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Fraternités
de Jérusalem - Montréal
Sanctuaire
du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est,
Montréal,
Qc, Canada, H2J 1W5
«En choissisant
de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que
ta vie est au coeur de Dieu.
»
Livre de vie de Jérusalem
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Nativité de saint Jean-Baptiste
Dimanche 24 juin 2007 - Nativité de
saint Jean-Baptiste
Is 49, 1-6 ; Ps 138 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1,57-66,80
Homélie du
père Père
Gérard Busque, sss
1.
Une occasion peu banale
La solennité de la Nativité de Jean-Baptiste arrive cette
année un dimanche. Il en est de même pour l'ensemble de
l'Église catholique à travers le monde. Mais pour nous,
l'événement revêt un caractère bien
particulier. Jean-Baptiste est, pour employer les termes officiels, le
Patron spécial des Canadiens Français. Et ce, depuis le
25 février 1908, alors que le Pape Pie X donnait son accord
à une demande en ce sens.
Comment Jean-Baptiste peut-il être encore aujourd’hui un
modèle, une source d’inspiration pour notre vie ? Avant de
répondre à cette question, rappelons-nous d’où
vient cet attachement des Canadiens français à
Jean-Baptiste?
− Les premiers
français arrivés ici célébraient
déjà la fête de la Saint-Jean. Elle serait apparue
en France au XIIIe siècle.
−
Il y a un peu de légende autour de l’origine de la
dévotion des canadiens-français pour Jean-Baptiste.
Ainsi, Gérard Turcotte dans son livre Pourquoi Saint
Jean-Baptiste, raconte qu’en 1812, alors que le pays est en guerre, un
officier anglais remarque que beaucoup de canadiens-français se
prénomment Jean-Baptiste. Il déclare alors que c'est une
nation de « Jean-Baptiste ». Il n'en fallait pas plus pour
donner le coup d'envoi à une ferveur populaire.
−
Une autre légende veut que Saint Jean-Baptiste fut choisi comme
patron des canadiens-français au moment de la création de
la Société de Saint-Jean-Baptiste par Ludger Duvernay, le
24 juin 1834. Il aurait décidé de mettre cette
première association patriotique canadienne-française
sous le patronage de Saint Jean-Baptiste parce qu’un grand nombre de
canadiens-français portaient ce prénom.
−
C’est à partir des années 1840, que la fête
annuelle de la Saint Jean-Baptiste devient populaire et se propage
partout au Québec. Apparaissent les défilés qui
prennent vite beaucoup d’ampleur et le petit Jean-Baptiste y est
représenté.
−
En 1908, le président de la société Saint
Jean-Baptiste de Québec, l’Honorable Adélard Turgeon,
ministre et député de Bellechasse, demande à
l’archevêque de Québec, Mgr Louis- Nazaire Bégin de
porter à Rome la requête pour la reconnaissance de Saint
Jean-Baptiste comme patron de tous
les canadiens-français en quelqu’endroits où ils sont
fixés. Jusqu’au début des années 1970,
Saint Jean-Baptiste occupait une place importante dans notre univers
religieux. Aujourd’hui il n’est plus présent dans nos
défilés de la Saint-Jean, mais il peut encore nous
inspirer. Comment peut-il encore nous inspirer ? La parole de Dieu nous
le présente aujourd’hui comme un enfant prédestiné
qui nous rappelle que Dieu a un rêve pour chacun et chacune de
nous et comme un homme libre qui demeure pour nous nous tous un
modèle de prophète à imiter.
2.
Un enfant prédestiné
Dans le récit de la nativité de Saint Jean-Baptiste,
Saint Luc souligne la mission exceptionnelle de cet enfant à
travers le choix de son nom. Lors de la circoncision de l'enfant, on se
demande quel nom va-t-on lui donner ? (cf Lc 1,62). Les proches parents
du couple ont leur petite idée là-dessus : «
Zacharie, ce serait très bien, et le père en sera
flatté » (cf Lc 1,59). Mais Élisabeth
déclare : « Il
s’appellera Jean. » Et on lui dit : « Il n'y a personne dans ta parenté
qui porte ce nom ». Alors
ils se tournent vers Zacharie, pour lui demander par signes son avis.
Il se fait remettre une tablette pour écrire le nom que l'ange
lui a dicté : Jean (Lc 1,60-63). Déception des
proches qui n'y comprennent rien : On a beau chercher, dans le
passé de la famille, il n'y a pas de Jean. L’accord
d’Élisabeth et de Zacharie étonne tout le monde et on y
voit un signe d’intervention divine. Heureusement que la parole revient
à Zacharie. Il va pouvoir donner des explications attendues.
« Jean » un nom qui signifie en hébreu : «
Dieu a été favorable, Dieu a eu pitié, Dieu a fait
grâce ». On sait combien chez les hébreux, le nom
avait un sens. Dieu changea le nom d'Abram en Abraham, (qui signifie
« le père d'une multitude », celui de Jacob en
Israël (fort contre Dieu). Il donnera à son Fils le nom de
Jésus (sauveur). Ce n'est donc pas sans raison que le fils de
Zacharie sera appelé « la grâce de Dieu ». Il
est grâce pour ses parents : Dieu a été favorable
à leur supplication.
Mais il est surtout celui dont le nom révèle que le
moment est venu où Dieu va faire grâce à son
peuple, où Dieu a jugé qu'Israël avait assez attendu
le Messie et va donc déclencher enfin le plan «
Incarnation ». Le seul nom de Jean
permettait à ceux qui le décodaient de deviner que Dieu
allait tenir parole, que le salut désormais était proche.
Ainsi à sa circoncision, Jean est clairement
désigné par Dieu pour une vocation exceptionnelle. Cette
mission, Zacharie la connaissait déjà de la bouche de
l'ange. Il serait :
− un prophète
comme Élie qui avait laissé un souvenir inoubliable dans
la mémoire juive ;
−
un baptiseur qui ferait revenir le cœur des pères vers les
enfants, qui convertirait les rebelles à la sagesse des hommes
droits ;
−
un précurseur chargé de préparer au Seigneur un
peuple capable de l'accueillir ;
−
cette petite lumière qui conduirait à la
découverte de l’Astre d'en-Haut.
ET NOUS aussi, comme Jean, à notre baptême, nous avons
reçu un nom, peut-être celui d'un saint que nous sommes
invités à imiter. Tous, nous avons reçu le beau
nom de chrétien, de christ ! Et notre vocation de
baptisés est de suivre les pas de ce Christ, qui est la plus
belle réussite humaine.
Aux yeux de Dieu, nous sommes aussi unique au monde, avec chacun un
appel particulier, une vocation spécifique. Dieu a sur nous, non
pas un projet tout cuit à exécuter absolument, mais un
rêve qui nous laisse notre liberté. Saint Paul l’a bien
compris lorsqu’il écrit aux Éphésiens : « il
nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons
saints et irréprochables sous son regard dans l’amour. Il nous a
prédestinés à être pour lui des fils
adoptifs par Jésus Christ. » (Ép. 1,4-5)
En ce sens, nous avons aussi un nom-projet, comme Jean a eu le sien.
Toi, tu seras « tendresse », et toi « service
», et toi « source de joie ». Tous, nous sommes
engagés dans ce projet unique que Dieu porte avec chacun.
Jean-Baptiste m’invite à faire mémoire des appels
reçus du Seigneur qui ont concrétisé son projet
sur moi et lui rendre grâce des réponses que je lui ai
données pour ajuster mon projet de vie au sien. Et il m’invite
à regarder l’avenir de mon projet de vie avec une confiance
totale en Dieu qui a fait alliance avec moi.
3.
La fête de Jean-Baptiste nous invite à le
redécouvrir comme un modèle d’homme libre.
Jean était tout un personnage. Nous le connaissons comme le
baptiseur de Jésus, comme son « précurseur »,
celui qu’il a désigné comme l’Agneau de Dieu.
Nous le connaissons aussi pour sa parole de prophète, parole
virulente quand il le faut. Ainsi il n'hésite pas à dire
aux foules qu'elles sont une « bande de vipères »
(Lc 3,7) pour qu'elles changent de vie. Il ira jusqu'à dire au
roi Hérode qu'il ne lui est pas permis de vivre avec la femme de
son frère. Cette affirmation d'ailleurs lui coûtera la vie
(Mt 14,10).
Il avait un mode de vie singulier. Au désert, il mangeait des
sauterelles et s'habillait d'une peau de chameau. Il était
très peu « conformiste ».
Au plus profond de son être, c'est un homme libre. Ce n'est pas
un frondeur mais ce n'est pas un « yes-man » non plus : il
dit la parole de vérité quand il faut la dire. Ce n'est
pas un batailleur pour le plaisir mais ce n'est pas non plus un homme
à courbettes : il fait ce que le Seigneur lui dit de faire, un
point c'est tout. Il ne suit pas la mode du temps, il suit le Seigneur.
C'est de là que lui vient sa liberté profonde. Ce qu'il
dit ne vient pas de lui, il ne s'en enorgueillit pas.
Profondément humble, il affirme qu'il n'est pas le Messie et
qu'il n'est pas digne de dénouer le lacet de ses souliers. Plus
il s'attache à faire ce que le Seigneur attend de lui, plus il
se détache de lui-même et de ce qui pourrait nuire
à sa mission. Moins il poursuit ses intérêts
personnels, plus il acquiert de liberté de parole et d'action.
Au fond, plus il est au service du Seigneur, plus il est libre.
Quel enseignement majeur et quel exemple éloquent pour nous
aujourd'hui ! Comme notre monde a besoin d'hommes et de femmes de cette
trempe ! Des hommes et des femmes qui parlent librement pour
édifier. Des hommes et des femmes qui posent des gestes qui
annoncent un monde meilleur.
Conclusion
Aujourd’hui, bénissons Dieu pour la naissance de Jean, pour la
miséricorde qu’elle manifeste et annonce. Bénissons-Le
pour le rêve merveilleux qu’il fait pour chacun/ne de nous, pour
notre vocation unique et notre réponse personnelle.
Prions-le par l’intercession de Jean-Baptiste, que nous sachions vivre
de la liberté des enfants de Dieu et en témoigner dans
notre société.
__________
1. François Drouin, «Pourquoi la
Saint-Jean-Baptiste?», Cap-aux-Diamants, n.26, été
1991,
p.18-19.
http://www.bilan.usherb.ca/bilan/pages/evenements/23129.html
2. Gérard Turcotte, Pourquoi saint Jean Baptiste ?, L'Action
nationale, juin 1987, p. 12.
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©
Communion de Jérusalem - 26 juin
2007
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