?
Ne sommes-nous pas pris par la surprise, l’incompréhension,
voir le doute en face de l’Assomption de Marie ?
*
* *
La première question qui nous vient
est celle d’un privilège accordé à Marie :
Pourquoi Dieu favoriserait-il ainsi une femme parmi nous tous,
hommes et femmes de tous les temps ?
Et nous ?
Et pourquoi ce traitement de faveur ?
En vertu de quel mérite ?
Ce questionnement est sans fin et même sans réponse
jusqu’à ce que nous découvrions que
si Dieu dépose un don de grâce dans le cœur,
dans la vie d’un d’entre nous,
ce n’est jamais pour le bien seul de cette personne.
Ce que le Seigneur donne à l’un,
c’est toujours pour le bien de tous.
Car ce que le Seigneur désire,
c’est nous faire entrer dans sa communion d’Amour
où nous devenons un don les uns pour les autres.
Saint Paul a merveilleusement explicité cela
avec l’image du corps :
le don fait à un membre
est toujours pour le bien du corps tout entier.
(Notons au passage qu’être jaloux
du don que Dieu fait à un autre est une absurdité !)
Ce que le Père donne à Marie,
ce n’est donc pas pour honorer ou récompenser Marie,
c’est pour nous !
Le Père comble Marie
pour que nous trouvions en elle
la Mère dont nous avons besoin !
Dire que Marie est élevée dans le Ciel,
cela veut dire que Marie est élevée dans l’Amour,
qu’elle est saisie entièrement par l’Amour,
et c’est pour cela qu’elle nous est si proche !
Si proche et si aimante, si puissante et si belle.
Parce qu’elle est dans la Gloire,
elle peut sans cesse venir à nous !
L’Évangile de la Visitation,
c’est aujourd’hui qu’il s’accomplit.
Si Élisabeth a exalté de joie
quand Marie est venue
portant en elle l’Enfant Jésus à peine conçu,
combien plus pouvons-nous exulter
maintenant que Marie nous conduit à son Fils glorieux !
Aujourd’hui, Marie nous visite
et nous pouvons lui confier nos soucis, nos inquiétudes,
les drames de nos familles, de notre monde.
Comme le dit le Sub Tuum qui date au moins du IIIe siècle,
« nous nous réfugions sous ta protection,
Sainte Mère de Dieu, (…)
délivre-nous toujours de tous les dangers. »
*
* *
En face de ce mystère de l’Assomption,
vient aussi une deuxième question :
En fêtant Marie,
en invoquant Marie,
ne risque-t-on pas de faire fausse route ?
Il n’y a pour notre Salut,
qu’un Médiateur qui est Jésus !
L’Écriture dit explicitement :
« il n’y a pas sous le ciel
d’autre nom donné aux hommes,
par lequel nous puissions être sauvés ».
(Ac 4,12)
Comment répondre à cette question ?
Il faut aller à la rencontre de Marie.
Il faut entrer en amitié avec Marie
pour se rendre compte
qu’il y a en Marie une humilité,
une transparence inouïes.
Il nous faut rencontrer Marie
pour comprendre ce que veut dire
« Je suis la servante du Seigneur. » (Lc
1, 38)
Marie ne cesse pas de s’effacer
pour nous mener à Jésus !
Au point que l’on peut dire
que Marie est médiatrice,
parce qu’elle est entièrement
au service de la Médiation de Jésus.
Pensez aux noces de Cana :
« faites tout ce qu’il (Jésus) vous dira !
» (Jn 2, 5)
Pensez à Lourdes : « Allez à la fontaine »…
c'est-à-dire : « Allez au Christ ! »
Parce qu’elle est l’Immaculée Conception,
il y a en elle une extraordinaire dépossession de soi :
« Toi tu dis “ Marie ”,
Elle te répond “ Jésus ” ». (St
Louis-Marie Grignon de Montfort)
Nous, nous cherchons des richesses,
des honneurs, des rôles,
Marie ne cherche rien de tout cela !
Marie est pauvre,
puisqu’elle est toute proche de Dieu.
La joie est de ne rien retenir pour soi,
d’être la servante du Mystère du Salut.
Et tout cela s’est-il estompé lors de sa glorification ?
Non ! tout au contraire : cela s’est déployé.
Dire que Marie est reine,
ne veut pas dire qu’elle est au loin,
car en Dieu régner
c’est tout le contraire d’exercer un pouvoir :
c’est servir !
Oui, Marie nous sert maternellement !
Elle est la mère dont nous avons besoin
nous qui, dans la vie chrétienne,
sommes encore bien petits !
Tous nous faisons l’expérience
que notre chemin de conversion est lent et laborieux.
Alors aujourd’hui, nous pouvons nous confier à Marie.
Comme le dit le Stabat Mater :
Marie « fais qu’en mon cœur
brûle un grand feu
pour mieux aimer le Christ mon Dieu,
et que je puisse Lui plaire ! »
*
* *
Finissons avec une dernière question :
Est-ce possible que Marie ait été élevée en
son corps ?
Notre corps humain peut-il entrer au ciel ?
Cela nous est bien difficile à comprendre.
Pourquoi ?
Parce que nous héritons d’une culture grecque
qui ne valorise pas le corps.
Parce que nous baignons dans une culture contemporaine
qui défigure le corps,
et la sexualité en particulier.
Et puis, tout simplement parce que nous faisons l’expérience
de la maladie et de la vieillesse,
des passions et de la sensualité.
Il nous est difficile de croire
que notre corps puisse être glorifié
Il suffit de penser à la mode
qui est aujourd’hui celle de l’incinération.
C’est le Seigneur Lui-même
qui a dû venir nous montrer la dignité de notre corps
humain,
dignité immense puisque pour nous aimer et nous sauver,
Il est venu en notre chair.
C’est magnifique !
Le corps est fait pour exprimer l’amour !
C’est cela le sens et la beauté du corps.
Beauté qui atteint son sommet dans la charité,
quand le corps est au service de l’amour
qui est don de soi.
Et qui dira la beauté du Christ glorifié ?
C’est cette beauté qui nous attirera dans
l’éternité !
La Pâques de Marie a été, pour Marie,
de se laisser attirer par Jésus
dans cette plénitude de beauté de l’Amour.
Et comme rien en son corps n’a été abîmé par
le péché,
elle pouvait d’emblée entrer dans la Gloire avec son Corps.
Et là, elle nous précède !
Car notre corps est pour le Seigneur de Gloire
comme le dit Saint Paul ;
notre corps est pour la résurrection.
La mort se nourrira de nos maladies,
de nos passions, de nos péchés,
mais elle ne se nourrira pas de notre corporéité,
car à la suite de Marie,
nous ressusciterons en recevant notre corps de gloire !
Alors aujourd’hui, nous pouvons confier à Marie notre corps,
« maintenant et à l’heure de notre mort »
comme dit l’Ave Maria,
pour que tout en nous soit ordonné à l’Amour.
* * *
Chers amis,se mettre à l’école de Marie, c’est s’ouvrir
aux dons de Dieu jusqu’à en être débordés !
C’est devenir transparent à Jésus jusqu’à ce que
se ne soit plus nous qui vivions,
mais Jésus qui vive en nous, (cf Ga 2, 20)
c’est nous laisser transformer par l’Amour jusque dans notre corps.
Voilà notre belle vocation qui n’est pas réservée
à quelques élites spirituelles
car la puissance de Dieu se déploie dans notre faiblesse.
Cette puissance d’Amour qui est toute entière contenue
dans la petite Hostie que nous allons recevoir.
©
Communion
de Jérusalem