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Fraternités de Jérusalem - Montréal                                
Sanctuaire du Saint-Sacrement
500, Mont-Royal Est, Montréal, Qc, Canada, H2J 1W5

«En choissisant de prier au coeur des villes,
tu veux signifier que ta vie est au coeur de Dieu. »

Livre de vie de Jérusalem




Homélie du frère Antoine-Emmanuel, fmj
Nuit de Noël (C) - 25 décembre 2006

Luc 2, 1-14

« Voici : je vous annonce une bonne nouvelle ! »

En cette nuit bénie de Noël,
il nous est bon de méditer ensemble les paroles
de l'ange venu porter la nouvelle inouïe de la Nativité.

Cette annonce dans la nuit de Bethléem ne s’adresse pas
à des savants,
à des docteurs de la Loi,
à des pharisiens
ou à des grands-prêtres.
Elle s’adresse à des bergers.
Des hommes très ordinaires,
sans doute même
un peu marginal,
peut-être pas très pratiquants.
Leur vie est faite de travail,
quand ils en trouvent,
de solitude, de beaucoup de solitude
et de nuits, de longues nuits.

L’Ange les a rejoints justement dans leur nuit.
La lumière les a surpris.
Une lumière à laquelle ils n'étaient pas habitués.
Les voici saisis d'une grande peur,
comme d’une panique.
Nous avons tous nos craintes,
nos peurs qui viennent à la Lumière,
notre faiblesse, nos ambigüités, nos péchés.
Mais la parole de l’Ange leur fait comprendre
que la Lumière qui brille cette nuit
n’est pas une Lumière qui accuse et qui torture,
mais une Lumière de miséricorde, de bonté, de douceur.
Inutile de se protéger, de se terrer, de se cacher.
C’est la Lumière de l’Amour
qui se lève dans leurs cœurs.

Alors l’oreille de leur cœur a pu s’ouvrir
comme un champ qui se laisse ensemencer.
« Voici : je vous annonce une bonne nouvelle,    (cf Lc 2, 10)
une grande joie pour tout le peuple ».   

« Une grande joie » ?

D’où peut venir une grande joie pour tout le peuple ?
Qui peut donner la joie au monde entier ?
Ni César, ni le gouverneur Quirinius,
ni même le Grand-Prêtre.
Il n’y a que Dieu qui puisse répandre la joie
dans le cœur de tous.
Et combien de fois dans l’Écriture
a-t-il annoncé cette joie !
Comme dans ces paroles d'Isaïe entendues ce soir :
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu se lever une grande Lumière.
Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre
une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse,
tu as fait grandir la joie ».    (Is 9, 1-2)
La joie que cherche le plus profond de notre âme !
Non pas une joie illusoire, ni une joie passagère,
mais une joie qui est l’éveil de notre part divine,
de ce trésor divin qui dort en nous
et ne semblait pas pouvoir se réveiller.

Et comment viendra-t-elle cette joie
dans ce quotidien de travail, de solitude et de nuit ?
Elle viendra,
non, elle vient, aujourd’hui,
d’un Visage d’Enfant !
« Aujourd’hui vous est né
un Sauveur qui est
le Messie Seigneur. »  (Lc 2, 11)
Aujourd’hui, Quelqu’un est né.
C’est déjà magnifique !
C’est une vie !
Mais aujourd’hui,
Quelqu’un
est né pour nous.
Il y a là quelque chose
que ni les bergers
ni nous-mêmes n’avons jamais expérimenté.
Un enfant vient au monde pour moi.
Je suis précieux au point qu’une vie jaillisse pour moi.
Ma vie a donc un prix immense aux yeux de Dieu !
Voilà qu’en cette nuit
le Seigneur nous dit par une naissance :
« Tu as du prix et moi je t’aime ».    (Is 43, 4)
C’est ce que le prophète Isaïe avait annoncé :
« Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ».    (Is 9, 5)
Il est à nous – à chacun de nous.

Et qui donc est cet enfant ?
« Un Sauveur qui est Messie-Seigneur ».    (Lc 2, 11)
Il est donc Celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu.
Celui qui vient briser « le joug qui pèse sur nous,
la barre posée sur nos épaules,
le bâton de notre oppresseur ».    (cf Is 9,3)
Celui qui naît est notre Libérateur.
Il sait ce qui pèse sur nous
et veut non seulement nous en délivrer,
mais nous conduire dans une liberté nouvelle,
une liberté qui est la capacité
de recevoir la vie avec joie,
de donner la vie sans calcul
et même de donner notre vie.
Voilà qui est cet Enfant !

Mais il y a quelque chose
de plus bouleversant encore dans cet Enfant.
Les bergers apprennent de l’Ange qu’il est « Seigneur ».
Le visage de ce petit Enfant
n’est autre que le Visage de Dieu.
Jamais les bergers ni aucun de nous
n’aurions imaginé cela.
Dieu, beaucoup le pensent lointain,
beaucoup le voient seulement puissant.
Certains le disent indifférent,
d’autres le voient comme un Prince sévère.
Alors en cette nuit, l’Enfant-Dieu,
c’est Dieu qui prend la Parole pour dire qui Il est
et pour dire qui Il n’est pas.
Dieu Se dit dans la faiblesse d’un tout petit
qui ne sait pas encore parler !

Lointain ?
Non, Il est le Tout-Proche
puisqu’Il est un avec l’Enfant.

Puissant ? 
Oui, mais c’est l’infinie puissance de l’Amour
tout entière contenue dans le cœur du Nouveau-né.

Indifférent ?
Non, puisqu’il n’est pas différent de nous.
Il est en tout semblable à nous, à l’exception du péché.

Quant à la sévérité, elle est celle de la Vérité,
la vérité de l’Innocence de Dieu.

* * *

Il naît pour moi, pour nous ;
Il vient faire éclore en nous une liberté nouvelle :
Il est Dieu.
Dieu qui révèle son Mystère de Pauvreté.
Et où donc naît-Il ?
« Dans la ville de David » annonce l’ange aux bergers.
La ville de David, Bethléem,
ville stérile depuis des siècles,
mais qui cette nuit
devient la cité de la joie, la cité de la Vie.
C’est en ville que Dieu vient naître !

Et puisque l’Enfant est Dieu – éternel,
qu’il est dans le temps, mais aussi au-delà du temps,
cette naissance, c’est aujourd’hui aussi
qu’elle s’accomplit, en ville !
Aujourd’hui l’espérance renaît à Montréal
pour chacun de nous.
Il suffit de nous mettre en route
pour aller chercher l’Enfant, car Il est né !
Car il est là !

Qui que nous soyons,
qui vivons sous le poids du travail,
de la solitude, de la nuit,
ce soir est le jour béni de notre éveil spirituel.
La Lumière du Christ resplendit pour nous
et commence ou recommence notre pèlerinage intérieur.

Mais où donc dans la ville chercher l’Enfant ?
« Ceci vous servira de signe – nous dit l’Ange –
vous trouverez un nourrisson emmailloté
posé dans une mangeoire ».    (Lc 2, 12)

* * *

« Dans une mangeoire » !
Même les bergers ne posent pas
leurs enfants nouveau-nés
dans des mangeoires !
Le signe est donc sans équivoque :
s’Il ne repose pas
dans une mangeoire,
ce n’est pas Lui.
S’Il n’est pas tout donné,
s’Il n’est pas tout offert,
jusqu’à se donner comme nourriture,
ce n’est pas Lui.
S’Il ne te dit pas : « Prenez et mangez en tous »,    (cf Mt 26, 37)
ce n’est pas Lui.


Mais si tu Le vois dans un total don de Soi,
s’Il Se remet entièrement entre tes mains,
et te dit : « ma Vie nul ne la prend,
mais c’est Moi qui la donne »    (Jn 10, 18)
alors sache que c’est Lui.
Reçois-Le !
Nourris-toi de Lui !
Ne vis jamais plus sans Lui.
Car Lui vient pour vivre avec toi et en toi.

Tu n’es plus seul à Noël,
et jamais plus tu ne le seras.
Y compris en ton ultime Noël
qui sera le jour de ta mort,
c'est-à-dire le jour de ta naissance au Ciel.

Alors, il y eut avec l’Ange
une troupe céleste innombrable
qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des Cieux,
et paix sur la Terre aux hommes qu’Il aime »    (Lc 2, 14)


 © Communion de Jérusalem - 13 janvier 2007