Dans le cœur de Marie, dans la mémoire de son cœur,
demeurent et demeureront à jamais
les paroles de Gabriel reçues
dans la discrétion de Nazareth.
Mais inoubliable restera aussi le souvenir d’Ain Karim.
En face de la vieille Élisabeth au visage ridé
mais au corps resplendissant
de sa miraculeuse maternité,
Marie y a reçu la confirmation de l’Annonce angélique
s’entendant appeler « Mère de mon Seigneur
» (Lc 1, 43)
par sa vieille cousine exultante.
Marie a aussi perçu à travers cette rencontre,
ce qui devient sa vocation :
porter Jésus au monde
pour que le monde exulte
dans la joie de l’Esprit Saint.
Alors Marie laisse jaillir sa joie, son émerveillement :
« Exalte mon âme, le Seigneur ».
(Lc 1, 46)
Littéralement : mon âme fait « grand » le
Seigneur,
mon âme proclame la grandeur du Seigneur,
et mon esprit en exulte de joie.
Joie incontenable,
joie démesurée,
parce que la grandeur de Dieu
vient se poser,
vient se déposer,
vient féconder
non pas ce qui est humainement grand,
puissant, bruyant, éclatant,
mais au contraire ce qui est « τaπεινος », en grec,
c'est-à-dire ce qui est petit,
ce qui est de basse condition,
sans titre, ni grade, ni reconnaissance du monde.
Car Marie le voit bien :
à Ain Karin où se concentre en cet instant
tout le Salut venu de Dieu,
il n’y a pas de grands selon la chair,
il n’y a pas de puissants,
« mais ce qu’il y a de faible dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi ». (cf 1 Co
1, 26..28)
Alors Marie, toute imprégnée
par le Premier Testament,
par la Torah, les prophètes, et les psaumes
élargit son regard
et perçoit prophétiquement
que tout le Mystère du Salut
se déploiera sous le signe de cette pauvreté,
de cette humilité.
Le Seigneur, proclame Marie,
« descend les puissants des trônes
et Il élève les petits, les humbles
». (cf Lc 1, 52)
« Ceux qui ont faim, Il les comble de biens,
et les riches, Il les renvoie vides ». (Lc 1,
53)
C’est par la pauvreté,
c’est par l’humilité
qu’il a plus à Dieu de sauver les croyants.
(cf 1 Co 1, 21)
Voilà ce qui émerveille
la toute jeune Vierge de Nazareth
qui se reconnaît comme
« l’humble, la petite, servante du Seigneur
». (cf Lc 1, 38)
Frères et sœurs, le Salut nous vient de l’humilité.
Il nous vient de l’humilité de Dieu
dont la nature est d’aimer et donc de s’abaisser.
Le Salut pour nous est d’être attirés
dans cette humilité, dans ce dépouillement
de tout ce qui brille et qui passe
pour que soit libéré notre être filial profond,
et donc notre vraie grandeur, notre vraie beauté.
C’est cela que nous vivons
dans le sacrement du pardon :
nous nous défaisons de toutes nos vanités
et de toutes nos hontes
pour nous laisser recréer
dans la vérité et la simplicité
de notre identité d’enfants de Dieu,
pauvres devant Dieu,
pauvres les uns devant les autres,
et heureux, si heureux de l’être.
Ce que nous cherchions vainement
dans le paraître, la puissance ou la richesse,
nous le trouvons dans l’humilité,
nous nous trouvons,
nous nous retrouvons,
heureux de trouver ou retrouver
notre vraie humanité d’homme, de femme,
grands et beaux dans notre pauvreté.
Alors, comme Marie, et avec Elle,
nous prenons le tambourin, la harpe et la cithare,
pour chanter notre plus beau Magnificat,
notre plus belle action de grâce.
Et la plus belle action de grâce,
celle où toute la grâce est remise
en reconnaissance infinie au Père,
celle qui est à la mesure de la grâce,
c’est celle de Jésus s’offrant au Père,
c’est l’Eucharistie.
« Vraiment il est juste et bon
de te rendre
grâce Père très Saint, »
car Tu T’es
penché aujourd’hui sur notre misère
et Tu l’as
transformée en chemin de grâce
pour nous conduire
dans ton humilité.
Aussi avec la
Vierge Marie et tous les saints,
nous allons Te
bénir, Te chanter et Te louer.
Amen. Alleluia !